Sondage fallacieux dans Mont-Royal - Les libéraux interpellent le DGE

Irwin Cotler a remporté la circonscription Mont-Royal en mai dernier, devant le candidat conservateur Saulie Zajdel.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Irwin Cotler a remporté la circonscription Mont-Royal en mai dernier, devant le candidat conservateur Saulie Zajdel.

Le sondage fallacieux mené par les conservateurs dans la circonscription de Mont-Royal pourrait contrevenir à la Loi électorale du Canada, estiment les libéraux fédéraux, qui ont interpellé hier le DGE pour qu'il intervienne dans ce dossier.

Dans une lettre transmise au directeur général des élections, le chef libéral, Bob Rae, rappelle que l'article 92 de la loi «précise qu'il est interdit de publier sciemment une fausse déclaration au sujet du désistement d'un candidat». Or, les libéraux estiment que c'est précisément ce qu'ont fait les conservateurs à l'égard du député Irwin Cotler.

«Bien que nous ne soyons pas en période électorale, il semble qu'il s'agit d'une situation similaire, écrit M. Rae. Les agents conservateurs mènent une campagne pour délibérément induire en erreur les électeurs et répandre des informations qui sont totalement fausses».

M. Cotler a dénoncé il y a un mois la tenue d'un sondage commandité par les conservateurs et mené par la firme Campaign Research où l'on insinuait qu'une élection partielle imminente serait tenue dans Mont-Royal, parce que le député Cotler allait démissionner.

Le président de la Chambre, Andrew Scheer, a reconnu cette semaine que la plainte de M. Cotler était «légitime», qualifiant la tactique des conservateurs de «suspecte». «Toute personne serait en accord avec la condamnation d'une tactique visant à semer la confusion dans l'esprit des électeurs», a-t-il dit dans un jugement où il reconnaissait toutefois son impuissance à sévir contre cette méthode.

M. Rae aimerait que le DGE reconnaisse que «les activités ayant lieu à Mont-Royal représentent une violation de l'article 92», même si elles ne se déroulent pas en période électorale classique. Il souhaite que le DGE confie la question au commissaire aux élections fédérales pour qu'il étudie la possibilité de mener une enquête officielle.

Le chef libéral profite aussi de l'occasion pour demander au DGE son avis sur une question politique: «Croyez-vous qu'il soit utile pour le Parlement de modifier la Loi électorale pour que la désinformation intentionnelle soit interdite, peu importe que les fausses déclarations soient faites durant une période électorale ou pas?», demande M. Rae.

Plaintes

Par ailleurs, l'Association de la recherche et de l'intelligence marketing (ARIM) — qui regroupe les principales firmes de sondage au Canada et impose un code d'éthique — a confirmé hier avoir reçu trois plaintes au sujet des agissements de Campaign Research (CR), une firme proche des conservateurs.

Les plaintes concernent le sondage dans la circonscription de Mont-Royal. On allègue qu'il pourrait notamment contrevenir à la règle disant que «les membres doivent se conduire en tout temps de façon honnête, éthique et équitable».

En entrevue avec le Ottawa Citizen, un porte-parole de CR a soutenu que la firme ne faisait qu'un «excellent boulot pour faire élire des conservateurs et mettre fin à des carrières de libéraux. Nous sommes bons là-dedans», a indiqué Nick Kouvalis.
1 commentaire
  • Dominic Hardy - Abonné 17 décembre 2011 15 h 27

    La firme Campaign Research: un rajout

    En marge de cette citation finale de la part de M. Kouvalis de Campaign Research, on n'a qu'à se rendre sur le site web de la firme - d'ailleurs unilingue (et c'est un anglophone d'origine qui écrit ces mots) - pour constater que les principes 4 et 5 de son soi-disant code de conduite (l'onglet "Conduct") sont manifestement violées par la conduite actuelle de la firme. Constater qu'un de leurs clients étoile est le maire Rob Ford de Toronto, c'est aussi conclure qu'un nouvel ordre est en train d'être érigé au Canada - et, si jamais la firme réussit dans ses propos mendacieux à Ville Mont-Royal, bientôt au Québec.

    Dominic Hardy, UQAM, Montréal