Congrès biennal - Le PLC dit oui à la mari et à la reine

Le chef intérimaire Bob Rae prononçant le discours de clôture du congrès du PLC, hier, à Ottawa. Il est resté flou sur son intention d’adopter la légalisation de la marijuana comme position officielle du parti.<br />
Photo: Agence Reuters Blair Gable Le chef intérimaire Bob Rae prononçant le discours de clôture du congrès du PLC, hier, à Ottawa. Il est resté flou sur son intention d’adopter la légalisation de la marijuana comme position officielle du parti.

Ottawa — Les militants libéraux fédéraux réunis ce week-end en congrès bisannuel ont massivement voté pour le changement tout en maintenant quelques liens avec le passé. Ils ont décidé de faire la promotion du vote préférentiel aux élections fédérales et de militer pour la légalisation pure et simple de la marijuana, mais ils ont choisi de conserver le lien du Canada avec la monarchie britannique. Le chef intérimaire Bob Rae est resté flou sur son intention de faire de la légalisation la position officielle du parti.

«Je suis à l'aise de défendre les principes de la résolution», a répondu Bob Rae en point de presse dimanche après-midi, mais pas une fois il n'a prononcé le mot «légalisation» ou confirmé qu'elle ferait désormais partie du programme officiel du Parti libéral du Canada. «Le statu quo ne marche pas et c'est ça qui doit changer», a dit M. Rae, qui a précisé qu'on déciderait du sort de la résolution dans les mois ou les années à venir, au moment de concevoir la plateforme électorale.

La résolution, pilotée par l'aile jeunesse du parti, est pourtant claire. «Il est résolu qu'un nouveau gouvernement libéral légalisera la marijuana et veillera à la réglementation et à la taxation de sa production, sa distribution et son utilisation», est-il écrit. Après un débat mouvementé en séance plénière, 1446 délégués ont voté avec un taux d'appui de 77 %.

Les arguments des deux côtés ont été maintes fois entendus. Les tenants de la légalisation ont fait valoir que la prohibition n'a aucun effet dissuasif sur les consommateurs. Elle ne fait qu'accaparer des ressources policières précieuses, criminaliser des jeunes et enrichir le milieu interlope.

Les opposants ont fait valoir que la substance était nocive, créait une dépendance et que cette politique deviendrait le centre d'attention du PLC alors qu'il tente de se reconstruire. Le médecin montréalais controversé Cliffford Blais a été hué lorsqu'il a pris à partie Justin Trudeau pour lui rappeler que sa mère avait reconnu dans son livre que la consommation de marijuana l'avait maintenue «dans sa maladie mentale».

Dans son discours aux militants, M. Rae a semblé d'accord avec la résolution. «Croyez-vous que cela soit sensé d'envoyer une autre génération de jeunes en prison alors que les substances créant le plus de dépendance au Canada aujourd'hui sont l'alcool et les cigarettes? La guerre contre la drogue a été un échec total», a-t-il lancé.

Rappelons que le Parti libéral avait tenté de décriminaliser la marijuana lorsqu'il était au pouvoir en 2005. Ce projet de loi C-17 aurait fait en sorte qu'une personne épinglée avec 15 grammes ou moins d'herbe aurait tout au plus été condamnée à une amende de 150 $. Aucun casier judiciaire n'en aurait découlé. En revanche, le gouvernement conservateur veut imposer une peine de prison minimale de six mois pour toute personne prise en possession de plus de cinq plants de marijuana à des fins de trafic. Partager sa récolte avec des copains équivaut à du trafic.

Le Parti conservateur a été prompt à réagir à l'adoption de cette politique hier. «Il est triste de voir que les libéraux s'en tiennent à leurs politiques soft on crime. Ils sont déconnectés des Canadiens», a écrit sur Twitter le responsable des communications, Fred DeLory. Le NPD propose de son côté la décriminalisation, pas la légalisation.

Vive la reine

Une autre proposition des jeunes libéraux, qui visait à entamer une réflexion pour que le Canada rompe ses liens avec la monarchie britannique, n'a pas, celle-là, passé la rampe. Les militants étaient presque émotifs. Les tenants de l'abolition de la monarchie, dont Marc Garneau, ont fait valoir que la situation faisait en sorte qu'aucun Canadien ne pouvait aspirer à être le chef d'État du pays. Les opposants ont soutenu que cette monarchie était «démocratique» parce qu'elle faisait en sorte que le chef d'État reste au-dessus de la mêlée politique canadienne. Un militant a demandé par quoi le Canada remplacerait la reine au juste. «Demandez-vous si vous aimez le son que fait "président Harper"», a lancé Ryan Barber. Cette résolution a été défaite à 67 % contre 33.

Enfin, la troisième résolution dont les militants ont débattu visait la mise en place du vote préférentiel lors des élections. Cette méthode de vote permet aux électeurs de numéroter tous les candidats apparaissant sur le bulletin de vote, en ordre de préférence. Pour être élu, un candidat doit recevoir 50 % des voix plus un. Si aucun n'obtient d'emblée ce score, le candidat ayant reçu le moins de voix est écarté et les seconds choix inscrits sur ses bulletins de vote répartis, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un vainqueur soit désigné. Cette résolution a été adoptée à 73 %. M. Rae n'y a pas fait allusion dans son discours de clôture. Il est en faveur d'une réforme du mode de scrutin mais n'affiche pas de préférence pour une réforme plutôt qu'une autre.

