Sondage trompeur - Le président de la Chambre dénonce la tactique conservatrice dans Mont-Royal

Il n'a pas le pouvoir d'interdire la pratique, mais le président de la Chambre des communes — le conservateur Andrew Scheer — n'en a pas moins fortement dénoncé hier la tenue d'un sondage mensonger mené par les conservateurs dans la circonscription de Mont-Royal, où siège le libéral Irwin Cotler. M. Scheer associe à du «mépris» la tactique fallacieuse.

Dans un jugement de trois pages lu en Chambre après la période de questions, M. Scheer indique qu'il «compatit sans réserve avec M. Cotler au sujet de la situation dans laquelle il se trouve». La situation dénoncée par M. Cotler est une «pratique suspecte d'identification des électeurs», et «toute personne sensée serait en accord avec la condamnation d'une tactique visant à semer la confusion dans l'esprit des électeurs» et avec le fait que «la plainte du député de Mont-Royal est légitime», dit M. Scheer.

Il y a un mois, Irwin Cotler avait porté à l'attention de la Chambre l'existence d'une campagne financée par les conservateurs pour suggérer qu'il allait démissionner et qu'une élection partielle «imminente» serait tenue dans Mont-Royal.

La maison de sondage Campaign Research a appelé plusieurs électeurs de cette circonscription où la communauté juive représente plus du tiers des électeurs. Les sondeurs se présentaient comme des «représentants du premier ministre Harper» et demandaient si les conservateurs pouvaient compter sur l'appui des électeurs pour l'élection partielle. Ceux qui demandaient à quelle élection les sondeurs faisaient référence se faisaient répondre que M. Cotler allait démissionner bientôt.

M. Cotler estime que le sondage a semé la confusion auprès de ses électeurs québécois et qu'il a nui à sa réputation et à sa crédibilité. Il demandait au président de la Chambre d'interdire le recours à de telles pratiques, sous prétexte qu'elles nuisent à la capacité des députés visés de bien faire leur travail.

Se posant en défenseurs de la liberté d'expression, les conservateurs estimaient que «les activités des partis politiques ne doivent pas être évaluées par la Chambre» et qu'il revient aux «Canadiens de juger de cette question».

Sur le fond, Andrew Scheer reconnaît qu'il ne peut aller plus loin que dénoncer l'esprit de la méthode. «Le rôle de la présidence est en fait très limité», dit-il en affirmant qu'il est «difficile d'établir que les conséquences de ces tactiques ont empêché le député d'exercer ses fonctions parlementaires».

Il peut «comprendre comment le député de Mont-Royal et les autres cherchent à contrer le cynisme ambiant — pour ne pas dire le mépris — qui semble régner autour des institutions et des pratiques parlementaires». Sauf qu'il «craint que la réalisation d'un tel changement soit hors de [sa] portée».

Tout au plus peut-il souhaiter que les maisons de sondage évitent de relayer de fausses informations et que les Canadiens soient «plus méfiants et critiques» à l'égard des renseignements qui leur sont présentés lors d'appels non sollicités.

Irwin Cotler s'est dit «déçu» de la décision de M. Scheer, qui n'a pas répondu au problème de fond à son avis. Il s'en remet donc à la «cour de l'opinion publique» pour juger du bien-fondé de la stratégie conservatrice.

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