Aide internationale - Développement et Paix dépend maintenant des croyants

L’ACDI a invité Développement et Paix à se concentrer sur sept pays, dont Haïti, qui peine toujours à se relever du séisme de janvier 2010.
Photo: Agence France-Presse (photo) Hector Retamal L’ACDI a invité Développement et Paix à se concentrer sur sept pays, dont Haïti, qui peine toujours à se relever du séisme de janvier 2010.

Québec — Depuis la baisse de la subvention du gouvernement fédéral, l'organisme Développement et Paix a désormais pour principal bâilleur de fonds l'argent du carême.

Comme tous les ans, les paroisses catholiques de tout le Canada tiendront dimanche prochain leur collecte spéciale annuelle de Développement et Paix. En temps normal, cet événement permet d'amasser pas moins de 10 millions de dollars, soit l'équivalent de 40 % du budget de l'organisme.

Or, depuis la réduction du financement de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), qui est passé de 45 millions à 14,5 millions sur cinq ans, l'argent du carême est devenu la première source de financement de l'organisme, avec 55 % du budget.

«Oui, c'est énorme, c'est très important. C'est pour ça que vous devez écrire dans Le Devoir que, dimanche, les gens doivent aller à l'église et donner un peu d'argent à Développement et Paix, a déclaré hier le directeur des programmes internationaux de l'organisme, Giglio Brunelli. On espère que la collecte va se maintenir ou se renforcer un petit peu.»

Hier matin, l'archevêque de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, a diffusé un communiqué pour «inviter la population à donner généreusement à la collecte». Mgr Lacroix a aussi dérogé à sa réserve habituelle en déplorant la réduction du budget accordé par l'ACDI à Développement et Paix. Cette baisse est «déplorable alors que les besoins à l'international sont de plus en plus criants, a-t-il déclaré. Nous vivons dans un pays avec de grandes ressources, c'est un devoir pour nous de continuer d'être généreux et de partager afin d'appuyer les populations moins favorisées».

Mgr Lacroix a ajouté qu'il compte écrire à la ministre responsable de l'ACDI, Bev Oda, pour lui faire part de sa «déception». Fondé par les évêques catholiques en 1967, Développement et Paix est aujourd'hui indépendant, mais demeure très proche de l'Église. «Il y a des comités Développement et Paix dans à peu près toutes nos paroisses», a signalé le porte-parole de l'Église catholique de Québec, Jasmin Lemieux-Lefebvre.

Sept pays plutôt que 20


Développement et Paix ne recevra que 14,5 millions de l'ACDI pour les cinq prochaines années, alors qu'il demandait 49,2 millions. Lors du dernier exercice, on lui avait attribué 44,6 millions. L'organisme, actif dans 33 pays en Afrique, en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient, avait demandé du financement pour intervenir dans 20 pays, mais l'ACDI l'a invité à se concentrer que sur sept d'entre eux: l'Afghanistan, le Cambodge, la Colombie, la République démocratique du Congo, Haïti, l'Indonésie et les Philippines.

«La seule explication que nous avons reçue est que ces pays-là, d'après les analyses qui ont été faites, sont ceux qui ont le plus de chances de donner des résultats», a expliqué hier M. Brunelli.

Développement et Paix n'est pas seul à subir des compressions de la part d'Ottawa. La semaine dernière, l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) a déploré que des organismes soient «mis sur la touche» parce qu'ils n'appuient pas les politiques du gouvernement fédéral.

Hier, le diocèse n'a pas voulu s'aventurer sur ce terrain glissant. «Présentement, on ne fait que déplorer la chose, a précisé Jasmin Lemieux-Lefebvre. De façon générale, l'Église présume du meilleur chez les gens, mais ça soulève des questions.»

À voir en vidéo