La peine de mort devrait être reconsidérée dans certains cas, dit Boisvenu

D’après M. Boisvenu, il faudrait que chaque assassin ait droit à sa corde dans sa cellule pour décider, lui-même, de son sort.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir D’après M. Boisvenu, il faudrait que chaque assassin ait droit à sa corde dans sa cellule pour décider, lui-même, de son sort.

Selon le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu, chaque personne condamnée pour meurtre au Canada devrait se faire installer une corde dans sa cellule pour lui donner la possibilité de sa suicider. Il y voit une sorte de libre-choix en matière de peine de mort. Il a tenté par la suite de minimiser la portée de ses propos.

« Moi je dis toujours dans le fond: il faudrait que chaque assassin ait le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie», a déclaré M. Boisvenu à son arrivée au caucus hebdomadaire du Parti conservateur, ce matin.

M. Boisvenu était interrogé sur l’initiative d’un collègue pour rouvrir le débat sur l’avortement. Le sénateur a alors dit que le gouvernement ne voulait pas rouvrir ce débat, pas plus qu’il n’avait l’intention de débattre de la peine de mort.

Tollé

Devant le tollé soulevé, le sénateur a distribué un communiqué de presse laissant entendre qu'il retirait ses propos. Mais dans ce communiqué, il déforme les propos qu'il a tenus. «Dans une discussion à bâtons rompus, le sénateur a émis publiquement un commentaire, qu'un proche d'une victime assassinée lui avait déjà fait, au sujet du sort souhaité aux tueurs en série [Robert] Pickton, [Clifford] Olson et [Paul] Bernardo. Le sénateur trouve son commentaire inapproprié. Il regrette ne pas avoir pu clarifier l’idée qu’il voulait exprimer sur les criminels en série. Il désire retirer publiquement cette déclaration.»

À aucun moment pendant le long échange du sénateur avec les journalistes a-t-il indiqué qu'il répétait une idée de quelqu'un d'autre. De plus, le sénateur a bien parlé d'une corde pour «chaque assassin» et non seulement pour les meurtriers en série.

Ce n'est que plus tard dans la journée, sur les ondes du FM 98,5, que M. Boisvenu a fait allusion à ce proche d'une victime qui parlait de cordes dans les cellules. Alors, raconte-t-il, «je me suis dit: "Non, ce n’est pas à l’État de tuer quelqu’un. C’est à l’individu de régler son sort.» Il a ajouté: «Je ne reviens pas sur mes mots. C’était un commentaire tout à fait inapproprié que j’ai fait.»

Y réfléchir

Pendant cet échange sur la colline parlementaire, le sénateur avait insisté qu’il ne voulait pas légaliser la peine de mort malgré un taux d’appui à cette idée, selon lui, de 60 % au Québec. Mais il estime que dans certains cas, il faudrait y réfléchir. «Mais moi, je suis contre la peine de mort. Mais dans les cas aussi horribles qu'Olson, est-ce qu’on peut avoir une réflexion à ce niveau-là? Des gens sur lesquels il n’y a aucune possibilité de réhabilitation, des gens qui ont assassiné des centaines, des dizaines de femmes. Je n’ai pas beaucoup de pitié pour ça. Pas beaucoup de pitié.»

M. Olson n’est jamais ressorti de prison après ses meurtres. Pourquoi alors la peine de mort est-elle nécessaire? Pour une raison économique, a répondu le sénateur, qui s’est empressé de donner l’exemple de la famille Shafia, condamnée dimanche pour le meurtre de trois soeurs et de la première épouse du mari polygame.

Le cas Shafia

«Vous savez, la peine de mort, Il y a deux éléments là-dedans. Un, s’il y a une impossibilité de réhabilitation. Deux, il y a un élément économique. Vous savez les Shafia, les trois qui seront emprisonnés vont coûter 10 millions à l’État québécois, à l’État canadien. Y’a un problème économique là aussi lorsque les 10 millions, on ne le met pas ailleurs, on le met sur des criminels où il n’y a aucune possibilité de réhabilitation.»

Le sénateur met-il les Shafia dans cette catégorie des irrécupérables qui devraient être soumis à la peine de mort? «Moi je pense qu’ils ne peuvent pas être réhabilités dans les valeurs canadiennes», a-t-il répondu. Il s’est demandé s’il ne vaudrait pas mieux les renvoyer dans leur pays d’origine (l’Afghanistan). Mais quand on lui soumet que dans ce pays où les meurtres dits d’honneur ne sont pas toujours punis et que ces gens seraient peut-être aussitôt libérés, le sénateur a concédé que la situation n’était pas facile à trancher. C’est pourquoi, à son avis, l’immigration de ce genre de pays devrait être resserrée.

