Appels frauduleux - «Pierre Poutine» au coeur de l'enquête

À la Chambre des communes, où encore une fois cette histoire d'appels frauduleux a occupé la période de questions, le premier ministre Stephen Harper s'est lancé en mode attaque contre l'opposition.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie À la Chambre des communes, où encore une fois cette histoire d'appels frauduleux a occupé la période de questions, le premier ministre Stephen Harper s'est lancé en mode attaque contre l'opposition.

Ottawa — Pierre Poutine existe. Il habite à Joliette. Dans la rue Séparatiste. C'est du moins ce qu'a tenté de faire croire la personne ayant acheté comptant le téléphone portable jetable à partir duquel ont été commandés les appels frauduleux dirigeant les électeurs vers des bureaux de scrutin inexistants lors de la dernière élection fédérale.

Selon des documents de cour obtenus par Postmedia News, ce Pierre Poutine a acheté un téléphone Virgin Mobile, l'a activé le 30 avril 2011, soit deux jours avant l'élection, et ne l'a utilisé que pour contacter la firme d'appels robotisés Racknine Inc. Les appels robotisés commandés ont ensuite été faits dans la circonscription ontarienne de Guelph. Ils affirmaient à tort appeler au nom d'Élections Canada pour avertir que le bureau de scrutin avait été déplacé au Old Quebec Street Mall, dans le quartier historique de Guelph. C'était faux.

Il y a un restaurant appelé Pierre Poutine à Guelph, tout à côté du Old Quebec Street Mall. On ignore encore qui se cache derrière ce Pierre Poutine, mais l'opposition se dit convaincue qu'il s'agit d'un conservateur. «Je pense que le fait d'avoir utilisé un téléphone cellulaire du Québec, un met national comme la poutine avec une rue qui s'appelle la rue Séparatiste montre un petit peu le dédain que les conservateurs ont envers les Québécois», a soutenu le député néodémocrate Alexandre Boulerice.

Élections Canada enquête du côté du Parti conservateur. Les documents légaux nous apprennent aussi que les membres de l'équipe conservatrice locale de Guelph ont appelé Racknine à 31 reprises pendant la campagne électorale, ce qui en soi ne prouve pas que des activités illégales ont été commises. Toutefois, selon le rapport financier du candidat conservateur, la campagne n'a pas versé un sou à Racknine.

Un membre de l'équipe conservatrice de Guelph a déjà affirmé qu'il avait commandé à Racknine des appels le jour du vote pour contrecarrer les appels frauduleux. Qui a payé pour ces appels? Personne du Parti conservateur ou de la campagne conservatrice locale de Guelph n'a répondu à nos questions hier. «Il est raisonnable de croire qu'il existait une forme de relation commerciale entre la campagne du conservateur Marty Burke à Guelph lors de la 41e élection générale et Racknine Inc., ou entre certains travailleurs de la campagne de M. Burke et Racknine Inc.», écrit dans ces documents légaux Al Mathews, l'enquêteur d'Élections Canada.

À la Chambre des communes, où encore une fois cette histoire d'appels frauduleux a occupé la période de questions, le premier ministre Stephen Harper s'est lancé en mode attaque contre l'opposition. Plus catégorique que la veille, il a mis au défi les partis d'opposition de prouver que son parti était responsable des appels. Il a remis sur le nez des libéraux leur responsabilité dans l'affaire Vikileaks30, et sur celui du NPD les appels faits au bureau de leur ancienne députée Lise St-Denis, passée au Parti libéral. «Le NPD a fait des appels à un bureau de député de cette Chambre pour bloquer ses lignes téléphoniques [...]. Le NPD n'a aucune crédibilité quand il fait de telles allégations», a lancé M. Harper. Le NPD a cautionné des appels robotisés dans Saint-Maurice-Champlain. Les électeurs fâchés de la décision de leur députée pouvaient appuyer sur une touche pour être mis en contact avec le bureau de Mme St-Denis. La pratique n'est pas illégale.

Quand le libéral Bob Rae s'est à son tour levé pour rappeler au premier ministre que c'est le Parti conservateur «qui détient la majorité de la preuve» dans cette affaire d'appels frauduleux, M. Harper a encore une fois utilisé l'attaque. «Hier [lundi], le chef du Parti libéral a dû prendre la responsabilité des attaques de libéraux contre le ministre de la Sécurité publique. Maintenant, il reprend des attaques formulées par des libéraux contre des douzaines de députés conservateurs. Il doit se lever et prendre la responsabilité de cela aussi.» Lundi, Bob Rae a dû reconnaître que Vikileaks30 était l'oeuvre d'un libéral.

Les conservateurs sont d'ailleurs allés plus loin que jamais dans leur démenti dans cette histoire. Là où, la semaine dernière encore, l'implication possible d'un militant conservateur isolé était évoquée, elle est maintenant complètement écartée. «On ne peut pas simplement faire de telles accusations. On doit fournir des preuves et nous ne croyons pas que de telles preuves existent parce que ce n'est pas nous qui l'avons fait», a lancé le secrétaire parlementaire du premier ministre, Dean Del Mastro. Il a même déclaré que «le Parti conservateur nie toute implication, quelle qu'elle soit, dans les questions relatives à Guelph».

