Point chaud - Rae veut réformer le mode de scrutin

Le «parlementaire de l’année», Bob Rae
Photo: Agence Reuters Dave Chan Le «parlementaire de l’année», Bob Rae

Ottawa — La réforme du mode de scrutin a longtemps été l'apanage du NPD sur la scène fédérale, mais voilà que le Parti libéral du Canada s'en fait à son tour le défenseur. Le chef intérimaire Bob Rae croit que l'heure est venue d'instaurer une forme de proportionnalité dans les élections fédérales de manière à mieux refléter la volonté du peuple et à éviter les majorités «exagérées».

«Je suis en faveur d'un changement de nos lois électorales qui donnerait plus de poids au principe de la proportionnalité du vote. Le vote préférentiel est une méthode qu'on peut utiliser. Il y a aussi la méthode où il y a à la fois des sièges dans les comtés et des sièges accordés en proportion des votes obtenus dans une région ou une province», expliquait Bob Rae dans une entrevue de fin d'année accordée au Devoir.

Le Parti libéral débattra à son congrès de janvier d'une importante résolution proposant la mise en place du vote préférentiel aux élections fédérales. Ce système permet à l'électeur de numéroter les candidats inscrits sur le bulletin de vote du plus aimé au moins aimé. Si aucun candidat n'obtient 50 % des voix, celui qui en obtient le moins est écarté et les deuxièmes choix indiqués sur ses bulletins de vote sont redistribués, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'un gagnant soit désigné.

Bob Rae n'a pas de préférence particulière pour ce système ou celui instaurant des listes de candidats. L'important est qu'il y ait une réforme. «Parce que je pense que le système uninominal à un tour exagère les résultats et les préférences. Ça ne donne pas suffisamment le reflet du vrai choix et de la vraie préférence des votants. C'est pourquoi j'aimerais voir un changement.»

Il assure que sa position n'est pas circonstancielle et liée au fait que le PLC se retrouve en troisième place à la Chambre des communes. Il rappelle qu'il a milité pour de tels changements lorsqu'un référendum sur la question a été organisé en Ontario en 2007. Ne craint-il pas la multiplication des gouvernements minoritaires avec de tels changements, alors que les dernières minorités ont été le théâtre d'une partisanerie sans précédent à Ottawa?

«Moi, j'ai eu une expérience beaucoup plus positive dans le passé des gouvernements minoritaires. En Ontario, on a eu un bon gouvernement minoritaire qui a bien marché de 1985 à 1987. J'ai aussi vu au fédéral de 1972 à 1974 un bon gouvernement. Le seul problème avec les gouvernements minoritaires, c'est quand un des partis n'accepte pas que c'est une minorité et c'est le problème qu'on a eu avec [Stephen] Harper. Moi, je n'ai pas de problème avec les gouvernements minoritaires. Le problème que j'ai, c'est que, souvent, les gens ont l'impression que leur vote ne compte pas. C'est possible que ce soit une des raisons pour lesquelles les gens ne votent plus ou votent moins.»

La mort d'un homme... et la renaissance d'un autre

Tout chef intérimaire du troisième parti à la Chambre des communes soit-il, Bob Rae s'est attiré beaucoup d'attention médiatique au cours de la session parlementaire de l'automne. Plus que son homologue néodémocrate Nycole Turmel, pourtant chef de l'opposition officielle. D'ailleurs, il y a trois semaines, M. Rae a été couronné «parlementaire de l'année» dans un sondage mené auprès des députés fédéraux eux-mêmes par la firme Ipsos Reid pour le compte des magazines Maclean's et L'actualité. Bob Rae estime que le décès de l'ancien chef néodémocrate Jack Layton y est pour beaucoup.

«Il y a un certain vide à cause de la mort de M. Layton et à cause du temps que le NPD prend pour lui trouve un successeur.» Selon le chef libéral, c'est le danger des partis politiques à la remorque de la popularité personnelle de leur leader. «Surtout au Québec, le fait que c'était surtout la popularité personnelle de M. Layton qui était responsable de la victoire du NPD, malheureusement, la réalité fait que lorsqu'il n'est plus là, les gens vont chercher. Si on met toute l'emphase sur une personne, quand cette personne n'est plus là, ça veut dire que l'équipe a plus de problèmes. C'est un aspect de la réalité politique du NPD. Mais je pense que lorsque le NPD choisira un nouveau chef, la situation pourra encore changer.»

Bob Rae se dit satisfait jusqu'à présent des améliorations apportées au Parti libéral. Il note par exemple que le PLC a recruté plus de 10 000 nouveaux membres depuis l'élection (15 000 selon le PLC), et ce, prend-il la peine de préciser, sans qu'une course au leadership soit encore en cours.

Amiante et cigarette, même responsabilité

Il est un autre dossier dans lequel le chef libéral, tout intérimaire soit-il, prend une position ferme de principes: celui de l'amiante. Selon lui, l'exportation de l'amiante vers les pays en voie de développement devrait tout simplement cesser.

«Pour moi, il n'y a pas de doute que c'est un produit dangereux. Que les gouvernements — et je le dis: libéraux et conservateurs — n'ont pas été prêts à reconnaître qu'il y a un danger avec la substance, ce n'est pas normal. On met des avertissements sur les cartons de cigarettes pour prévenir le public, alors il faut accepter le principe de la convention de Rotterdam [qui prévoit l'étiquetage des produits dangereux]. On doit accepter nos responsabilités en disant qu'il faut prendre des mesures pour assurer qu'on comprend que c'est un produit dangereux.»

