71 % des Québécois ont un appétit constitutionnel

La Loi de 1982 sur le Canada concernant le rapatriement de la constitution canadienne reçut la sanction royale d'Élizabeth II le 17 avril 1982 à Ottawa.
Photo: - Le Devoir La Loi de 1982 sur le Canada concernant le rapatriement de la constitution canadienne reçut la sanction royale d'Élizabeth II le 17 avril 1982 à Ottawa.

Ceux qui disent que personne au Québec et au Canada ne veut entendre parler de constitution seront confondus: un sondage Léger marketing révèle que près des trois quarts des Québécois pensent que le gouvernement du Québec devrait prendre l’initiative de proposer un projet de modification constitutionnelle.

Plus précisément, 71 % des Québécois pensent que le gouvernement du Québec devrait faire quelque chose pour corriger le fait que le Québec n’ait pas signé la Constitution de 1982, et trouvé moyen depuis de soumettre un tel projet de modification constitutionnelle.

Même dans les autres provinces canadiennes, une personne sur deux, soit 49,7 %, approuve l’idée que Québec prenne l’initiative de soumettre un projet de modification constitutionnelle «acceptable et satisfaisant pour une majorité de Québécois».

Quoi qu’en disent les dirigeants politiques, il existe donc bel et bien un appétit pour le dossier constitutionnel au Québec et, dans une moindre mesure, au Canada.

«Il y a encore un intérêt au Québec pour la question de la réforme constitutionnelle. Ce qui est clair, par ailleurs, c’est que le rapatriement a laissé des cicatrices qui, pour un bon nombre de Québécois, sont encore vives», conclut Benoît Pelletier, professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa et lui-même ancien ministre libéral des Affaires intergouvernementales canadiennes à Québec.

«Cependant, tout leader politique va devoir mesurer et mesure sans aucun doute — et c’est ce qui explique la tiédeur de certains politiciens par rapport à cette question — les conséquences désastreuses qu’entraînerait un échec de la reprise des pourparlers constitutionnels», avance-t-il, et c’est ce qui, selon lui, empêche les dirigeants politiques de tenter quelque chose.

Pratiquement la même proportion de Québécois, soit 69 %, pense que le Canada devrait donner plus de pouvoirs à l’Assemblée nationale du Québec.

Tout à l’opposé, 79 % des Canadiens des autres provinces s’opposent à cette idée de donner plus de pouvoirs au Québec.

Adhésion ou séparation

Les sondeurs ont voulu pousser plus loin, allant jusqu’à demander aux Canadiens ce que devrait faire le Québec s’il était impossible de changer la Constitution pour satisfaire les Québécois. Et 44,5 % des Québécois souhaiteraient alors que le Québec «se retire de la fédération canadienne pour devenir un pays indépendant». Même 18 % des Canadiens des autres provinces tireraient cette conclusion.

Toutefois, 38,7 % des Québécois et 63,1 % des Canadiens pensent que le Québec devrait tout de même rester dans la fédération canadienne.

Ces données ressortent d’un sondage Léger marketing réalisé auprès de 2039 Canadiens, dont 1002 Québécois, du 5 au 12 mars. Il comporte une marge d’erreur de 2,2 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Le sondage a été réalisé pour le compte de l’Association internationale des études québécoises, dans le cadre des événements entourant les 30 ans du rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982. Un colloque sur la question se tiendra d’ailleurs du 12 au 14 avril, à Montréal, et le public y est convié.
13 commentaires
  • celljack - Inscrit 26 mars 2012 14 h 29

    Se séparer pour mieux se fédérer

    Excellent article.
    Totalement pertinent.

    Je serai souverainiste tant et aussi longtemps qu'une constitution acceptable ne sera pas sur la table.

    D'ici là, une déclaration de souveraineté et un accord libre-échange entre le Québec et les provinces permettrait au Québec de prendre une position politique avantageuse sans pour autant affecter son économie.

    • Roland Berger - Inscrit 26 mars 2012 21 h 22

      Ce qu'il faut, c'est une constitution québécoise, et non un Québec encadré par une constitution qui ne le reconnaîtra jamais.
      Roland Berger

    • Roland Berger - Inscrit 26 mars 2012 21 h 22

      Ce qu'il faut, c'est une constitution québécoise, et non un Québec encadré par une constitution qui ne le reconnaîtra jamais.
      Roland Berger

    • Dominique Beaulieu - Inscrit 27 mars 2012 11 h 14

      "Je serai souverainiste tant et aussi longtemps qu'une constitution acceptable ne sera pas sur la table."

