Jean Chrétien brandit le spectre de la peine de mort

Photo: Agence Reuters Chris Wattie

Ottawa — L'ancien premier ministre Jean Chrétien met en garde les militants libéraux contre le gouvernement conservateur, estimant qu'après l'abolition du registre des armes à feu, c'est l'abolition du droit à l'avortement et du mariage homosexuel qui guette et même le retour de la peine de mort.

«À moins d'être audacieux, à moins de saisir cette occasion, tout ce que nous avons bâti jusqu'à maintenant s'écroulera peu à peu», écrit Jean Chrétien dans une lettre destinée aux militants libéraux et visant à récolter des fonds. «Les conservateurs ont déjà mis fin au contrôle des armes à feu et à l'accord de Kyoto. La prochaine fois ce sera peut-être le droit de la femme au libre-choix ou le mariage gai. Ensuite, peut-être qu'ils instaureront la peine capitale. Une à une, toutes les valeurs que nous chérissons en tant que Canadiens seront perdues.» M. Chrétien rappelle aussi qu'un gouvernement libéral avait éliminé le déficit et refusé de participer à la guerre en Irak «tandis que les conservateurs nous auraient amenés en guerre».

Invité à commenter cette lettre vitriolique, le chef intérimaire Bob Rae a indiqué qu'il en partageait l'essence. «On a un gouvernement réformiste. Et on se souvient, comme M. Chrétien qui était de la bataille en 1980-1990, des batailles qu'on a eues. On sait les attitudes des réformistes. Est-ce que les valeurs des réformistes ont vraiment changé? Moi je n'ai pas l'impression. [...] On a une bonne bataille à faire comme libéraux pour défendre nos valeurs et les choses qu'on a gagnées.»

Les libéraux ont profité de la journée pour dresser le bilan de la première session parlementaire complète depuis l'élection d'un gouvernement majoritaire. Selon eux, le bilan est inquiétant parce que les conservateurs ont eu recours de manière excessive au bâillon pour faire adopter leurs lois, ont refusé toute modification législative provenant de l'opposition, même mineure, et ont tenu plus souvent qu'auparavant des réunions de comité à huis clos.

Aux cyniques qui disent que ces tiraillements parlementaires n'ont aucun écho dans la population, il offre cette mise en garde. «Un gouvernement qui traite ainsi le Parlement est un gouvernement qui traitera éventuellement ses citoyens comme ça. [...] Les gens doivent se réveiller et réfléchir à cela.»

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