Appels trompeurs: «scandaleux», dit le DGE

Devant un comité parlementaire à Ottawa, le directeur général des élections, Marc Mayrand, a insisté sur l’importance que son bureau accorde à l’affaire des appels trompeurs.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Devant un comité parlementaire à Ottawa, le directeur général des élections, Marc Mayrand, a insisté sur l’importance que son bureau accorde à l’affaire des appels trompeurs.

Ottawa — Élections Canada a qualifié hier de «scandaleuse» la possibilité que des appels trompeurs aient été faits pendant la dernière campagne électorale fédérale, révélant du même souffle que les enquêteurs étudiaient 800 plaintes à ce sujet.

Devant un comité parlementaire à Ottawa, le directeur général des élections (DGE), Marc Mayrand, a insisté sur l'importance que son bureau accorde à l'affaire.

«Je crois que c'est tout à fait scandaleux. Que ces gestes aient été organisés, que l'affaire soit plus grosse qu'on le pense, peu importe. Le fait est que des électeurs — ceux de la circonscription de Guelph, du moins — ont été mal informés par des appels trompeurs faits au nom d'Élections Canada. C'est scandaleux, ça ne devrait pas être toléré», a lancé M. Mayrand, avant d'ajouter que l'affaire était «tout à fait inacceptable dans une société démocratique».

Par souci de justice et de discrétion, le DGE n'a pu fournir de détails spécifiques à propos de l'enquête, mais il a tout de même présenté de nouvelles informations.

Les 800 plaintes reçues viennent de 10 provinces et un territoire. Elles concernent 200 circonscriptions, et le commissaire aux élections fédérales a ouvert 250 dossiers, diverses plaintes pouvant être regroupées dans un seul document.

Les conservateurs ont d'abord réagi à l'affaire en reconnaissant le nombre important d'allégations dans la seule circonscription de Guelph, en Ontario. Les électeurs y ont reçu des appels trompeurs de la part d'un individu du nom de Pierre Poutine.

Le DGE a par la suite reçu des centaines de plaintes de la part d'électeurs affirmant avoir reçu des appels les avisant erronément que leur bureau de scrutin avait déménagé. D'autres indiquent avoir entendu le téléphone sonner en pleine nuit et avancent que les interlocuteurs, qui s'identifiaient comme des libéraux, tenaient des propos agressifs.

L'exactitude de la liste

Devant le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre, hier, les conservateurs ont attiré l'attention sur l'exactitude réelle de la liste électorale au moment des élections du 2 mai dernier. Ils ont également insisté sur le fait que 14 % des adresses de cette liste peuvent être erronées le jour du vote. «Ce qui me frappe, ce que je me demande, c'est s'il y a une possibilité qu'il y ait un problème répandu quand vient le temps de trouver où habitent certaines personnes afin de communiquer avec elles», a demandé le député conservateur Scott Reid.

En réponse, M. Mayrand a indiqué que le fait de diriger un électeur vers le mauvais bureau de scrutin n'expliquait pas que certaines personnes aient pu recevoir des appels de gens se faisant passer pour des représentants d'Élections Canada.

Élections Canada n'appelle pas les électeurs pour les aviser que leur bureau de scrutin a été déplacé. M. Mayrand a précisé que les partis politiques savent que la tâche d'informer les citoyens à ce sujet incombe à Élections Canada, et non aux partis politiques.

Interrogé par le secrétaire parlementaire Dean Del Mastro à propos d'allégations voulant qu'Élections Canada ait fourni de l'information aux médias à propos de l'enquête, M. Mayrand a réagi vivement.

«Une autre allégation imprécise. Non, mais sérieusement, sérieusement, encore une fois, il n'y a pas de source qui fournit de l'information à propos d'Élections Canada, si c'est ce dont on nous soupçonne. Je peux vous le garantir, a-t-il martelé. Certains d'entre vous devraient vérifier leurs sources.»

La députée conservatrice Laurie Hawn a qualifié l'affaire, ainsi que l'attention médiatique qu'elle suscite, de «cirque». «Ça n'a rien apporté, si ce n'est d'atténuer la confiance des Canadiens envers le système», a-t-elle déclaré.

Interrogé au sujet des proportions qu'a prises l'affaire, M. Mayrand a offert une réponse claire. «Je crois que c'est un sujet très sérieux, et honnêtement, je suis content de voir que les Canadiens sont préoccupés. C'est essentiel afin de garantir la manière dont nous dirigeons notre pays», a-t-il dit.

