Le «libre-choix» en matière de peine de mort

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu estime que les meurtriers irrécupérables devraient avoir le «libre-choix» de se suicider en prison et assure que la population est d'accord avec lui.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu estime que les meurtriers irrécupérables devraient avoir le «libre-choix» de se suicider en prison et assure que la population est d'accord avec lui.

Ottawa — Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, loin de s'excuser, persiste et signe. Il estime que les meurtriers irrécupérables devraient avoir le «libre-choix» de se suicider en prison et assure que la population est d'accord avec lui. Il regrette seulement d'avoir fait référence à un outil en particulier pour procéder. Deux meurtriers réhabilités déplorent le double langage d'Ottawa.

«Les commentaires que j'ai eus de 500 personnes ou peut-être même 600, c'est qu'il y a eu exagération médiatique. Ensuite, ces gens-là disent que M. Boisvenu dit ce que les gens pensent», a déclaré le sénateur hier. Il précise que les gens qui lui écrivent «sont en majorité des victimes».

Selon la députée du NPD Françoise Boivin, c'est bien la preuve que le sénateur ne s'est pas excusé. «Je trouve qu'il est en contradiction constante avec lui-même. Il s'excuse, il retire certains mots, mais en même temps, il essaye de nous convaincre qu'il reçoit beaucoup d'appuis pour ce qu'il disait. D'habitude, quand on sort ce genre d'argument, c'est pour prouver qu'on avait raison. Je pense qu'on a eu droit à sa véritable opinion.»

Le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a refusé de commenter l'affaire hier. «Passez une bonne journée», a-t-il ironiquement répondu aux journalistes qui l'interrogeaient. La Sûreté du Québec refuse de confirmer ou d'infirmer une information selon laquelle un suicidaire du Saguenay a porté plainte contre le parlementaire. L'incitation au suicide est un crime passible de 14 ans de prison selon l'article 241 du Code criminel.

M. Boisvenu a provoqué une tempête mercredi en déclarant qu'à son avis, «chaque assassin [devrait avoir] le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie». Par la suite, le sénateur a donné l'impression qu'il reculait en indiquant par voie de communiqué de presse que son commentaire était «inapproprié». Il a pourtant répété ce commentaire en fin de soirée sur les ondes de Radio-Canada, en précisant qu'il ne s'appliquait qu'aux meurtriers multiples.

«Le terme de la corde n'était peut-être pas approprié. Je dirais, on devrait peut-être laisser à ces criminels-là le libre-choix entre être incarcérés toute leur vie ou pouvoir disposer de leur vie. On devrait leur laisser le libre-choix. J'aurais dû m'exprimer dans ce sens-là beaucoup plus que la notion de corde qui n'était pas appropriée. D'ailleurs, je me suis corrigé là-dessus», a-t-il expliqué à l'animatrice Céline Galipeau.

Deux anciens prisonniers condamnés pour meurtres contactés par Le Devoir se sont dits profondément blessés par les commentaires du sénateur. C'est le cas de Gaston Bourdages, qui a même écrit à M. Boisvenu.

«Monsieur Boisvenu, j'ai, en effet, TOUT ce qu'il faut dans mon histoire de vie pour installer une corde dans notre chambre à coucher à Denise [sa conjointe] et à moi», écrit M. Bourdages dans son message. L'ancien homme d'affaires avait été condamné en 1989 à sept ans de prison pour homicide involontaire de sa conjointe de l'époque. M. Bourdages a rédigé depuis un livre sur la difficulté de se savoir libre tout en ayant une mort sur la conscience. «Monsieur Boisvenue, je puis vous confirmer que VIVRE AVEC LA MORT DE L'AUTRE, c'est parfois une (je vous offre mes excuses pour le québécisme d'église) "câlisse" de job.»

En entrevue, M. Bourdages explique que la sortie du parlementaire l'a ramené en 1989, à Orsainville. «N'ayant pas de corde, des fois, je pensais aux lacets...» L'homme dit qu'il a mis 20 ans à se remettre de son geste, qu'il qualifie d'«odieux». Pour cela, il a fallu qu'il accepte de rencontrer des victimes et de faire face à leur souffrance dans le cadre de programmes de justice réparatrice. «Ce ne sont vraiment pas des propos, de la part d'un personnage politique, qui expriment une foi dans un système de réhabilitation.»

Pourquoi pas aussi les assistés sociaux?


L'ex-avocat Michel Dunn, pour sa part, a fait 17 ans et demi de prison pour avoir assassiné son associé au Saguenay. Il est ressorti en 1995. Ironiquement, il est aujourd'hui coordonnateur du groupe Option vie, financé à 100 % par Ottawa, et dont la mission consiste à accompagner les personnes condamnées à la prison à perpétuité. Il a été joint hier alors qu'il se trouvait justement dans un pénitencier fédéral.

«Quand les gens arrivent en prison, on leur dit exactement le contraire. On leur dit que oui, ça va mal dans leur vie, ils ont des remords, ressentent de la culpabilité, sont en détresse, mais on leur dit justement de ne pas fermer la lumière. Et là, j'entends mon gouvernement qui finance nos activités dire qu'il faut leur donner des cordes. Ça me fait de la peine parce que j'ai l'impression que le message n'est pas clair.»

Il s'en prend à l'aspect revanchard de la proposition du sénateur. «Je n'ai pas d'argument. Moi, ma victime n'a pas eu de chance, elle n'a pas eu de deuxième chance. Et moi je suis en liberté. Ça n'a pas de sens non plus. Mais est-ce que me tuer va régler quelque chose? Si oui, ben faites-le.»

