Appels frauduleux - C'est la faute aux libéraux, dit Harper

Bob Rae s’est défendu des attaques de Stephen Harper, les qualifiant de «foutaises».
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Bob Rae s’est défendu des attaques de Stephen Harper, les qualifiant de «foutaises».

Ottawa — Nouvelle journée, nouvelle ligne de défense. Niant toujours avoir quoi que ce soit à se reprocher dans le scandale des appels frauduleux faits pendant la campagne électorale, le premier ministre accuse maintenant les libéraux d'être les coupables.

Outre les appels robotisés commandés par le dénommé «Pierre Poutine» et disant faussement provenir d'Élections Canada, des appels de harcèlement ont aussi été dénoncés par plusieurs électeurs au pays. Ceux-ci affichaient parfois un indicatif régional du Dakota du Nord, selon les plaintes. Il n'en fallait pas plus pour que Stephen Harper évoque des liens entre le Parti libéral et des entreprises américaines et en conclue qu'ils sont les responsables de ces autres appels.

«Le Parti libéral a dit que ces appels proviennent des États-Unis, mais seulement le Parti libéral a fait de tels appels à partir des États-Unis. La réalité, c'est qu'il revient au Parti libéral de donner la preuve et de démontrer que ce n'est pas lui qui a fait ces appels aux électeurs», a lancé le premier ministre au chef libéral intérimaire.

Foutaises, lui a rétorqué Bob Rae. «Le premier ministre et ses collègues ont une habileté remarquable à se poser en victimes.» M. Rae a certifié que son parti n'a jamais commandé d'appels au sud de la frontière, se disant prêt à fournir tous les relevés téléphoniques de sa campagne et mettant le premier ministre au défi de faire de même.

Il n'existe pas de lien véritable entre le Parti libéral et des entreprises téléphoniques américaines. Les conservateurs ont fait référence à cinq cas. Ils reprochent à Joe Volpe d'avoir versé près de 26 000 $ à Prime Contact, mais l'entreprise est ontarienne, ce n'est qu'un homonyme qui se trouve au Dakota du Nord. Ils ont ensuite reproché aux candidats libéraux défaits Diane Janzen, Shafik Ruda, Anita Vandenbeld et Kim Rudd d'avoir fait affaire avec l'entreprise First Contact. Cette boîte est pourtant basée à Toronto. Son lien avec les États-Unis? Sa technologie est brevetée là-bas, a indiqué le conservateur Dean Del Mastro.

Les conservateurs sont dans l'embarras depuis qu'il a été révélé par Postmedia qu'Élections Canada enquête sur des appels robotisés placés dans le comté ontarien de Guelph par la compagnie d'Edmonton RackNine, liée au Parti conservateur, et qui avisaient faussement les électeurs que leur bureau de scrutin avait été déménagé. Selon des documents légaux, les appels ont été commandés par un téléphone cellulaire acheté par «Pierre Poutine» de Joliette. Mercredi, CBC a révélé que l'enquête d'Élections Canada avait été élargie pour se pencher sur le bureau d'une autre compagnie téléphonique, Responsive Marketing Group, à Thunder Bay, où des appels semblables — cette fois non robotisés — auraient été faits. Des employés ont rapporté avoir fait des appels pour le Parti conservateur, informant eux aussi les électeurs que leur bureau de vote avait été déplacé. Élections Canada n'avise jamais par téléphone les électeurs d'un déménagement de bureau de scrutin.

Le député néodémocrate de Windsor-Tecumseh, Joe Comartin, a rapporté avoir lui-même reçu l'un de ces appels mystérieux le 2 mai de «Pierre Poutine». Le député et son épouse ont avisé Élections Canada, comme trois ou quatre autres citoyens, a-t-il affirmé hier. Ce que corroborent les documents de cour déposés par Élections Canada. Le réseau CBC a quant à lui cité des plaintes provenant de Vancouver Nord, de Saint John au Nouveau-Brunswick et de West Nova en Nouvelle-Écosse, où une employée d'Élections Canada au bureau de scrutin aurait elle-même rencontré des citoyens énervés par des appels frauduleux.

Aux Communes, le néodémocrate Pat Martin a évoqué un cas semblable à Calgary. Pourquoi les conservateurs tenteraient-ils de décourager les électeurs dans leurs propres châteaux forts? ont-ils rétorqué. «Parce qu'ils essaient d'affamer leurs adversaires politiques», a expliqué M. Martin, les partis politiques touchant une subvention de 2 $ par vote. Pas de vote, pas de financement.

Mis à part les appels faits pour annoncer de faux déménagements de bureaux de scrutin, Élections Canada a reçu plusieurs plaintes concernant des appels harcelants faits à toute heure du jour ou de la nuit disant être effectués au nom du Parti libéral dans le but de dégoûter les électeurs de cette formation. Pour cette seconde catégorie d'appels, Élections Canada a refusé d'enquêter, expliquant dans un courriel envoyé à la campagne libérale de Joe Volpe que la Loi électorale «n'interdit pas ni ne réglemente la sollicitation téléphonique pour un candidat ou un parti ni le contenu des appels, à moins qu'on puisse démontrer qu'il y a eu de l'intimidation ou de faux motifs».

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Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti

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