«C’est la première réaction qu’on doit avoir, une réaction de prudence. Ces gens-là qui arrivent de certains pays qu’on peut facilement identifier aujourd’hui -je pense à l’Afghanistan où le traitement de la femme est vraiment à mon avis féodal- est-ce que ces cas-là doivent être traités avec parcimonie avec une enquête beaucoup plus poussée que quelqu’un qui vient de la France ou des États-Unis où il y a un respect de la femme beaucoup plus grand? C’est une question d’analyse beaucop plus en profondeur de ces dossiers-là qu’une analyse égale à d’autres pays.»

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119 commentaires
  • Jean-Guy Dagenais - Inscrit 1 février 2012 11 h 16

    Le chat est sorti

    Le chat est sorti du sac. Tout reprendre à zéro. Nous avons erré, alors voici une corde pour toi, des pilules pour redenir hétéro, et des condamnations sommaires. Les nouveaux curés du 21iè siècle.

  • Louis-Gerard Fregeau - Inscrit 1 février 2012 11 h 20

    Une démission s'impose

    Y a-t-il une règle qui permet de démettre ce sénateur pour cause d'incapacité en raison d’aliénation mentale.

    La question du droit à la vie est fondamentale et de permettre à un sénateur d'émettre de tel propos est véritablement inacceptable.

  • Daniel Lambert - Inscrit 1 février 2012 11 h 22

    La mort de l'autre

    J'ai toujours étécontre la peine de mort. Encore si l'histoire nous démontrait qu'elle est dissuasive... mais tel n'est pas le cas. Alors, que dire de plus? Qu'écrire de plus? Que je changerais d'idée si un tueur tiait ma fille, mon fils? Non! Cela ne les ramènerait pas, comme on dit communément, et ce serait s'arroger le droit de vie sur un autre. En quoi cela nous distinguerait-il du tueur lui-même?

    Monsieur Bienvenu devrait réfléchir davantage au sujet.

  • Georges Hubert - Inscrit 1 février 2012 11 h 23

    Oui revenons au beau temps des colonies !

    Oui et on devait réintroduire la strap à l'école, les femmes devraient toute porter des chapeaux en public... et des robes en dessous du genou ... et on devrait instaurer les écoles séparer pour filles et pour garçons, revenir au vote à 21 ans pour les propriétaires fonciers seulement.
    Dites-moi donc pourquoi on donne du temps et de l'espace média à ces sénateurs rétrogrades, qui ont déjà assez de cette synécure payée par nous tous et à des pisse-vinaigres comme ce monsieur qui se prétend grand défenseurs des victimes de crime et pourtan tsoutient l'abolition du régistre des armes à feu !!

  • Elisa Soulieres - Inscrite 1 février 2012 11 h 40

    La mort n'est pas une option !

    J'apprécie de moins en moins le sénateur Boisvenu. Comment peut-il penser qu'il faille aller dans cette direction à propos de la peine de mort ? Donner une corde à un criminel pour qu'il se pende. C'est ahurissant ! Il cherche à déterminer la valeur d'un être humain. Peut-être que cet être humain a commis des choses graves, mais le faire mourir ne changera rien. C'est toute la prévention qu'il faut revoir afin qu'une personne n'en arrive pas à commettre des crimes. La société apprauvit, crée des criminels et ensuite les punit. Je crois qu'elle a mal investi son argent au départ ! En plus, ne portons pas l'odieux de le tuer, donnons-lui le moyen de le faire lui-même ! Fera-t-on la même chose avec les vieux qui engorgent le système de santé ? Leur offrira-t-on des médicaments supplémentaires afin qu'ils cessent d'être un fardeau pour le système ? Tout être humain devrait avoir le droit de jouir de toutes les minutes de sa vie qui lui sont accordées. Un être humain n'a pas de prix, mais il a beaucoup de valeur. Décevant, M. Boisvenu. La loi du talion n'a plus sa place dans une société moderne et dite civilisée. Mettez donc une bouée au bout de votre corde et aidez donc vos compatriotes humains à mieux vivre. Ils ne valent pas plus, mais certainement pas moins que vous !