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Vikileaks30 sommé de comparaître en comité

Ottawa — Les conservateurs veulent intimer le responsable de Vikileaks30 à comparaître en comité parlementaire. Le député Dean Del Mastro a déposé une motion au Comité de l'éthique, hier, demandant que les députés se penchent sur «l'utilisation des ressources de la Chambre des communes pour dissimuler cette attaque publique anonyme» contre le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews. Les députés doivent voter demain, mais la majorité conservatrice risque d'obtenir gain de cause. La motion prévoit la comparution d'Adam Carroll le 8 mars. Lundi, le chef libéral par intérim, Bob Rae, a causé la surprise en annonçant que le compte Twitter Vikileaks30 avait été créé par M. Carroll, un employé du bureau de recherche de son parti, et il avait présenté ses excuses au ministre. L'internaute a exposé sur Twitter les détails du divorce acrimonieux de

M. Toews, tirés de documents judiciaires déjà publics, par le biais de l'adresse IP de la Chambre des communes. Le compte avait été créé à la suite du tollé qu'a suscité le projet de loi C-30 déposé par M. Toews, qui accorderait aux policiers des pouvoirs d'enquête accrus, dont celui d'obtenir sans mandat des renseignements nominatifs d'internautes qui les intéressent.
35 commentaires
  • Pierre Sabourin - Inscrit 29 février 2012 00 h 52

    Nonobstance et sophismes.

    Nonobstant la culpabilité du parti conservateur ou d'un tiers partie, il y a eu fraude électorale et ces circonscriptions doivent refaire l'élection.

    Cette élection est maintenant, peut importe la culpabilité du parti conservateur ou autre, devenue illégale.

    Élection Canada doit ce concentrer prioritairement sur reprendre l'élection dans ces circonscriptions. La culpabilitécircon de l'acte est maintenant prouvé. Trouver le coupable est secondaire même si très important.

    Pour ce qui est des sophismes, Harper use malveillement ce qu'on appelle, shifting the burden of proof ou casiment un argumentum e silentio mais plutot un Ignoratio Elenchi qui ensemble est la faute de dire parceque tu ne peux pas prouver que j'ai tort, qu'il n'y a pas de faute. Hors, précisement, c'est un non sequiture ou red hering que de dire cela puisque bien évidement, il y a eu fraude peux importe qui a commis le crime.

    http://en.m.wikipedia.org/wiki/Ignoratio_elenchi

  • a rappola - Inscrite 29 février 2012 03 h 04

    Un coupable, un!

    Comme quelqu'un d'autre l'a commenté plus tôt, il était à prévoir qu'on allait tenter de mettre la faute sur UNE seule personne, la congédier, et tourner la page, les mains blanchies. Il faut demander des comptes bien au-delà. Nous ne sommes plus dupes de cette tactique que les conservateurs nous ont servi à maintes reprises les dernières années.

    Et il était à prévoir que les conservateurs utiliserait l'histoire de vikileaks30 pour tenter de déjouer l'attention. Mais regardons ceci: le type propose une loi "pour la protection des enfants contre les cyberpédophiles(!)", portant d'abord soit dit en passant, le nom de "projet de loi sur l'accès légal", qui a son lot de controverses. Ensuite, on pouvait lire sur Wiképédia que le type a trompé sa femme avec une babysitter qui en est tombé enceinte, alors qu'elle avait 16 ans! 16 ans: ce n'est même pas majeur ça, selon nos lois. (le type l'a ensuite laissé assumer seule sa grossesse et l'enfant, toujours selon wiképédia, tel que l'on pouvait lire il y a 1 semaine). Très honorable! Évidemment, on a maintenant remplacé "16 ans" par "beaucoup plus jeune"... Alors qu'on ait étalé au grand jour les contradictions, et bien, je ne vois pas en quoi c'est un crime. Surtout quand le vrai crime, c'est qu'on veuille nous imposer une loi qui accorde au gouvernement des pouvoirs sans précédents dans l'histoire du Canada, qui va trop loin et viole notre droit à la vie privée (dont se réclame notre ami Toews!), d'après les commissaire à la protection de la vie privée du Canada et de l'Ontario. Lui servir sa propre médecine pour qu'il comprenne, je ne vois pas ce que ça a de mal. En tous cas, ça n'a rien de comparable à TRICHER aux élections. RIEN.

    Et la différence entre les libéraux et conservateurs? Les libéraux, eux, avouent leur responsabilité. Ça fait toute la différence!

  • Pierre Vincent - Inscrit 29 février 2012 04 h 50

    Guy Chevrette doit habiter sur la rue Séparatiste de la Ville de Holiette...

    Ainsi donc, Vladimir Poutine aurait un cousin québécois, Pierre Poutine.

    C'est presque trop beau pour être vrai... Ce dernier doit présentement se trouver en Russie, en train de prêter main forte au cousin Vladimir, en utilisant des téléphones cellulaires jetables afin de dissuader les opposants au régime Poutine d'aller voter aux élections présidentielles russes. Je pense que le PM Harper devrait lancer une enquête internationale sur ce dangereux terroriste intellectuel virtuel.

    A moins que Pierre Poutine ne soit que le pseudonyme d'un nouveau conservateur qui agirait sous le couvert de l'anonymat en se faisant passer pour le cousin de Vladimir Poutine habitant la Ville de Guelph en Ontario et y servant notre délicieux mets national aux Ontariens amateurs de gastronomie québécoise. Auquel cas, je miserais sur un Guy Chevrette pour avoir pu imaginer pareil stratagème et avoir pensé qu'on ne le trouverait pas en indiquant qu'il habite sur la rue Séparatiste de la Ville de Holiette. Ce n'est donc pas du mépris des Conservateurs, bien au contraire, c'est seulement une maladresse de celui qui veut se faire passer pour quelqu'un d'autre, tout simplement.

  • Gamil Sadek - Inscrit 29 février 2012 05 h 09

    On commence à s'y faire

    Ce n'est pas joli, joli, tout ça. Les 3 partis s'amusent à des jeux pas très orthodoxes.

  • L Eclair - Inscrit 29 février 2012 05 h 46

    Quelle bravoure

    Ils sont pleins d'humour ces gens c'est à ne pas y croire.