Bob Rae a travaillé dans sa jeunesse comme jeune avocat avec les travailleurs blessés au travail, y compris des gens qui ont souffert de l'exposition à l'amiante. Alors, quand il voit les conditions dans lesquelles l'amiante canadien est utilisé en Inde, il s'insurge. «Je ne vois pas comment on peut dire, dans les conditions qui existent en Asie, qu'on peut avoir l'assurance que le produit sera utilisé d'une façon saine et sécuritaire. À condition qu'on puisse satisfaire cette condition, je ne vois pas comment on peut tolérer qu'on continue l'exportation de ce produit-là.»

Bob Rae refuserait donc toute aide financière à la mine Jeffrey, au Québec. Il pense aussi que les politiciens devraient avoir le courage de dire que cette approche envers l'amiante conduirait à la perte d'emplois au Québec. «Je sais qu'il y a beaucoup d'émotion au Québec sur ce sujet, mais moi, personnellement, j'ai vu trop de douleur des familles qui ont été affectées par de telles maladies pour dire qu'on va continuer avec la politique actuelle.»

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14 commentaires
  • Gabriel RACLE - Inscrit 12 décembre 2011 06 h 38

    Un rappel

    En décembre 2005, j’écrivais dans Le Devoir les lignes qui suivent et qui sont toujours d’actualité. Il est donc curieux de voir aujourd’hui le Parti libéral qui se réveille et porte attention à cette question de la réforme du mode de scrutin unilatéral à un tour. Faut-il rappeler qu’aux dernières élections, le parti de S. Harper n’a obtenu les suffrages que d’une minorité des électeurs (39,6 % des suffrages exprimés, en comparaison de 59,4 % pour les autres parti), même, - et c’est là le paradoxe – s’il dispose de la majorité des sièges à la Chambre des communes.

    « Dans son rapport de 2004 «Un vote qui compte : la réforme électorale au Canada» - rapport dont le gouvernement semble avoir oublié l'existence puisque aucune suite ne lui a été donnée officiellement - la Commission du droit du Canada se penche sur le problème de la participation électorale. Il vaut la peine de citer les textes. «Le taux de participation des électeurs inscrits aux élections fédérales canadiennes est en chute libre depuis dix ans. À l'élection de 2000, à peine 61 p. 100 des électeurs inscrits se sont déplacés pour voter, soit le chiffre le plus bas jamais enregistré pour une élection fédérale au Canada. Si on mesure le taux de participation d'après le nombre d'électeurs possibles, soit la population en âge de voter, ce taux serait encore plus bas : 55 p. 100...

    Ceci place le Canada dans le dernier tiers des 30 pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour ce qui est du taux moyen de participation électorale depuis 1945.» (2.4.3) «On s'inquiète particulièrement depuis quelques années de la faible participation des jeunes aux processus politiques traditionnels. Par exemple, seulement 25 p. 100 environ des électeurs âgés de 18 à 24 ans admis à voter se sont prévalus de leur droit à l'élection fédérale générale de 2000... des éléments probants indiquent que be

  • Marjolaine258 - Inscrite 12 décembre 2011 07 h 01

    Vote proportionnel

    J'espère bien que le système de vote proportionnel puisse un jour s'établir tant au fédéral que dans les provinces canadiennes. Nous pourrions obtenir ainsi une plus juste image des choix dans chaque comté et sans aucun doute une meilleur représentativité.

  • Roland Berger - Inscrit 12 décembre 2011 08 h 17

    Contre

    Les professionnels de la politique, les carriéristes, sont contre. Le régime actuel les favorise et ils feront tout pour le garder. Que peuvent les électeurs ? Rien.
    Roland Berger

  • lpalardy - Inscrit 12 décembre 2011 08 h 22

    Vote Proportionel, pas la solution miracle.

    Cela prend une changement en plus grande profondeur que seul une représentation proportionnelle.
    Il faut adopter un système présidentiel le plus rapidement possible, tout en contrôlant très étroitement les "lobbyistes" qui font déraper la démocratie.

    Un président élu au suffrage universel, à 2 tour. pour que le chef de l'état ait 50% 1 des votes.
    Des députés qui représentent leurs électeurs avant tout et non pas des "robots" qui doivent obéir au chef du parti qu'ils représentent sous peine d'expulsion.

    Il faut se souvenir, que le vrai boss en démocratie c'est le peuple, or la réalité est tout autre. Le boss au Canada, c'est le premier ministre. Il a le pouvoir absolu jusqu'à ce qu'il perde sa majorité. Ce qui équivaut à la mutinerie dans les navires!

    Quant aux ministres, quelle importance y a t-il que ce soit 90% des femmes ou 90% des hommes? Un ministre devrait être la personne la plus représentative et la plus compétente pour le poste. Qu'elle soit libérale, NPD ou Conservateur, ne devrait pas avoir de réelle importance. Le ministre est là pour mener à bien des tâches qui sont utiles et bonne pour la majorité.

    Pour ce qui est des symboles, tels que le gouverneurs général et ses acolytes, qui n'apportent absolument rien, sauf coûter de l'argent aux contribuables. On devrait en profiter pour faire le plein d'économies. Ah j'oubliais, la réforme en profondeur du sénat... Un réforme vraiment profonde, son budget doit passer à l'équilibre budgétaire. SI Jamais on a besoin d'un arbitre pour trancher un litige, eh bien, le juge en chef de la cour suprême du canada a toute les compétences pour "juger".

    Finalement, on applique le même système dans les provinces, et on se ramasse avec des gouverneurs qui auront finalement la même structure de pouvoir que les maires. En primes on aura sauver des coûts à la population!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 12 décembre 2011 09 h 04

    Tiens donc!

    Chrétien est allé chercher 3 majorités avec 41, 40 et 38% des voix. Où était Bob Rae?