Twitter au coeur des débats à Ottawa

Depuis mardi, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, voit des détails gênants de sa vie privée étalés sur Twitter par un utilisateur anonyme. <br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Depuis mardi, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, voit des détails gênants de sa vie privée étalés sur Twitter par un utilisateur anonyme.

Ottawa — Les conservateurs partent à la chasse à l'internaute insolent. Ils veulent savoir qui se cache derrière Vikileaks30, cet anonyme qui sévissait sur Twitter en égrainant les détails croustillants du divorce du ministre Vic Toews. Leur idée est toutefois déjà faite, se disant certains que le Nouveau Parti démocratique se cache derrière cette campagne de salissage cybernétique.

Depuis mardi, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, voit des détails gênants de sa vie privée étalés sur Twitter par un utilisateur anonyme. Cela semble être une réponse directe au projet de loi C-30 parrainé par le ministre qui permettrait aux forces policières d'obtenir, sans mandat d'un juge, l'identité d'internautes attirant leur attention.

L'internaute a extrait de documents liés au divorce de M. Toews des informations concernant ses infidélités, l'enfant qui en a résulté, ses querelles au sujet de la pension alimentaire, etc. Le corbeau cite également un jugement de 2005 reconnaissant M. Toews coupable d'entorse à la loi électorale du Manitoba à l'époque où il faisait de la politique provinciale. Un mécanisme de «in and out» lui avait permis de dépenser plus que la limite permise, mécanisme repris en 2006 par le Parti conservateur. L'internaute anonyme cite aussi les allocations de dépenses du ministre. Tous ces documents sont publics, mais certains ne peuvent être obtenus qu'en se rendant en personne dans les tribunaux du Manitoba.

L'Ottawa Citizen a découvert — en l'hameçonnant avec un lien vers un faux site Internet — que le plaisantin anonyme utilisait une adresse IP associée à la Chambre des communes. Le quotidien a ensuite pu associer cette même adresse IP à des changements apportés à des pages Wikipédia favorables au Nouveau Parti démocratique. Il n'en fallait pas plus au gouvernement pour se convaincre que le NPD est responsable de cet effeuillage virtuel.

«Nous apprenons aujourd'hui que l'opposition officielle du NPD s'est fait prendre à jouer un sale tour mesquin sur Internet, a lancé le ministre John Baird. Non seulement s'est-il abaissé au plus bas, mais il a en plus mené sa sale campagne Internet avec l'argent des contribuables. Je demande au NPD de se lever, d'endosser la responsabilité de ces sales tours, de s'excuser et d'identifier lequel d'entre eux est responsable de ces attaques sordides.» M. Baird n'a pas répété ses propos hors de la Chambre des communes, là où son immunité parlementaire ne s'appliquerait plus.

Le NDP dément

Le NPD dément cette accusation avec véhémence. «Notre parti n'a rien à voir avec cela et cela ne nous intéresse pas», a soutenu le député Jack Harris. Il estime que le gouvernement tente de «détourner l'attention» en accordant de l'importance à Vikileaks30. M. Harris reconnaît que le NPD n'a pas pris de mesure pour s'assurer qu'aucun néodémocrate n'est impliqué. «Nous ne lancerons pas une chasse aux sorcières et nous ne demandons à personne de le faire non plus. L'enjeu ici, c'est si le gouvernement fait la bonne chose en présentant un projet de loi qui permet des accrocs importants à la vie privée des Canadiens.»

L'adresse IP de la Chambre des communes ne permet pas d'isoler un seul ordinateur, confirment plusieurs spécialistes. D'ailleurs, le NPD a poursuivi les recherches et a pu attribuer à cette même adresse des changements effectués à des pages Wikipédia favorables aux conservateurs et aux libéraux. Le parti y voit une preuve que celui qui se fait passer pour Vikileaks30 pourrait être n'importe qui ayant une adresse rattachée à la Chambre des communes... et même un as de l'informatique s'étant introduit dans le système pour camoufler son identité. Il y a des milliers d'employés rattachés à la Chambre des communes.

