Projets en Libye - SNC-Lavalin avait embauché le mari de l'ambassadrice du Canada

Le mari de l'ambassadrice canadienne en Libye aurait été embauché par SNC-Lavalin pour diriger une unité d'ingénierie chargée de réaliser des projets développés conjointement par la firme d'ingénierie et la famille Kadhafi, a rapporté Radio-Canada hier.

Cette situation a poussé le ministre des Affaires étrangères John Baird à ordonner un examen de la situation le mois dernier afin de déterminer si l'affaire donne lieu à un conflit d'intérêts. Le ministre a aussi demandé un examen des politiques canadiennes pour les compagnies qui font des affaires avec des armées étrangères.

Selon un document obtenu par le réseau anglais CBC, Edis Zagorac, mari de l'ambassadrice Sandra McCardell, a été engagé pour diriger une unité d'ingénierie civile et militaire appartenant à 60 % à SNC-Lavalin et à 40 % au Corps des ingénieurs de Libye, basé dans la capitale, Tripoli.

Le document en question, une présentation PowerPoint datant de juin 2010, indique que l'unité allait travailler à la construction d'une prison à Gharyan, au sud de Tripoli. Le projet, évalué à 271 millions $ avait soulevé des critiques, en raison de la piètre réputation de la Libye en matière de traitement des détenus.

Des projets de construction d'autoroute, d'usine de traitement des eaux, de centrale électrique et d'académie militaire étaient également dans la ligne de mire de l'unité conjointe dirigée par Edis Zagorac. Ces projets s'inscrivaient dans la foulée de contrats de plusieurs milliards de dollars décrochés par l'ex-vice-président directeur de la division construction de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa.

M. Ben Aïssa, qui est connu pour avoir des liens étroits avec deux des fils du dictateur déchu Mouammar Kadhafi, ne s'est pas contenté de recruter M. Zagorac. Il a aussi recruté un ex-ambassadeur canadien en Tunisie, Bruno Picard, qui venait de prendre sa retraite. Ce dernier est devenu chef du développement des affaires. MM. Picard et Zagorac demeurent tous deux employés de SNC-Lavalin.

Lorsqu'on lui demande si l'ambassadrice McCardell a déclaré les liens de son mari avec SNC-Lavalin, un porte-parole du ministre Baird, Joseph Lavoie, répond qu'elle a «dûment demandé conseil» au département du ministère chargé de faire respecter le Code de valeurs et d'éthique de la fonction publique.

M. Lavoie ajoute cependant que le ministre Baird n'a été mis au courant de la situation que le 18 janvier. C'est à ce moment qu'il a ordonné des examens de la situation, dit-il.

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