Les agentes de prison pourront porter le hidjab

Les agentes des Services correctionnels pourront désormais porter le hidjab, soit le foulard islamique qui recouvre la tête mais qui ne cache pas le visage, et celui-ci leur sera fourni par l'employeur lui-même.

Cette décision émane d'une entente à l'amiable intervenue entre le ministère de la Sécurité publique du Québec et la Commission des droits de la personne à la suite du dépôt d'une plainte pour discrimination déposée en 2007 par une Montréalaise musulmane.

La Commission a jugé, après enquête, que le règlement sur le port de l'uniforme des agents de services correctionnels avait un effet discriminatoire et le ministère a préféré conclure cette entente à l'amiable plutôt que d'amener l'affaire devant le Tribunal des droits de la personne.

La décision a cependant fait bondir le Parti québécois. «C'est une dérive totale, a lancé en réaction la porte-parole de l'opposition péquiste en matière de laïcité, Carole Poirier. Est-ce que la Sécurité publique va faire faire des hidjabs avec le logo du Québec dessus? C'est complètement fou.»

«Pour des motifs religieux, on va permettre ce genre de vêtement, s'est-elle indignée. Ça n'a pas de bon sens. Après ça, c'est le niqab [voile facial] et après ça, c'est la burqa [voile intégral]?»

Mme Poirier a rappelé que la commission Bouchard-Taylor avait notamment recommandé que les juges, les agents de police et ceux des services correctionnels, entre autres, ne portent aucun signe religieux ou politique, afin d'assurer une image de neutralité complète.

Projet de loi 94

L'Assemblée nationale se penche toujours sur le projet de loi 94 présenté au printemps 2010 par la ministre de la Justice de l'époque, Kathleen Weil, qui prévoit que la prestation de service de tous les employés de l'État doive se faire à visage découvert. La neutralité religieuse y est d'ailleurs clairement évoquée au chapitre 2 du projet de loi 94, qui se lit ainsi: «Tout accommodement doit respecter la Charte des droits et libertés de la personne, notamment le droit à l'égalité entre les femmes et les hommes et le principe de la neutralité religieuse de l'État selon lequel l'État ne favorise ni ne défavorise une religion ou une croyance particulière.»

La députée d'Hochelaga-Maisonneuve estime que la décision du ministère de la Sécurité publique démontre que le gouvernement Charest a complètement abdiqué sur la question. «Des agents correctionnels, ce sont des agents de l'État et ça devrait être neutre. Ils ne devraient pas porter de signes distinctifs, ni de signes politiques ni de signes religieux», a dit Mme Poirier.

Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), son directeur des communications, Jean-François Del Torchio, s'est contenté de ce bref commentaire: «Les personnes en fonction d'autorité ne devraient pas porter de symboles religieux.»

L'Action démocratique du Québec, dont l'absorption par la CAQ reste à être confirmée par ses membres, avait pourtant été jusque-là très active dans le dossier des accommodements raisonnables, faisant connaître son désaccord complet avec le port de signes religieux par les employés de l'État.

Du côté du ministère de la Sécurité publique, qui a conclu l'entente permettant le port du voile islamique au sein des Services correctionnels, aucun commentaire du secteur politique n'est venu justifier cette décision, ne serait-ce qu'en termes de neutralité religieuse des employés concernés. Du côté administratif, la porte-parole Valérie Savard a indiqué que l'aspect de la sécurité, qui avait été invoqué dans le passé pour refuser le port du hidjab, avait été résolu. «Le foulard est muni d'un velcro. Aussitôt que quelqu'un tire sur le foulard, il se défait. Il respecte donc toutes les normes sécuritaires», a-t-elle expliqué.
20 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 21 décembre 2011 01 h 13

    Pourquoi pas un peu plus?

    Et pourquoi pas le kirpan, pour les prisonniers?

  • Paul Lafrance - Inscrit 21 décembre 2011 09 h 27

    Jusqu'où?

    Jusqu'où irons nous pour être politiquement correct? Je suis en train de me demander jusqu'où la b^tise humaine nous mènera. Nous n'avons pas fini de recevoir des demandes d'accommodements déraisonnables.Les Québécois qui sont souverainistes n'arrêtent pas de nous dire qu'ils sont souverainistes parce qu'ils veulent que les Québécois s'affirment. Pourtant, ils refusent de s'affirmer devant les communautées ethniques et particulièrement devant les fanatiques religieux.

  • Mireille Langevin - Inscrite 21 décembre 2011 10 h 18

    le hidjab

    Oui , nous sommes vraiment bêtes . On accorde des accommodements comme on distribue des bonbons à l'Halloween sous le prétexte des droits à une religion . Pourquoi le hidjab , le turban sont-ils autorisés alors que les hôtels de ville ,entre autres , ne font pas de crèches ? Eux ont le droit de se promener et de travailler avec des signes religieux et pas nous . En Turquie le port du hidjab n'est pas permis pour les employés du gouvernement mais ici, oui. Et nos droits à nous , où sont-ils ? Nous devrions tous porter des croix à notre cou. Pourquoi pas puisque eux ont le droit de porter le hidjab . Nous sommes des tapis que n'importe qui peut piétiner . Nos chefs de gouvernement sont plus intéressés à obtenir les votes des immigrants que par le bien-être du peuple québécois car bientôt les immigrants seront plus nombreux que nous. Nous sommes dirigés par des lavettes qui font tout pour qu'on soit un peuple asservi .

  • Annabella Durocher - Inscrite 21 décembre 2011 11 h 10

    Qui prend Pays, prend les coutumes de la place en public.

    Ici nous sommes au Canada, province de Québec et aucun turban et hidjab ne devraient être toléré dans les places publiques.

    Ces immigrants gagnent du terrain et dans 100 ans cela va être beau quand c'est eux qui auront le pouvoir politique et de nos lois chez-nous.
    Quel respect ont-ils pour nous qui les acceuillons ?
    Par marque de respect, celui qui prend Pays devrait aussi prendre les coutumes de la place en public.

  • Mehdi Chabri - Inscrit 21 décembre 2011 11 h 24

    Le P.Q et leur campagne de peur.

    Merci au Devoir de me permettre de réagir à cette discussion.

    Il est vraiment désolant de lire ces élus du parti québécois travestir les propos de la Ministre Weil. Cette formation politique ne semble avoir aucune limite pour promouvoir son nationalisme identitaire déplaisant inspiré des pires exemples en Europe actuellement.

    La neutralité de l'État ne signifie en rien dans ce cas-ci l'abolition de signes religieux mais plutôt une égalité envers tous les symboles portés et ne doit privilégier aucune religion au détriment des autres.


    Hasnae Chabri