Rencontre d'Ottawa - Rien de concret pour les autochtones

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, portait le costume traditionnel de la nation Ahousaht, de Colombie-Britannique, hier, à Ottawa, lors de l’ouverture de la grande rencontre à laquelle ont pris part le premier ministre Stephen Harper, de hauts responsables du gouvernement fédéral et une centaine de chefs autochtones.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, portait le costume traditionnel de la nation Ahousaht, de Colombie-Britannique, hier, à Ottawa, lors de l’ouverture de la grande rencontre à laquelle ont pris part le premier ministre Stephen Harper, de hauts responsables du gouvernement fédéral et une centaine de chefs autochtones.

Ottawa — La rencontre au sommet organisée par le gouvernement de Stephen Harper et les chefs autochtones du pays a pris fin hier soir sans grande annonce, mais sans coup de gueule non plus. Les deux parties ne se sont pas entendues sur l'avenir qui devrait être réservé à la Loi sur les Indiens, mais se donnent un an pour repenser le lien économique entre Ottawa et les communautés.

C'était un événement avec peu de précédents. Le gouvernement fédéral rencontrait une centaine de chefs autochtones à Ottawa pour repenser le lien qui les unit. L'événement avait été annoncé dans la foulée de la crise de relations publiques entourant la pénurie de logements à Attawapiskat. M. Harper ne devait rester que quelques heures, mais il sera finalement resté jusqu'à la fin.

Le communiqué final de la rencontre indique qu'un comité de suivi sera mis sur pied dans le but d'arriver à un «arrangement financier pluriannuel» assorti d'un système de gouvernance «hautement performant» qui assurerait «l'autonomie financière des premières nations». En obtenant un financement sur plusieurs années, les communautés peuvent mieux planifier leurs finances et faire des plans à long terme. Ce comité sera composé de membres de Premières Nations, ainsi que des représentants du ministère des Affaires autochtones, celui des Finances et d'autres non identifiés.

Dans la même veine, un autre groupe de travail sera mis sur pied pour «débloquer» le potentiel économique des communautés autochtones. Mais à cet égard, il y a un écart important entre les attentes des chefs autochtones et les intentions d'Ottawa. Les premiers veulent toucher une part des redevances versées pour l'exploitation des ressources naturelles sur leurs territoires ancestraux, tandis que le second parle plutôt de garantir des emplois aux autochtones dans les entreprises exploitant ces ressources.

«Notre priorité va à l'éducation et à la formation pour nous assurer que les membres des premières nations sont prêts à l'emploi», a indiqué le ministre des Affaires autochtones, John Duncan.

Le grand chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, parle de tout autre chose. «Le partage des ressources doit faire partie du travail de ce comité. C'est ce que le ministre a entendu aujourd'hui [hier], c'est ce que nous comprenons de ce comité et ce que nous en attendons.»

Plusieurs ont fait valoir dans les derniers mois qu'une mine de diamants était exploitée près d'Attawapiskat, où sévit une extrême pauvreté. Plusieurs chefs avaient soulevé ce sujet pendant la journée d'hier. C'est le cas de Paul-Émile Ottawa, chef attikamek. «On n'a pas accès à la ressource. On nous a placés au milieu de la ressource forestière et on n'est même pas capable d'avoir une industrie forestière pour générer des revenus autonomes!» En l'absence de permis de coupe, dit-il, la police viendra les arrêter s'ils coupent le bois.

Les deux parties s'engagent à faire rapport dans un an (le 24 janvier 2013) sur l'état d'avancement de leurs travaux.

La Loi sur les Indiens là pour de bon

L'avenir de la Loi sur les Indiens, quant à lui, n'a pas été résolu. En matinée, au moment d'ouvrir le sommet, le premier ministre avait d'entrée de jeu écarté la possibilité d'abolir cette loi si honnie des Premières Nations parce qu'ils la considèrent à l'origine de leur état de dépendance par rapport au gouvernement canadien. Elle laisserait un trop grand vide juridique, a fait valoir le premier ministre.

«Notre gouvernement n'a aucun grand plan pour abolir ou réécrire unilatéralement la Loi sur les Indiens. Après 136 ans, cet arbre a des racines profondes et le déraciner laisserait seulement un grand trou.»

M. Harper a toutefois ajouté qu'il existe des «moyens créatifs» qui «impliquent des consultations entre notre gouvernement, les provinces et les leaders des Premières Nations pour offrir des options dans le cadre de la loi ou en dehors de celui-ci pour obtenir des changements véritables, pratiques et progressifs».

L'abrogation de cette loi constitue une des principales revendications des Premières Nations. Dans son discours d'ouverture, le grand chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, avait déclaré que la Loi sur les Indiens «constitue encore un obstacle douloureux à la mise en place d'une quelconque forme de relation significative». Car de sa logique assimilatrice, selon M. Atleo, sont nés les réserves et les pensionnats avec destruction culturelle à la clé. Il a repris le même thème dans son discours de clôture.

Plusieurs chefs ont indiqué que cette loi posait problème, mais tous reconnaissent qu'il n'existe pas de formule magique et qu'il faudra d'abord trouver par quoi remplacer la loi.

Le ministre Duncan a conclu la rencontre sur une note positive, y voyant le début d'une relation «basée sur le respect mutuel».

Plusieurs des chefs qui se sont présentés devant les journalistes à la mi-journée se disaient eux aussi optimistes quant aux résultats pouvant découler de ce sommet. C'est le cas de Derek Nepinak, grand chef du Manitoba. «Les discours d'ouverture de M. Harper ont donné l'espoir et nous restons optimistes.» À sa sortie de la rencontre, M. Nepinak se disait «prudemment confiant», quoique déçu de constater qu'il n'existait pas le «même sens d'urgence des deux côtés de la table».