Ouvrir les portes du parti

Pour Bob Rae, le geste le plus important posé par les militants a été la modification de la constitution du PLC. Ils ont accepté samedi l'idée de créer une catégorie de sympathisants appelés «partisans». Ces gens pourraient participer à la sélection du prochain chef libéral sans avoir à devenir membres et à payer une cotisation. Le PLC y voit une façon de mêler à la course à la chefferie les électeurs libéraux qui ne désirent pas se joindre à un parti politique pour autant. Le droit de vote de ces partisans n'a toutefois pas été étendu aux investitures locales par lesquelles les candidats libéraux sont désignés, de peur de voir le parti noyauté par des adversaires ou des groupes d'intérêt particuliers.

«Il ne faut pas sous-estimer l'importance et l'impact de ce que nous avons fait. Nous avons choisi d'être un parti complètement différent des autres. Nous disons aux Canadiens, aux Québécois: "Vous pouvez vous impliquer dans le choix de notre prochain chef. Vous pouvez choisir. Vous serez l'électorat de notre parti dans le choix du chef." Ça, c'est complètement différent de ce qui s'est passé dans l'histoire du Canada. Il n'y a pas de comparaison dans l'histoire. C'est remarquable.»

Le Parti a de plus rejeté l'idée de tenir des primaires lors de la sélection d'un prochain chef. Cela aurait consisté à tenir un mini-congrès de sélection du chef dans chaque province successivement, de manière à lui imprimer un élan. Les militants craignaient que cela ne contribue au contraire à créer des frictions régionales dans un pays dont l'unité reste un enjeu délicat.

Notons enfin que si le congrès était placé sous le thème de la «reconstruction», il a beaucoup servi à fouetter la fierté libérale. Une vidéo projetée juste avant le discours de M. Rae a énuméré une foule de raisons pour être «fier d'être libéral». Un francophone a dit à l'écran: «Je suis libéral parce que c'est le parti qui a le plus fait pour les Québécois.»

***

Les militants ont préféré Michael Crawley à Sheila Copps

Les militants ont choisi l'Ontarien Michael Crawley comme président de leur formation plutôt que Sheila Copps qui était aussi dans la course. Contrairement à sa rivale, M. Crawley n'a pas dit sans ambages qu'il autoriserait le chef intérimaire Bob Rae à se présenter à la prochaine course au leadership si tel est son désir. «Toute décision concernant les règles entourant le leadership du parti sera prise par l'exécutif du parti au cours des prochains mois», a-t-il répondu aux journalistes hier après son élection. Il a indiqué qu'il adopterait un profil bas et travaillerait davantage dans l'ombre pour laisser la place aux députés libéraux. Mme Copps, quant à elle, a pris le résultat avec philosophie. Après avoir indiqué qu'elle se ralliait au président, elle a indiqué que sa défaite lui donnerait l'occasion de boire «plus de tequila».
20 commentaires
  • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 16 janvier 2012 05 h 31

    Facile quand on est dans l'opposition!

    Un vieux débat, qui semble ne pas en finir.
    Les Libéraux peuvent tout promettre, il sont au minimum a 8 ans du pouvoir!

  • Moteur - Inscrit 16 janvier 2012 06 h 17

    Devant tant d'imagination...

    ...je me dois de faire du renforcement positif!

    Alors j'ajouterais, des balles de golf gratuites pour les itinérants!

  • Gabriel RACLE - Inscrit 16 janvier 2012 06 h 52

    PLC

    Il faut désormais traduire ces trois lettres par Parti libéral conservateur. En refusant d’abandonner l’archaïsme du colonialisme britannique et de faire du Canada un État souverain, pleinement démocratique, maître chez lui, le PLC a montré vers quel avenir politique il est prêt à tourner le Canada : le passé. Vieux parti usé jusqu’à la corde, le parti libéral devrait disparaître sous sa forme actuel, comme celui de R. Caouette en son temps, et être remplacé par un nouveau parti démocratique libéral regroupant toutes les forces d’opposition au parti de S. Harper. Avec ce congrès rétrograde, on est loin de cette avance positive.

  • Michel Fontaine - Abonné 16 janvier 2012 07 h 49

    Le PLC et la légalisation de la mari

    Pourquoi coiffer cet article d'un titre trompeur, ou à tout le moins incomplet ? Le PLC s'est prononcé pour la légalisation de la marijuana, donc de sa décriminalisation, et "non pour la mari". Un journal sérieux comme Le Devoir devrait faire ce genre de nuance qui, en plus de refléter le vrai sens du vote au congrès du PLC, favoriserait une vraie discussion sur la question.

  • François Dugal - Inscrit 16 janvier 2012 07 h 51

    La Reine/The Queen

    Ça prend un hallucinogène pour faire passer la monarchie; ben coudon ...