Monsieur le président, Mister Speaker...

L'utilisation fréquente de l'anglais par les députés québécois du Nouveau Parti démocratique durant la période de questions dérange le Bloc québécois, qui préférerait entendre plus de «Monsieur le président» et un peu moins de «Mister Speaker»...

C'est le forum jeunesse du Bloc, section Saguenay, qui a soulevé la question en dénonçant une intervention en anglais du député de Chicoutimi-Le Fjord, Dany Morin, à propos de l'intimidation chez les jeunes. Mais

M. Morin est loin d'être le seul à utiliser l'anglais en Chambre: Alexandre Boulerice, Nycole Turmel, Françoise Boivin ou Hélène Laverdière ont fréquemment recours à l'autre langue officielle pour poser leurs questions. Les libéraux québécois, Marc Garneau et Justin Trudeau en tête, font régulièrement de même.

Pourquoi? Au NPD, le porte-parole, Karl Bélanger, explique que «les députés bilingues posent des questions dans les deux langues lorsque leurs dossiers sont d'intérêt pancanadien, peu importe d'où ils viennent». De fait, Megan Leslie, Charlie Angus ou Peter Julian posent souvent des questions en français. La raison est simple: on désire «attirer l'attention des médias francophones et anglophones» sur les enjeux soulevés.

Traduction simultanée

Or, comme les médias électroniques sont toujours très réticents à utiliser des citations dans l'autre langue — ce qui permet aux politiciens de choisir soigneusement quels segments de leurs discours ils traduisent, de manière à toucher le bon public —, les questions posées uniquement en français ne seront pas reprises au Canada anglais, plaide-t-on. Le NPD soutient qu'il aura posé la moitié de ses questions en français au cours de la session.

Député du Bloc québécois, André Bellavance estime toutefois «étonnante» cette pratique. «Je ne suis pas habitué à entendre le représentant de Laurier-Sainte-Marie [ex-circonscription de Gilles Duceppe, représentée par Mme Laverdière] s'exprimer en anglais à la Chambre, disait-il hier. C'est une question de valeurs: ça ne nous serait pas passé par la tête de poser la moitié de nos questions en anglais — surtout que les ministres répondent toujours la même chose, peu importe la langue.»

Selon M. Bellavance, cela «accentue la prédominance de l'anglais à la Chambre des communes. Si les députés québécois ne parlent pas français, qui va le faire? Il y a la traduction simultanée, ce n'est pas pour rien», juge-t-il.

À voir en vidéo