      Ça veut dire que s'il y a une offre acceptable vous allez virer capot?

      Pour moi, voici une constitution canadienne acceptable :

      1) La capitale du Canada est à Québec
      2) Les ministre fédéraux sont nommés par le gouvernement du Québec
      3) L'Assemblée nationale du Québec récupère les champs de compétences fédérale
      4) Seuls les citoyens du Québec votent pour les députés de l'Assemblée nationale
      5) Le français est la seule langue officielle au niveau fédéral, sauf pour communiquer avec les citoyens du Canada hors-Québec
      6) La citoyenneté Québécoise donné par Québec est valide partout au Canada
      7) La citoyenneté donnée par les autres provinces n'est pas valide au Québec
      8) Les officiers supérieurs et généraux de l'armée sont citoyens du Québec
      9) La connaissance du français est nécessaire pour devenir citoyen des autres provinces et pour pouvoir voter.

      Voilà, je crois que je serais satisfait avec cela. Si non on se sépare.

  • Sylvie Brodeur - Inscrite 26 mars 2012 15 h 06

    Convaincre les canadians anglais

    Ainsi donc, un beau défi pour M. Mulcair.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 26 mars 2012 15 h 19

    Stéphane Dion

    Faudrait demander à Stéphane Dion s'il s'agit de majorités claires. La loi sur la clarté est pas très claire à cet effet.

    69 % n'est pas suffisant, parce que si c'était suffisant, Stéphane pourrait simplement rendre son standard encore plus élevé. C'est important d'avoir les standards démocratiques les plus élevés possible, question de bien enfoncer la tête dans l'autruche.

  • Denis Pageau - Inscrit 26 mars 2012 17 h 33

    Une autre façon de penser

    Moi aussi je suis d'accord pour renouveler la constitution, mais seulement si elle nous propose une nouvelle façon de gérer nos sociétés, qui nous appartiennent, et ce, qu'elles soient locales, provinciales ou nationales.

    Il y a deux problématiques majeures qui nuisent au fonctionnement de nos collectivités, et incidemment à la participation citoyenne. Les deux sont associées à l'accumulation de pouvoir. Le premier est le pouvoir politique et le deuxième le pouvoir économique.

    Quoique la deuxième problématique doit être résolue par une approche internationale, la première peut se faire de manière autonome. Le Canada pourrait être un leader dans le processus de renouvellement de la gestion des sociétés en divisant le pouvoir que les citoyens se trouvent à accorer indirectement à un premier ministre.

    Dans une société moderne, ou la gestion est de plus en plus compliquée (le multiculturalisme, l’environnement, la technologie, les finances et la gestion internationale) et les budgets de plus en plus faramineux (au Canada on parle de 250 milliards annuellement), de remettre de facto la destinée de tout un pays dans les mains d’une seule personne.

    On doit trouver une nouvelle façon d’élire notre premier ministre et faire place à un processus électoral qui nous permet d’élire nos ministres. Cela nous donnera alors un choix réel dans la gestion de nos collectivités.

    Nous sommes non seulement copropriétaires de nos sociétés, mais également cogestionnaires.

    Denis Pageau
    www.citoyensetsocietes.ca

  • Gilles Théberge - Abonné 26 mars 2012 18 h 02

    Excellente idée

    Mais pas à n'importe quel prix. Et pas par aux soins de n'importe qui.

    Je ne suivrais pas un gouvernement Charest qui dirait vouloir préparer une proposition constitutionnelle.

    Si cela se fait, il faudra que ce soit le fait d'un gouvernement Québécois qui se définit d'abvord comme Québécois. Pas par un semblant de Québécois comme Charest qui a déclaré déjà être canadian first and foremost... À moins d'être menteur ou d'avoir évolué mais on le saurait, il y a de fortes chances qu'il pense encore de la même façon.

    Ce qu'il y a d'intéressant dans cette affaire, c'est que les Québécois à hauteur de 71% voient bien que ça ne marche pas le Canada tel qu'il est, puisqu'ils se disent insatisfaits de la situation.

    Bienvenue madame Marois. Voilà un beau mandat pour vous.