Un député conservateur rouvre le débat sur l’avortement avec une motion

L’Ontarien Stephen Woodworth a déposé un avis de motion aujourd'hui pour créer un comité parlementaire qui aurait pour mission de se questionner sur le moment où un fœtus devient «être humain».
Photo: L’Ontarien Stephen Woodworth a déposé un avis de motion aujourd'hui pour créer un comité parlementaire qui aurait pour mission de se questionner sur le moment où un fœtus devient «être humain».

Ottawa — Un député conservateur d’arrière-ban souhaite rouvrir le débat sur l’avortement en déposant une motion pour étudier la définition d’être humain.

Son initiative pourrait cependant être tuée dans l’œuf, puisqu’au moment de son annonce, le bureau du ministre de la Justice, Rob Nicholson, réitérait dans un communiqué que le gouvernement n’ouvrirait pas ce débat.

L’Ontarien Stephen Woodworth a déposé un avis de motion aujourd'hui pour créer un comité parlementaire qui aurait pour mission de se questionner sur le moment où un fœtus devient «être humain».

L’alinéa 1 de l’article 223 du Code criminel, qui se retrouve dans la section portant sur les homicides, stipule actuellement qu’un «enfant devient un être humain au sens de la présente loi lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère». L’alinéa 2 porte sur la définition d’un homicide envers un enfant.

Or, le député de Kitchener-Centre juge archaïque la définition actuelle d’être humain. Il refuse de spécifier à quel moment, selon lui, un foetus devient un être humain, mais il laisse entendre que cela serait clairement avant sa naissance.

«Il y a peut-être des gens qui peuvent se convaincre qu’un enfant se transforme de façon magique en être humain quand ses petits orteils sont complètement sortis de la filière génitale», a soutenu M. Woodworth en conférence de presse aujourd'hui.

«Cependant, j’ai conclu que la science médicale moderne nous informera que les enfants sont en réalité des êtres humains à un certain point, avant le moment de la naissance complète», a-t-il signalé.

Étudier les preuves médicales

M. Woodworth dit vouloir que le comité étudie les preuves médicales sur cette question et fasse rapport de ses conclusions au Parlement. Une fois ce débat-là ouvert, le député avance qu’une deuxième étape pourrait être de discuter «des conséquences», à savoir du droit à l’avortement.

Il est cependant resté vague sur les motifs qui motivaient le dépôt de cette motion. «Pourquoi je le fais n’est pas important en ce qui concerne la question de la politique. Soit il s’agit d’un bon article de loi, soit il n’est pas bon, et ce n’est pas important qui le questionne et pour quelle raison», a tranché le député pro-vie.

M. Woodworth n’a pas voulu spécifier s’il avait eu une conversation sur le sujet avec le premier ministre, indiquant que cela relevait du domaine privé. Stephen Harper a répété a plusieurs reprises qu’il ne voulait pas rouvrir le débat sur l’avortement, un sujet qui divise et souvent émotif.

Et il ne semble pas avoir changé d’avis. «Les motions d’initiative parlementaire sont examinées conformément aux règles du Parlement. Le premier ministre a été très clair: notre gouvernement ne rouvrira pas ce débat», a écrit le ministre de la Justice alors même que se déroulait la conférence de presse du député.
34 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 6 février 2012 14 h 17

    Rien d'exclu!

    Dans un saine démocratie, tout sujet peut être l'objet d'un débat. Rien ne doit être exclu, encore plus les sujets controversés. Bravo à ce député Woodworth!

  • Sylvain Auclair - Abonné 6 février 2012 14 h 47

    Je lui ai écrit pour lui signifier mon opposition

    C'est le moins qu'on puisse faire.
    Et imaginez sa boîte remplie de millions de courriels différents!

    stephen.woodworth@parl.gc.ca

  • Patrice Perreault - Abonné 6 février 2012 14 h 59

    Les masques tombent

    L'offensive de députés conservateurs et/ou d'un sénateur cherche à retourner à une forme de barbarie soit la peine de mort et le refus du libre-choix pour les femmes.

    Pour moi, avant d'être une question éthique, le libre-choix s'apparente à une question de santé publique. Je ne voudrais d'aucune façon revenir aux interruptions volontaires clandestins!

    D'ailleurs ne conviendrait-il pas de poser une question autrement. En effet, ne serait-il pas opportun de considérer la question selon une approche systémique comme le le présente succinctement ce texte:

    «Cela ne doit-il pas se faire dans une perspective où il importe de développer le soutien par des politiques familiales adéquates et un appui fiscal assurant un revenu qui évite l’appauvrissement que vivent bien des femmes lorsqu’elles deviennent des mères ? Dans cette perspective, ne conviendrait-il pas d’élargir la question en reconnaissant le droit que chaque enfant né soit désiré et ait accès aux biens fondamentaux garantissant une vie décente ? Du même souffle, n’importerait-il pas de reconnaître réellement les femmes comme des sujets libres effectuant des choix ?

    Nous passons ainsi de l’enfant désiré à la vie désirée si malmenée dans notre société où trop d’enfants, ainsi que leur mère, n’ont pas accès aux conditions minimales pour s’assurer une vie décente. Cette situation découle de la dynamique néolibérale de notre monde où la vie elle-même est réduite au simple rang de « ressources », de « marchandises » et de « capital ». Par conséquent, le droit à la vie s’évalue en fonction de l’utilité, de la performance et de la rentabilité. Pourquoi alors condamner des femmes qui, faute de moyens ou de conditions propices, personnellement, socialement et économiquement, choisissent d’interrompre leur grossesse ?»

    référence: http://sisyphe.org/spip.php?article2489

    L'approche préconisée par certains députés reflètent le caract

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 6 février 2012 15 h 02

    Félicitations pour votre courage!

    «Il y a peut-être des gens qui peuvent se convaincre qu’un enfant se transforme de façon magique en être humain quand ses petits orteils sont complètement sortis de la filière génitale», a soutenu M. Woodworth en conférence de presse aujourd'hui.

    «Cependant, j’ai conclu que la science médicale moderne nous informera que les enfants sont en réalité des êtres humains à un certain point, avant le moment de la naissance complète», a-t-il signalé.

    C'est l'évidence même. Il est étonnant qu'il n'y ait pas déjà une protection de l'enfant avant sa naissance, alors que nous protégeons mieux la progéniture des espèces animales (aigle, bestiaux, etc.)!!!

  • Sylvain Auclair - Abonné 6 février 2012 15 h 13

    À monsieur Laffite

    Vraiment protéger l'enfant avant sa naissance, c'est aider ses parents, en premier lieu sa mère. Ce que ce député veut dire, c'est criminaliser les mères.

    C'est toujours la même chose avec les conservateurs: aucune aide, que des prisons.