Course à la direction du NPD - Mulcair dit être «le pire cauchemar de Harper»

Thomas Mulcair
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Thomas Mulcair

Pour Thomas Mulcair, une critique est un compliment. Ou presque. Le candidat à la chefferie du Nouveau Parti démocratique (NPD) estime à tout le moins qu'il est «normal» qu'il soit la cible des plus vives attaques de cette longue course au leadership, puisque cela confirme indirectement son statut de meneur. À dix-huit jours de l'élection, il se présente ainsi comme «le pire cauchemar de Stephen Harper»... et dément être celui de l'aile gauche néodémocrate.

«Quand tu es en avance dans une course, tu es la cible de tous les autres, dit-il en entrevue éditoriale avec Le Devoir. Je prends ça comme un compliment, une preuve que notre campagne va bien. On a donné un ordre très clair au début de la campagne: on n'allait pas parler contre les autres, mais expliquer pourquoi les gens devraient venir chez nous. C'est ce qu'on fait.»

Dans le débat des candidats présenté dimanche à Montréal, M. Mulcair a été la cible des attaques les plus directes. Brian Topp lui a notamment reproché de vouloir tirer le NPD trop près du centre et trop loin des valeurs sociales-démocrates qui animent la base militante du parti. Niki Ashton a renchéri en dénonçant la frilosité de M. Mulcair à utiliser le vocabulaire traditionnel du parti, notamment les références aux «gens ordinaires».

Déjà, dans les jours précédents, des sources anonymes avaient ramené à l'avant-plan des éléments du passé politique de M. Mulcair: le fait qu'il a été sollicité par les conservateurs avant de rejoindre le NPD, ses positions au sein du gouvernement libéral de Jean Charest, son soutien à Israël...

Autant de flèches qui donnent l'impression qu'un mouvement «anybody but Mulcair» s'organise pour contrer sa candidature. Le principal intéressé ne s'inquiète toutefois pas trop. «C'est sûr qu'un scénario comme ça peut exister», dit-il. Mais il ne croit pas que cela puisse avoir un réel effet sur le vote. «Je vois une énorme différence avec ce qui a pu se passer chez les libéraux fédéraux en 2006 [quand Stéphane Dion a été élu après avoir terminé troisième lors des deux premiers tours]: 90 % des électeurs du NPD auront déjà voté par la poste lorsque le congrès va s'ouvrir.» Autrement dit: les alliances de dernière minute pour bloquer tel ou tel candidat n'auront pratiquement pas d'impact sur le résultat final, croit-il.

Dans les circonstances, Thomas Mulcair affirme ne pas être surpris de lire ce qu'il lit ni d'entendre ce qu'il entend depuis quelques semaines. «Je m'y attendais, dans l'ordre et le timing», soutient-il. «Je propose qu'on devienne le prochain gouvernement et que nos idées soient appliquées directement, sans l'aide d'un autre parti. C'est une possibilité excitante pour la plupart des gens, mais on a encore certaines personnes qui sont plus à l'aise dans un rôle de critiques et qui hésitent [à suivre].»

La critique la plus récurrente concerne sa vision plus centriste. Et s'il assume pleinement sa volonté d'élargir la base militante du NPD et de moderniser le langage du parti, il réfute que ses propositions représentent un changement idéologique majeur. «Il n'y a rien eu de radical dans ce qui s'est fait au Québec lors de la dernière élection par rapport au reste du Canada. On n'a pas jeté par-dessus bord les idées du NPD. Mais on les exprime différemment.»

M. Mulcair avance que les références constantes aux «gens ordinaires» dans le discours du NPD confinent le parti à une certaine clientèle. «Je me suis fait faire la leçon par certains, comme quoi c'est comme ça que le parti restait à 17 % dans les sondages. J'ai répliqué: "pourquoi se restreindre?" Si une idée est bonne, elle est bonne pour tout le monde. Et on a réussi au Québec sans qu'il y ait de contradiction. Est-ce qu'on a sacrifié quoi que ce soit de nos principes en allant au-delà de notre base traditionnelle, en allant voir les communautés culturelles et les jeunes? Absolument pas.»

Et s'il rejette la proposition de Brian Topp d'annoncer une hausse de l'impôt pour les personnes gagnant plus de 250 000 $ par année, c'est qu'il estime «qu'en bon gestionnaire public, la première chose à faire est de laisser tomber les décisions a priori comme ça. Il faut regarder les livres avant de proposer ça». Pour l'instant, lui propose une bourse de carbone, des taxes sur les transactions financières, la fin des paradis fiscaux et le rehaussement de l'impôt sur les entreprises.

Relever le débat


Thomas Mulcair soutient de cette manière ne pas être l'antéchrist des néodémocrates les plus endurcis. S'il devait jouer un rôle semblable, ce serait plutôt auprès des conservateurs. «Je peux garantir que je suis le pire cauchemar de Stephen Harper. C'est pour ça qu'il ne veut pas que je gagne», soumet-il sans tenter d'afficher trop de modestie. «Entre 1998 et 2003, quand nous étions dans l'opposition à Québec, on causait des cauchemars au PQ à la période de questions. Je me permets de suggérer qu'actuellement, on ne fait pas faire de cauchemars à beaucoup de ministres sur la première rangée du gouvernement.»

La flèche ne vise personne en particulier, dit-il, mais plutôt un contexte: cinq des meilleurs députés du NPD sont occupés par la course depuis l'automne, et une bonne partie des stratèges aussi. Forcément, l'impact se fait sentir. «Nycole Turmel fait un travail difficile dans des circonstances difficiles. Elle mérite toute notre admiration», dit M. Mulcair. Mais il promet qu'une fois élu, le ton changerait, porté par une «approche structurée, déterminée et tough».

Mais pour cela, il lui faut gagner. Et ils sont visiblement quelques-uns à vouloir l'en empêcher. Or, c'est là le genre de défi qu'il aime: «Je suis quelqu'un de très déterminé», dit-il.

À voir en vidéo