Sursaut pro-vie chez les conservateurs

Lors de la dernière élection, Stephen Harper s'est engagé à ne pas rouvrir le débat sur l'avortement. «Je ne rouvre pas ce débat. Je ne veux pas le rouvrir. Je n'ai pas voulu le rouvrir. Je ne l'ai pas rouvert en tant que premier ministre et je ne le rouvrirai pas.»
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lors de la dernière élection, Stephen Harper s'est engagé à ne pas rouvrir le débat sur l'avortement. «Je ne rouvre pas ce débat. Je ne veux pas le rouvrir. Je n'ai pas voulu le rouvrir. Je ne l'ai pas rouvert en tant que premier ministre et je ne le rouvrirai pas.»

Ottawa — Le débat sur le statut légal des fœtus au Canada est sur le point d'être relancé. Et avec lui, celui de l'avortement. Le député conservateur Stephen Woodworth trouve inconcevable que le fœtus n'ait aucune existence légale tant qu'il n'est pas sorti vivant du corps de sa mère et demande à ce que cela soit changé.

Alors que les fêtes de la Nativité approchent à grands pas, M. Woodworth (Kitchener Centre, Ontario) a envoyé un communiqué de presse hier sans préavis aucun. «Le député Stephen Woodworth en appelle à une révision d'une loi canadienne vieille de 400 ans», est-il écrit. Il rappelle qu'au Canada, le droit définit un enfant comme étant un être «ayant complètement sorti vivant du corps de la mère». «Cela signifie, déplore le député, qu'au Canada, un enfant qui respire est quand même considéré comme un sous-humain tant qu'un de ses petits orteils est encore dans le canal vaginal.»

Le député conservateur suggère que cette loi soit réévaluée à la lumière des connaissances médicales du XXIe siècle. «Le député Stephen Woodworth estime que le Parlement a la responsabilité de mener cette évaluation.» M. Woodworth siège au Comité de la justice de la Chambre des communes, où une telle étude pourrait être amorcée à sa demande. Les conservateurs y détiennent une majorité de voix.

Le député n'a accordé aucune entrevue hier pour expliquer ce qu'il avait en tête. Son bureau parlementaire a indiqué que lui seul était autorisé à parler de son initiative.

Un projet de loi qui se fait toujours attendre

Lors de la dernière élection, Stephen Harper s'est engagé à ne pas rouvrir le débat sur l'avortement. «Je ne rouvre pas ce débat. Je ne veux pas le rouvrir. Je n'ai pas voulu le rouvrir. Je ne l'ai pas rouvert en tant que premier ministre et je ne le rouvrirai pas.»

En 2008, le gouvernement conservateur — incluant M. Harper et ses ministres — avait appuyé un projet de loi d'initiative parlementaire d'un des leurs, Ken Epp, par lequel un criminel aurait été puni deux fois s'il s'en prenait à une femme enceinte: pour les sévices infligés à la femme et ceux infligés au foetus. Tout le milieu pro-choix y avait vu un moyen détourné d'octroyer un statut légal au foetus et une étape vers la recriminalisation de l'avortement.

Finalement, quelques jours avant le déclenchement de l'élection, en août 2008, le ministre de la Justice avait convoqué la presse pour annoncer que son gouvernement n'irait pas de l'avant avec le projet de loi de M. Epp. Rob Nicholson s'engageait à en proposer un autre.

«Nous avons entendu des critiques à travers le pays, incluant des membres de la communauté médicale, que le projet de loi de M. Epp, tel que rédigé, pourrait être interprété de manière à octroyer des droits aux foetus, avait expliqué M. Nicholson. Soyons clairs: notre gouvernement ne rouvrira pas le débat sur l'avortement. Pour cette raison, et tout en gardant à l'esprit l'objectif de ce gouvernement de combattre le crime, j'annonce que le gouvernement déposera un projet de loi qui punit les criminels s'attaquant aux femmes enceintes, mais de manière à ne laisser aucune place à l'introduction de droits foetaux.»