La vice-présidente de la Chambre des communes, Denise Savoie, a indiqué que le président, «en effet, se penche sur cette question très sérieuse». L'ancien président de la Chambre, Peter Milliken, a soutenu sur CTV qu'aucune règle parlementaire n'avait été enfreinte.

Le député libéral Wayne Easter se dit en désaccord avec cette façon presque haineuse de salir des gens sans s'identifier, mais pense quand même que le ministre l'a un peu cherché. «La façon dont Vic Toews a répondu aux questions, que vous devez être soit avec lui, soit avec les pédophiles, était très inappropriée. Il y a eu une réaction immédiate sur Internet. Alors, oui, d'une certaine façon, c'était mérité. Si vous attaquez les gens de la façon dont Vic Toews a attaqué les gens, ça va vous rattraper, c'est certain.»

Depuis deux jours, les utilisateurs de Twitter ont adopté le mot-clic «TellVicEverything» (Dites tout à Vic) pour raconter des tranches de vie anodines et ainsi se moquer du projet de loi C-30, assimilé à Big Brother. Le chanteur Dan Bigras a même ironisé: «J'ai perdu un courriel que mon fils m'a envoyé la semaine passée. M. Toews, pourriez-vous me le renvoyer?»

4 commentaires
  • C. Boisvert - Abonnée 18 février 2012 03 h 45

    Twitter au coeur des débats à Ottawa

    Une "belle gang de twitts" au parti conservateur.

    C. B.

  • NickGP - Inscrit 18 février 2012 18 h 04

    Alors laissez-moi voir si j'ai bien compris...

    ... vous voulez faire passer une loie qui vous permettrait d'avoir accès à l'information privée et le contenue de chaque conversation en ligne de tout le pays, et ce sans mandat, mais vous trouvez outrant de voir votre propre vie personelle mise à la portée de ce même pays?

    Il y en a qui ne sont pas très conséquents, n'est-ce pas?

  • Poirier Sylvie - Inscrite 18 février 2012 21 h 28

    Le cowboy pris au cerceau - par la corde de Boisvenu

    Bravo à cet inconnu qui a dénoncé un Vic aldultère. Je suis désolée pour son ex-femme.
    Bravo encore pour l'avoir déculotté. Il le mérite.

  • Poirier Sylvie - Inscrite 18 février 2012 23 h 13

    Ça s'en vient...

    Ça s'en vient... la puce sous la peau... ça existe déjà pour les chiens... 1984 de George Orwell... big brother... quand on se fait dire par le ministre Vic Toews que d'être contre la loi des conservateurs c'est d'être du côté des pédophiles... ça dépasse les bornes. On prend pleinement la mesure du fascisme Mussolinien des conservateurs, même un député a traité des membres du parlement de Nazis la semaine dernière. Que dire d'autre ? Si vous êtes un fasciste, lever le bras droit et la paume bien haute et lancez le cri : Heil Harper. C'est carrément cela... il faut se lever.
    Toute personne possédant un cellulaire peut-être localisée, soit par triangulation des signaux cellulaires, soit par la puce GPS contenue dans l'appareil ou encore par l'adresse IP que la personne utilise pour se connecter sans fil à l'Internet. Ces procédures de localisation sont monai courante et utilisé depuis des années par la police, l'armée et les services secrets de différents pays. Rien ne nouveau sous le soleil. Là ou le bât blesse, c'est que dorénavant, les forces de l'ordre pourront localiser, écouter, et incriminer sans mandat de simples citoyens sans mandat. Cela rappelle les dispositions fascistes de George Bush lorsqu'il a utilisé le prétexte des attentats du 11 septembre 2011 pour justifier la mise en place du ''Patriot Act'', on assiste à la même montée fascisante de l'extrême droite ici même au Canada. Mussolini, Hitler, Bush et maintenant Harper. En passant, Bush a des ancêtres allemands et je ne serais pas surpris qu'en fouillant un peu dans l'arbre généalogique de notre PM qu'il est du répondant.
    N'oubliez pas que John James Charest a été ministre et chef du parti conservateur du Canada... comme quoi un conservateur demeure un conservateur même s'il se badigeonne du rouge libéral. Un transfuge d'Ottawa venu ici continuer l'oeuvre fascisante de ses frères bleus du Bible Belt Canadien. Zieg Heil!