Appels frauduleux - Élections Canada a été contactée 31 000 fois

Ottawa — Dans une rare sortie de son mutisme, Élections Canada a révélé hier qu'elle avait été contactée à 31 000 reprises, alors que le débat fait rage depuis une semaine aux Communes quant aux appels robotisés frauduleux de la dernière campagne électorale. L'agence prend l'affaire suffisamment au sérieux pour annoncer qu'elle en fera rapport à la Chambre.

Alors que les conservateurs continuent de se laver les mains de toute cette histoire, les partis d'opposition en ont marre de leurs «réponses robotisées». Il s'agit d'un nombre de plaintes sans précédent et les troupes du premier ministre ne peuvent plus se contenter de nier qu'il y ait scandale, a souligné le chef libéral par intérim. «À moins que le premier ministre et ses associés veulent dire que 31 000 Canadiens et plus ont participé à une campagne de salissage, il va avoir du mal à simplement rejeter les inquiétudes quant à ce qui s'est passé à la dernière élection», a scandé Bob Rae. Après l'élection de 2008, Élections Canada avait reçu 1392 plaintes, 329 en 2006 et 398 en 2004. C'est «du jamais vu» selon l'ancien directeur général des élections Jean-Pierre Kingsley.

«Élections Canada a reçu un grand volume de plaintes dans les derniers jours, suite aux demandes de députés et de partis politiques invitant le public à envoyer de l'information à l'agence. Plus de 31 000 contacts ont été initiés avec Élections Canada par les Canadiens. Élections Canada les étudie et prendra les mesures nécessaires», a expliqué l'agence hier. Élections Canada envoie rarement de telles mises à jour aux médias. Il est encore trop tôt pour savoir combien des 31 000 signalements reçus par Élections Canada — par téléphone, courriel, ou autre — s'avéreront des plaintes recevables.

La GRC en renfort


Élections Canada, qui pourra compter sur la collaboration de la Gendarmerie royale du Canada selon CBC, fera rapport au Parlement — autre fait rare —, sans préciser toutefois d'échéancier.

Élections Canada enquête sur des appels robotisés faits dans la circonscription ontarienne de Guelph qui avertissaient faussement les électeurs que leur bureau de scrutin avait été déménagé. Ces appels ont commencé à faire surface pendant la dernière campagne électorale, mais on en ignorait la provenance. La nouveauté, c'est qu'Élections Canada a trouvé qu'ils provenaient d'une entreprise d'Edmonton faisant affaire avec le Parti conservateur, RackNine. Le réseau CBC a cette semaine rapporté que l'enquête s'étendait désormais aux bureaux de Thunder Bay d'une autre compagnie associée au Parti conservateur, Responsive Marketing Group, où des appels semblables — cette fois non robotisés — auraient aussi été faits. Le néodémocrate Joe Comartin a par ailleurs lui-même reçu un appel du genre à Windsor.

Les conservateurs ont de nouveau martelé qu'ils n'avaient absolument rien à voir avec ces appels. Dean Del Mastro a plutôt suggéré que ce sont les libéraux qui ont faits des millions d'appels.

«Les conservateurs avaient promis de mettre fin à l'épidémie de scandales à Ottawa. Or, ils ont plutôt manigancé leurs propres scandales», a dénoncé la chef néodémocrate par intérim, Nycole Turmel. Bob Rae a quant à lui fait valoir qu'il faudra peut-être revoir la Loi électorale du Canada pour la mettre à jour et «leur donner vraiment le pouvoir de voir jusqu'à quel point la nature de la fraude a changé».

5 commentaires
  • glanglais - Inscrit 3 mars 2012 05 h 22

    Combien au total...

    Bonjour,

    Si 31 000 personnes ont porté plainte au DGE, comment extrapoler ce résultat pour connaître la masse appelée? Il existe probablement une statistique sur le sujet. Il pourrait bien s'agir d'une population de 300 000, 400 000 ou même de 500 000 personnes contactée. Cela est amplement suffisant pour reprendre le vote dans plusieurs circonscriptions ainsi touchées.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Richard Guillemette - Inscrit 3 mars 2012 13 h 48

    Hystérie collective

    Pour moi, cette affaire n'est rien d'autre qu'une hystérie collective.

    S'il y avait eu tant de personnes victimes, cette affaire serait sortie publiquement auparavant.

    Que de temps perdu; n'avons-nous pas de sujets plus essentiels â consisérer?

    Lorsqu'il n'y a pas ou peu de preuves, pourquoi généraliser? Si quelqu'un avait téléphoné chez moi, j'aurais pris des informations exactes ....

  • Catherine Paquet - Abonnée 4 mars 2012 07 h 29

    Il s'agit d'une question essentielle...

    Richard Guillemette a une échelle des valeurs qui lui est propre. Le respect du droit de vote, de la tranquilité de l,électeur, de son droit à voter sans être harcelé et surtout sans être induit en erreur, est un droit fondamental en démocratie. C'est pourquoi les tactiques attribuées aux conservateurs sont suffisamment plausibles pour amener Élection Canada et la GRC à mener des enquêtes sérieuses. On savait Stephen Harper capable de lancer les publicités négatives les plus méchantes et basses contre ses adversaires, mais on ne pensait pas qu'il s'attaquerait aussi aux électeurs eux-mêmes qu'il soupçonnerait d'appuyer ses adversaires.
    Il ne faut pas que ceci soit toléré un instant de plus. Élu avec moins de 40% des voix, ce gouvernement ne mérite plus la confiance des citoyens. Il n'a pas d'égard pour eux, ni pour leurs droits les plus élémentaires.

  • Jean Tremble - Inscrit 4 mars 2012 09 h 29

    @Richard Guillemette

    << Pour moi, cette affaire n'est rien d'autre qu'une hystérie collective.>>

    En effet ! Faut vraiment que les citoyens soient timbrés, pour se formaliser d’une fraude électorale qui aurait porté au pouvoir un gouvernement majoritaire qui impose à sa guise des politiques antisociales.

    Pourtant, il y tant d’autres activités que la contestation qui pourrait nous occuper l’esprit, comme par exemple lire Mme Bombardier ou écouter Occupation double ou Star d’un soir…

  • Carole Dionne - Inscrite 4 mars 2012 13 h 40

    Pauvres conservateurs

    Il font donc pitiés. Depuis des lunes qu'ils trichent , et quand ils se font prendre, ils s'excusent mais recommencent aussitôt. Il faut toujours prouver leur faute, selon eux. Et quand ils sont pris, ils demandent l,absolution.

    Faut être naïfs ou naïves pour les croire. Je me demande comment peut -on qualifier les électeurs de Maxime Bernier dans la Beauce? Ce sont seulement eux qui ont le "pas " au Québec., j'imagine!!!