Abolition du registre des armes à feu - Les sénateurs du Québec n'osent pas se prononcer

Ottawa — Les sénateurs conservateurs du Québec n'osent pas se prononcer sur l'abolition du registre des armes à feu. Même le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui siège au comité étudiant le projet de loi C-19, a refusé de rencontrer des groupes de défense des victimes, plaidant qu'il n'est pas le «répondant» dans le dossier.

L'abolition du registre des armes à feu a été approuvée par la Chambre des communes, mais doit encore obtenir l'approbation du Sénat. Le Devoir tente depuis quelques semaines de savoir comment voteront les sénateurs québécois de Stephen Harper. En entendant la question, la plupart se dérobent. C'est le cas des Montréalais Jacques Demers et Larry Smith. «Je ne veux pas faire de commentaires. Pour le moment, il y a tellement de choses qui se passent...», a indiqué l'ex-entraîneur de hockey. Même réponse pour l'ancien président des Alouettes. «D'ici à ce que le projet de loi passe, je vais réserver mes commentaires», dit M. Smith.

Le bureau de Josée Verner a refusé de faire des commentaires. Même refus du côté de Judy Seidman, Andrée Champagne et Suzanne Duplessis-Fortin.

Un seul sénateur a manifesté des doutes par rapport aux visées de son gouvernement. David Angus (nommé en 1993) se demande pourquoi il faut détruire les données contenues dans le registre. «Naturellement, comme Montréalais sensible aux affaires des 18 femmes tuées, c'est difficile de comprendre pourquoi on ne laisse pas les 60 000 dossiers sur les armes, mais je n'ai pas d'expertise.»

M. Angus n'a pas encore décidé comment il votera, bien qu'il laisse entendre ne pas vouloir mener bataille, sentant que «c'est un fait accompli». Selon une source, Pierre Claude Nolin ressentirait la même ambivalence, lui qui a voté en faveur du registre au moment de sa création.

Les conservateurs détiennent 59 sièges au Sénat contre 44 de l'opposition. Des groupes de victimes tentent de convaincre les sénateurs conservateurs québécois. Jusqu'à présent, seuls Claude Carignan et Pierre Claude Nolin ont accepté de les écouter, indique Arlène Gaudreault, présidente de l'Association québécoise Plaidoyer-Victime. Une dizaine d'autres ont refusé, dont Pierre-Hugues Boisvenu.

Dans une lettre ouverte que publie aujourd'hui Le Devoir en page A 9, les groupes prennent à partie M. Boisvenu. «Le 14 mars dernier, vous posant en défenseur des victimes, vous avez reproché au ministre de la Justice du Québec de faire fi des victimes, de ne pas les consulter. Dans les circonstances, on pourrait vous adresser les mêmes reproches», écrivent-ils.

Le sénateur autochtone Patrick Brazeau est un des rares qui ont répondu à nos questions. «Pour nous, l'utilisation des armes à feu pour la chasse c'est culturel, c'est très important et ça fait longtemps que je soutiens l'abolition.» Claude Carignan fait part de ses doutes. «Est-ce que le registre prévient vraiment le crime? Je suis loin d'être convaincu.»
10 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 20 mars 2012 05 h 15

    Pitié Monsieur Boisvenu

    J'ai lu votre livre, j'ai suivi vos demandes, votre lutte pour les victimes de drame. Aujourd'hui, je vous demande d'avoir un regard sur les futures victimes de violence plus particulièrement les femmes. Je vous demande tout simplement de ne pas faire aux femmes ce que vous avez reproché à notre système de justice. S.V.P. au nom de toutes les femmes mortes en raison de l'utilisation d'une arme à feu contre elles. vous devez Monsieur Boisvenu rejeter C-19 et demander à vos consoeurs et vos confrères de faire de même.

  • André Chevalier - Abonné 20 mars 2012 06 h 27

    Ils sont tous des marionettes

    Moi qui ai déjà cru que les sénateurs jouissaient d'une certaine indépendance par rapport au pouvoir vu qu'il sont nommés à leur poste de façon permanente.
    Mais quelle sorte de lavage de cerveau leur fait Harper pour que les sénateurs et les députés conservateurs répondent la même cassette à toutes les questions, à savoir: « Nous travaillons pour le plus grand bien de la population, comme elle nous l'a demandé »?

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 20 mars 2012 06 h 45

    Il faut consulter les bons sénateurs

    Pour les questions sur le hockey, n'hésitons pas à recourir à M. Jacques Demers. Pour le football, b'oublions pas M. Larry Smith.
    Mais il ne faut pas les consulter pour des projets de loi aussi débiles que le
    registre des armes à feu.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 20 mars 2012 08 h 05

    Les sénateurs

    Pourquoi les sénateurs québécois seraient-ils moins couillons que les députés? Vaste question ...

    Desrosiers
    Val David

  • Nicole Moreau - Inscrite 20 mars 2012 08 h 08

    Je ne comprends pas cette position

    Les sénateurs qui proviennent du Québec n'oseraient pas prendre position sur cette question. Pour quelle raison? Craignent-ils de perdre leur emploi? craignent-ils des remontrances de la part du bureau du premier ministre? Et alors? que se passerait-il s'ils prenaient une position différente de celle du gouvernement? Monsieur Harper ne pourrait pas leur montrer la porte. Cette position indique que les sénateurs québécois ont des doutes sur le geste, mais n'osent pas le montrer ouvertement, d'où leur refus de rencontrer les groupes de défense.
    Je réagis en me disant que les Québécois à Ottawa, qu'ils soient à la Chambre des Communes ou au Sénat sont fort dociles par rapport à la ligne du parti et tendent à oublier les intérêts des personnes qu'ils sont supposés représenter. Encore un incident qui fait s'éloigner le Québec du Canada.

    • Roland Berger - Inscrit 20 mars 2012 18 h 40

      Voue ne comprenez pas ? On ne mord pas dans la main qui nous nourrit.
      Roland Berger