Deux élections plus tard (2008 et 2011), le gouvernement conservateur n'a toujours rien déposé à cet égard. Le bureau de M. Nicholson a refusé de dire si la promesse tenait toujours. «Nous avons toujours été clairs: notre gouvernement n'a pas l'intention de rouvrir le débat sur l'avortement», s'est limitée à dire Julie Di Mambro, l'attachée de presse du ministre.

Les banquette conservatrices comptent un fort contingent de députés pro-vie. En septembre, quatre d'entre eux s'étaient insurgés en apprenant que la Fédération internationale pour le planning familial (FIPF) avait obtenu une subvention de 6 millions de dollars de l'ACDI pour améliorer la santé maternelle dans les pays en voie de développement. Et ce, même si FIPF s'était engagée à n'utiliser cette subvention que dans les pays où l'avortement est illégal, comme l'oblige désormais la politique internationale du gouvernement de Stephen Harper.

Les Maurice Vellacott, Harold Albrecht, Brad Trost et Leon Benoit exècrent ce groupe qui milite pour le droit à l'avortement et à la limitation des naissances. «Un des objectifs avoués de la FIPF est de faire voler en éclats les lois sur l'avortement dans tous les pays à travers le monde et de faire reconnaître l'avortement comme un droit humain universel», avait fulminé M. Vellacott.
50 commentaires
  • Henry Fleury - Inscrit 22 décembre 2011 05 h 41

    Au secours !

    C'est Jean Chrétien qui nous le prédisait il y a deux semaines : le gouvernement Harper est sur le point de raviver la peine de mort ! Ça s'en vient. Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'enfer... sous les Conservateurs !
    Délivrez-nous quelqu'un de ce mal épouvantable qui fait qu'on a de plus en plus honte, chaque jour, d'être Canadien. Au secours !

  • Marc-Andre Fortier - Abonné 22 décembre 2011 06 h 28

    Re: Au secours!

    J'entends votre appel monsieur Fleury. Toutefois à notre grand dam c'est dès la première élection qu'il aurait fallu le crier haut et fort. Où sont maintenant les plus de 60% des canadiens qui n'ont pas voté pour ce gouvernement?

    Peut-on parler de majorité silencieuse? M.Harper a désormais "les deux mains sur le volant" et qu'on l'admette ou pas, il est légitime. Soyons francs, il n'a dupé personne et a toujours été clair à propos de ses intentions et pourtant il s'est tout de même rendu au pouvoir avec une majorité.

    Peut être que ce pays a changé mais la honte nous appartient M.Fleury pour avoir laissé faire. Personnellement les sentiments qui m'animent sont la tristesse et amertume. Nous pouvons nous préparer pour les prochaines élections, c'est déjà çà...

    Cordialement

    M.A. Fortier

  • Fabien Nadeau - Abonné 22 décembre 2011 07 h 05

    Avancez en arrière

    M. Harper, évidemment, s'est mouilé: on ne révisera pas la loi sur l'avortement. Alors c'est par la porte d'en arrière qu'il va arriver à ses fins, en évitant l'avoir à porter l'odieux du débat.

    Il va faire semblant d'être contre la motion, mais va s'assurer qu'elle fasse un bout de chemin. Si elle est battue, elle sera ramenée dans un bill omnibus, par exemple sur la santé. Avec limites de temps pour les débats.

    On l'aime-tu, l'ère Harper, hein?

  • Alain Hebert - Inscrit 22 décembre 2011 07 h 16

    Restons calmes

    A partir du moment où un foetus est viable en couveuse, il devrait avoir un statut légal. Nier ce fait élétentaire relève d'une idéologie de go-gauche.

  • Demosthene - Abonné 22 décembre 2011 07 h 18

    Integrisme

    J'abonde dans le sens de M. Fleury.

    Chaque jour qui passe accroit l'abime qui separe nos valeurs de celles du reste des canadiens. On en a pour au moins quatre ans sinon huit de ces absurdites pseudo-religieuses.

    Comme le Quebec n'a presque plus de poids au sein du Canada, il ne reste plus qu'une seule alternative logique: l'independance.