Quand on lui demande si M. Boisvenu n'a pas raison de penser que cette solution serait plus économique que de garder éternellement en prison les criminels les plus crapuleux avec qui tout espoir de réhabilitation est vain, il demande où tracer la ligne. «C'est le droit à la vie dont il est question. Si je regarde ça froidement, oui, y'a des gens qui ne sortiront jamais de prison. Mais on va les tuer? Il y a des gens qui ne travailleront jamais dans la société, qui seront sur l'aide sociale pour le restant de leurs jours. On les tue aussi? Dans le fond, ça coûte cher aussi.»

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Avec La Presse canadienne
55 commentaires
  • Regine Pierre - Inscrite 3 février 2012 05 h 52

    Malheureux et inapte à nous représenter

    Lorsque tombe le filtre politique, c'est la pensée profonde, les convictions intimes qui s'expriment. C'est ce qui est arrivé à monsieur Boisvenu. Il n'est pas guerri de la peine immense qu'il a connue et il est plein de haine. Cette haine s'est sans doute accrue depuis qu'il prend conscienece du peu de pouvoir qu'ont les sénateurs. Comme il le disait, il a accepté cette fonction pour défendre la cause des victimes et cette cause a peu avancé.

    De l'homme résilient dont il projettait l'image avant d'être nommé sénateur, il est devenu un homme haineux qui met en danger nos acquis en matière de justice et plus il tente de se justifier plus il s'enfonce et plus il s'enfonce plus il nuit à la cause des victimes et à celle de la justice.

    Ceux qui l'entourent et qui l'aiment devraient le convaincre de quitter sa fonction avant qu'elle ne le gruge totalement de l'intérieur. La haine est une souffrance que ressentent toutes les victimes d'injustice et avec laquelle elles doivent apprendre à composer.

    M. Boisvenu, pour ce que vous nous avez montré de vous, quand vous étiez encore vous-mêmes, je ne crois pas que vos filles seraient fières de ce que vous êtes devenu. Faites comme le général Dallaire, faites la paix avec vous-mêmes.

    Une victime qui comprend votre détresse,

  • Catherine Paquet - Abonnée 3 février 2012 05 h 54

    En contradiction avec la Cour suprême.

    M. Boisvenu est hors la Loi. Stephen Harper doit lui dire de se taire, ou on pensera que le gouvernement est d'accord avec cette invitation au suicide et avec l'aide éventuelle à mettre fin à ses jours, La Cour suprême a pourtant statué sur cette question. Il est interdit d'aider quelqu'un à mettre fin à ses jours quelle que soit le motif.

  • Chantal_Mino - Inscrite 3 février 2012 05 h 59

    Il ne nous reste qu'à souhaiter à M. Boisvenu, M. Harper et leurs adeptes de vivre ce que Scrooge a vécu ou quelque chose de similaire qui les aideront à développer de l'empathie et de l'amour pour autrui sans l'effet de halo

    Ceux qui n'ont pas d'enfant, il vaut la peine d'écouter et de regarder le film «Un conte de Noël» fait par Walt Disney. C'est vraiment une belle représentation du 1% et des commentaires de M. Boisvenu qui pensent à économiser de l'$$$ plutôt qu'à améliorer les conditions de vies humaines de ses concitoyens. Ils ont une pensée très égocentrique, comme les enfants en bas de 5 ans, mais au bout du compte, ces gens ne pensent pas vraiment à eux, car ils se privent de ce qui est le plus beau au monde... l'Amour. Je souhaite donc à ces gens blessés et ayant perdu leurs valeurs morales, ce qui est arrivé à M. Scrooge afin de pouvoir se reprendre avant de mourir. Je leur souhaite pour qu'ils puissent terminer leur vie plus heureux, mourir en paix et pour le bien commun de notre communauté.

  • parade21 - Abonné 3 février 2012 06 h 28

    M. Boisvenu? Un incendiaire

    M. Boisvenu n’a pas conscience de la portée de ses mots. En tant que politicien, un homme public, dont les paroles sont scrutées à la loupe, ses mots ont une grande importance. Il est probable qu’une grande partie du peuple canadien et du peuple québécois ont entendu résonner ces mots dans divers médias et sur Internet. Lui qui a perdu deux filles dans des circonstances tragiques devrait avoir conscience de la valeur de la vie. Il semble bien que non. Ses paroles banalisent la vie et font, au contraire, la promotion du suicide. Il suffit de donner une corde à quelqu’un pour qu’il l’utilise et en finisse avec la vie.

    Quelqu’un, proche de moi, a un enfant suicidaire. Cet enfant fait actuellement beaucoup d’efforts pour s’en sortir. Et sa famille aussi. Comment cet enfant et sa famille doivent-ils interpréter vos paroles, M. Boisvenu? Que la vie a finalement peu d’importance et peu de valeur. Il suffit de lui donner une corde et qu’on en finisse. Et cela représentera une grande économie pour l’ensemble de la société et sa famille.

    Le Québec se bat depuis des années pour combattre le suicide. Plusieurs bénévoles s’impliquent pour que des personnes ne commettent pas le geste définitif. Tous ces efforts sont remis en question quand un homme comme vous faites la promotion du suicide comme solution finale.

    Vous dites avoir reçu près de 600 lettres d’appuis à vos paroles. Il y a aussi des millions de Québécois et de Québécoises qui ne pensent pas comme vous. Une très forte majorité croit au contraire que la vie vaut la peine d’être vécue. M. Boisvenu, vos paroles ne sont pas le reflet de la majorité. Vous êtes un incendiaire. Vous devez démissionner.

  • Maurice Arbour - Inscrit 3 février 2012 06 h 41

    Pauvre Canada!


    Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité. M Boisvenu est non seulement incompétent, il manque gravement de jugement politique. Et ce sont ces gens-là qui se posent en législateurs non élus et qui dirigent les affaires de l'État. Pauvre Canada!