Une attaque frontale contre CBC/Radio-Canada

Les compressions imposées à CBC/Radio-Canada vont forcer l'élimination d'environ 700 postes (sur quelque 9100) selon les évaluations syndicales. Le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC, affilié à la CSN), représentant environ 1800 membres, juge aussi que les réductions draconiennes de 115 millions du budget annuel vont inévitablement affecter la programmation. Il devient même possible d'envisager le retour de la publicité à la radio.

«À partir de maintenant, la capacité de Radio-Canada de remplir son mandat est remise en question, dit Alex Levasseur, président du SCRC. [...] Moins on va diffuser de contenu canadien, plus on va diffuser de contenu étranger, surtout américain. Il va y avoir des coupures, des bris dans le service à la radio ou à la télé, en région ou dans les grands centres. On risque même de voir apparaître de la pub là où il n'y en a pas depuis très longtemps. Le mandat de Radio-Canada est attaqué. C'est dramatique.»

La Société d'État a réagi laconiquement. «CBC/Radio-Canada se penchera sur l'approche qu'elle adoptera pour faire face à cette réduction de manière à ne pas compromettre outre mesure sa stratégie Pour l'avenir, 2015: «partout, pour tous», dit le communiqué. Les mesures que CBC/Radio-Canada entend prendre au cours des trois prochaines années seront décrites plus en détail à nos employés et aux Canadiens que nous servons, et ce, dès que possible.»

Et c'est tout. La Société a décidé de ne pas commenter davantage. «Pas d'entrevue. On analyse le budget et on se prépare à en communiquer l'impact le plus tôt possible à nos employés», a écrit au Devoir Marco Dubé, directeur des communications de l'institution.

Dans les faits, selon le SCRC, les pertes dépasseront les 115 millions annoncés. Il faut par exemple envisager les indemnités de départ des employés mis à pied, ce qui pourrait ajouter plus de 30 millions supplémentaires au total. La Société emploie environ 9100 personnes, dont beaucoup de contractuels.

Un énorme soulagement

Le Conseil des arts du Canada est par contre un des rares organismes épargnés par le couperet fédéral. Le président du CAC, Joseph L. Rotman, a assimilé la protection assurée au budget du principal organisme subventionnaire fédéral à un «vote de confiance», un «signal clair de soutien aux arts, coeur créatif de la nation».

Le Conseil des arts, dont le budget de 181 millions verse 155 millions chaque année en subventions à 20 000 artistes et organismes culturels, s'est dit heureux de pouvoir réinvestir les économies réalisées ces dernières années grâce à de sérieux efforts budgétaires.

Culture Montréal a aussi salué l'effort réalisé pour protéger le CAC et le réseau des musées des compressions assenées à d'autres organismes culturels. «Je crois que les pressions exercées au cours de la dernière année ont porté fruit. On doit une fière chandelle au ministre du Patrimoine, James Moore, qui a réussi à convaincre le Conseil des ministres», a dit hier Simon Brault, président de Culture Montréal.

Le sort réservé à la Société Radio-Canada inquiète toutefois au plus haut point l'organisme montréalais, compte tenu «du poids massif de la SRC dans l'écologie culturelle de la métropole». Culture Montréal reste par ailleurs aux aguets quant à l'impact, encore difficilement mesurable, qu'aura la réduction de budget de 6,9 % imposée à Patrimoine canadien, sur les services et les programmes culturels.

À voir en vidéo