D'autres n'étaient pas du même avis. «Il a manqué l'occasion de prononcer un discours historique, un discours important, car rien dans son message ne laisse présager une nouvelle orientation au niveau des relations», a dit le chef Paul-Émile Ottawa.

Michèle Audette, la présidente de Femmes autochtones du Québec, s'est dite tout aussi sceptique. «Je n'ai pas été encouragée de voir de grands changements.» Elle note que les consultations promises sont souvent des exercices de façade ayant pour but de mieux faire accepter par l'opinion publique les changements législatifs unilatéraux qu'Ottawa a déjà dans ses cartons.
33 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 25 janvier 2012 01 h 58

    Pauvres autochtones

    Ils sont tellement dépendant de nous qu'ils en font pitié. J'écoutais un autochtones jier soir: " On nous mets dans une réserves où c'est boisé et on ne nous donne pas de travail dans le bois". Il faut tout leur donné: même leur partir une usine en plein bois. Pourquoi ne font-ils pas comme nous-autres? Qu'il commence par couper un arbre, puis un autre et après on pourra peut-être les aider. Combien de fois ai-je entendu dire que telle compagnies de 100 employés a débuté dans le garage du propriétaire et petit à petit. mais nous les "blancs" on doit leur partir une scierie pour les occuper.

    Remarquer bien endurer quelqu'un pendant 20 ans devant nos tribunaux, à nos frais, cela prend bien des québécois

  • Yves Côté - Abonné 25 janvier 2012 05 h 19

    Je suis l'Homme Blanc...

    Je suis l'Homme Blanc, l'Homme pur, l'Homme déterminant;
    supérieur en tout.
    Je l'ai souvent prouvé.
    I do speak white;
    par mon droit, je possède le monde connu
    et je préempte par principe et bien à l'avance sur ceux qui me sont encore inconnus.
    Avec la conviction de les conduire de manières savante et généreuse vers un avenir radieux, je domine ces autres peuples aux couleurs secondes;
    secondaires.
    Par la force de mes armes, lorsqu'il me le faut, naturellement je m'impose.
    Bien sûr, tout cela pour le bien de l'humanité, celle-là que moi-même j'identifie ainsi en exclusivité.
    Je suis l'Homme Blanc, moi je sais choisir où est le bien.
    And of course, I do speak white.
    Les droits supérieurs sont les miens et je n'entend en négocier avec personne, les autres n'ont qu'à suivre la direction que j'indique.
    Après tout, c'est par bonté, bonté divine certainement, que je peux les imposer à un univers qu'ainsi, je vide de sens.
    Pour ne plus qu'il n'y perdure un jour que ma manière.
    Et que lorsque la Terre arrive enfin à être vidée de sa substance nourricière, d'Homme je devienne logiquement dieu.
    Tel tout était prévu depuis l'Apocalypse.
    Et que Dieu lui-même, dans cette détermination que je lui attribue par mon ordonnance des choses, n'ait plus qu'à m'adorer.
    Puisque de la disparition de tout ce qui n'est pas de ma civilisation, par mon délire j'aurai été sa dernière créature.
    Je suis l'Homme Blanc,
    l'humain ultime.
    Et que celles et ceux qui perçoivent autrement se tassent dans les coins pour que je passe.
    Oui-oui, parce que déjà, pour qui vraiment ouvrent les yeux, n'ai-je pas largement commencer à passer ? ....

  • Roger Lapointe - Inscrit 25 janvier 2012 06 h 08

    Se délester de ses responsabilités sur les provinces.

    On sent que derrière tous ses beaux discours, que Harper va faire avec les affaires autochtones ce qu'il a fait avec ses responsabilités en matière de justice,remettre graduellement le fardeau financier aux provinces et s'en laver les mains.Il me semble que la première démarche crédible serait de remplacer cette loi vétuste que celle sur les Indiens, d'une autre époque, qui maintient ceux-ci dans un statut de pupilles de l'État fédéral et celui de personnes mineures à vie avec tous les inconvénients qui y sont rattachés.

  • Nicolas Milot - Inscrit 25 janvier 2012 07 h 24

    à Carole Dionne

    Vous devriez vous renseigner...

    Le problème n'est pas que l'on DOIVE LEUR PARTIR une scierie, c'est que la Loi actuelle leur rend IMPOSSIBLE d'en partir une eux-mêmes. Vous essaierez de vous partir en affaire sans avoir le droit de faire un emprunt! Quand on n'est pas propriétaire d'un bien qui ait de la valeur, on est ni plus ni moins qu'en situation de dépendance. Et quand c'est le cas, les banques ne prêtent pas aux autochtones car la Loi sur les Indiens empêchent la saisie de ces biens...

    La Loi sur les Indiens a des conséquences énormes sur leur capacité à se développer.

  • Suzanne Barbeau - Inscrit 25 janvier 2012 07 h 25

    Notre substrat

    Nous avons pris beaucoup des peuples autochtones d’Amérique, d’abord l’art de survivre en forêt, et bonne partie de leurs expressions linguistiques, si l’on analyse attentivement le vocabulaire franco-québecois depuis son évolution à partir du XVIIe siècle.

    Les autochtones sont notre substrat.

    Un substrat est un socle, un support.


    En linguistique, un substrat est une langue qui en influence une autre tout en étant supplantée par cette dernière. Par exemple, le gaulois est un substrat du français. Des peuplades celtes, les Gaulois, vivaient dans l'actuel territoire francophone avant l'arrivée des Romains. Étant donné le prestige culturel, économique et politique que véhiculait le latin, les Gaulois finirent par abandonner leur langue pour adopter le latin, qui évolua dans cette région pour donner le français. Le parler gaulois a disparu mais reste décelable dans quelques mots français (une centaine).