«Ça touche les bases fondamentales de notre démocratie [...] la façon dont nous élisons nos représentants. Je ne crois pas qu'il y ait rien de plus important que cela dans nos institutions démocratiques.»

Le moment choisi pour que M. Mayrand témoigne devant le comité a soulevé bien des questions. Le dépôt du budget fédéral retenait hier toute l'attention de la colline parlementaire. Le président du comité, le député conservateur Joe Preston, a expliqué qu'on n'avait pas pu trouver une autre fenêtre pour le témoignage de M. Mayrand.
10 commentaires
  • François Gagnon - Inscrit 30 mars 2012 05 h 03

    Le pays qui veut donner l'exemple

    Avec des déficits démocratiques comme cela, nos représentants du gouvernement canadien ont encore le culot de se présenter en donneurs de conseils pour l’établissement de la démocratie à l'international. Pas de quoi être fier.

  • L Eclair - Inscrit 30 mars 2012 05 h 51

    Derrière les barreaux le coupable

    Peut-être saurons-nous à qui revient la faute dans toute cette affaire. S'il est vrai qu'un parti sera reconnu coupable de telles dérivent j'ai bien hâte de voir ce qu'il aura à dire à son corps défendant.

    Pourquoi les conservateurs pensent-ils (!) qu'une part des électeurs croient qu'ils sont responsable de telles actes anti-démocratiques ? Pourquoi les conservateurs se sentent-ils visés ?

    Je ne m'explique toujours pas le résultat des dernières élections fédérales. Comment les québecois ont-ils pu croire que le ROC ne voulait pas des conservateurs ? C'est un véritable cas de conscience.

    J'aimerais bien que le chef du parti qui sera reconnu coupable de ces actes ignobles se rendent directement derrière les barreaux. Il ne faut pas oublier qu'on veut emprisonner des gens pour avoir cultiver 7 plants de cannabis.

    Je pose la question, n'est-il pas plus dommageable pour l'ensemble de la société que le chef d'un parti trouvé coupable de supercherie visant à soustraire le vote d'électeurs lors d'un scrutin général puisse s'en tirer sans faire de temps derrière les barreaux, alors qu'on veut emprisonner quelqu'un qui prend la décision de ne pas encourager le crime organisé en cultivant lui-même son propre cannabis ?

    La peine de prison me semble la seule solution pour ce crime contre la démocratie. On voudra nous faire croire que même trouvé coupable cela n'a pas changé l'issu du scrutin. Ben voyez-vous, un crime est un crime, non ?

    Je salue le travail du DGE et j'encourage tous les canadiens victime de ce stratagème ignoble à se manifester. L'avenir de notre démocratie est en jeu. Nous ne pouvons continuer sans que la lumière, toute la lumière, ne soit faite sur ces évènement, ces comportement crapuleux. Il en va du respect de notre condition humaine.

  • Raymond CHALIFOUX - Abonné 30 mars 2012 07 h 55

    À chacun ses priorités..

    "La députée conservatrice Laurie Hawn a qualifié l'affaire, ainsi que l'attention médiatique qu'elle suscite, de «cirque»."

    Madame Hawn - qui était lieutenant colonel dans l'armée de l'air canadienne - est d'avis, dit-on qu'on devrait plutôt s'employer à trouver les moyens d'acheter encore plus de F-35...

    • Pierre Rousseau - Abonné 30 mars 2012 11 h 56

      Les conservateurs pensent que c'est un «cirque» parce que pour eux il n'y a pas de quoi fouetter un chat et une bonne démocratie est une démocratie qui élit des conservateurs et tous les moyens sont bons pour y arriver...

  • Sanzalure - Inscrit 30 mars 2012 08 h 43

    De la manipulation

    Premièrement, la vraie majorité, ce ne sont pas les gens qui ont voté conservateur (20%), mais les gens qui n'ont pas voté (40%).

    Donc, dans la population canadienne, il y a deux fois plus de personnes qui ne croient pas dans le système que de personnes qui appuient l'idéologie conservatrice.

    Alors, je considèrent que les conservateurs abusent de leur pouvoir de toutes les façons possible et imaginables, par exemple en choisissant le mauvais moment pour présenter le témpoignage de Monsieur Mayrand afin d'en diminuer la portée et de manipuler l'opinion plblique.

    Je ne comprend pas les personnes qui continuent d'appuyer le gouvernement Harper.

    Serge Grenier

  • Gilles Teasdale - Abonné 30 mars 2012 11 h 08

    Gagné

    L'important est de gagné ???????