Les autochtones ligués contre Ottawa

«Il est temps d'être agressif avec le gouvernement. [...] Nous devons dire "assez c'est assez". Respectez notre traité et exécutez notre traité, comme nous l'avons fait», a scandé la chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, à l'assemblée, réunie à Ottawa alors que le sort des Premières Nations est au coeur des discussions politiques depuis que la crise que vit sa réserve a fait les manchettes.
Photo: Sean Kilpatrick Canadian Press «Il est temps d'être agressif avec le gouvernement. [...] Nous devons dire "assez c'est assez". Respectez notre traité et exécutez notre traité, comme nous l'avons fait», a scandé la chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, à l'assemblée, réunie à Ottawa alors que le sort des Premières Nations est au coeur des discussions politiques depuis que la crise que vit sa réserve a fait les manchettes.

Ottawa — Les Premières Nations en ont assez des solutions imposées unilatéralement par Ottawa et elles se sont toutes ralliées, hier, derrière la communauté d'Attawapiskat, aux prises avec une crise du logement et en pleine bataille politique avec le fédéral. Selon les grands chefs, réunis en assemblée à Ottawa, Attawapiskat avait raison d'expulser l'envoyé spécial du gouvernement, car cette crise démontre qu'Ottawa ne respecte pas ses engagements internationaux qui garantissent aux autochtones de bonnes conditions de vie.

«Il est temps d'être agressif avec le gouvernement. [...] Nous devons dire "assez c'est assez". Respectez notre traité et exécutez notre traité, comme nous l'avons fait», a scandé la chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, à l'assemblée, réunie à Ottawa alors que le sort des Premières Nations est au coeur des discussions politiques depuis que la crise que vit sa réserve a fait les manchettes.

Forte du soutien de ses pairs, la communauté d'Attawapiskat a d'ailleurs vu les grands chefs adopter une résolution prenant sa défense. Adoptée à l'unanimité, la résolution réclame notamment aux Nations unies de nommer un «rapporteur spécial», afin de déterminer si le Canada respecte ou non les engagements internationaux qu'il a pris en signant la Déclaration sur les droits des peuples autochtones de l'ONU. «Nous avons le droit, en tant que nation et peuple, d'aller à l'étranger et de dire "voici ce qui se passe au Canada. [...] Il y a quelque chose qui ne va pas"», a expliqué Stan Louttit, le grand chef qui représente la région d'Attawapiskat.

La motion a été ajoutée à la dernière minute à l'ordre du jour, faisant écho à la frustration qui règne au sein des Premières Nations.

«Une solution imposée ne sera jamais bien reçue dans les communautés», a tranché le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec (APNQ), Ghislain Picard.

C'est que la semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé qu'il enverrait un séquestre-administrateur gérer les fonds fédéraux versés à la réserve d'Attawapiskat et qu'il commanderait une vérification comptable des états financiers de la bande depuis les cinq dernières années.

La communauté a déclaré l'état d'urgence, fin octobre, aux prises avec une grave crise du logement forçant la Croix-Rouge à intervenir. Parmi les quelque 1700 habitants de la communauté, certains vivent dans des tentes ou des abris non isolés, parfois sans électricité ni eau potable, au moment où l'hiver se fait de plus en plus sentir.

«En 2011, qu'on arrive à des décisions aussi irrespectueuses de la communauté; pour nous, la communauté n'a pas le choix que de rejeter ce type d'actions unilatérales», a-t-il dénoncé, avant que ses propos soient repris par d'autres participants de la rencontre. Stan Louttit a quant à lui prévenu, sur les ondes de CBC en fin de journée hier, que les communautés seraient prêtes à avoir recours à la désobéissance civile pour se faire entendre.

Car la situation à Attawapiskat n'est pas unique. Au Canada, des centaines de réserves vivraient les mêmes situations, selon le grand chef du nord du Manitoba, David Harper. Et seul un cinquième des réserves ne serait pas aux prises avec des problèmes d'eau potable ou d'accès à de l'eau de qualité, selon M. Picard. Un sort qui ne serait pas plus rose au Québec, où le quart des communautés tentent de gérer leur pauvreté puisqu'elles sont «dans le rouge», rapporte le chef de l'APNQ.

Dans le Nord-du-Québec, les réserves de Chisasibi et de Wemindji ont par ailleurs à leur tour sonné l'alarme hier, privées d'électricité depuis lundi pendant que la région était aux prises avec une panne. Là-bas comme à Attawapiskat, le mercure continuait d'afficher entre -15 et -20 degrés.

Voilà donc le moment — alors que la crise à Attawapiskat et que les appels à l'aide ont attiré l'attention — de redresser la relation entre les Premières Nations et le gouvernement fédéral, ont argué les grands chefs hier.

La résolution adoptée en soutien à Attawapiskat demande en outre que les gouvernements fédéral et provinciaux répondent rapidement aux besoins des communautés et que le ministre des Affaires autochtones cesse d'imposer ses mesures et qu'il travaille plutôt de concert avec les chefs et leurs conseils de bande.

«Nous ne pouvons tout simplement plus passer de crise en crise, et nous ne pouvons pas accepter les solutions externes imposées. Cela nous a mis dans le statu quo que nous visons aujourd'hui», a plaidé en point de presse le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo.

Les grands chefs veulent dresser la table pour une nouvelle relation entre les Premières Nations et le fédéral, à l'approche d'une rencontre avec le premier ministre Stephen Harper, prévue fin janvier. Mais personne n'était en mesure de préciser quelle serait la solution, qui concilie l'aide qui leur est versée par fédéral et l'indépendance qu'elles réclament en contrepartie.

Impasse à Attawapiskat

Tout comme ses collègues, la chef d'Attawapiskat, Mme Spence, a vivement dénoncé une fois de plus l'envoi d'une tierce partie pour gérer les finances de sa communauté, arguant que Jacques Marion — renvoyé par la communauté aussitôt arrivé lundi — mettrait des mois à accomplir son travail tandis que ses citoyens ont besoin d'aide dès maintenant. D'autant plus que son conseil de bande a mis en ligne ses états financiers des dernières années, a-t-elle rappelé.

«Je fais mes devoirs», a-t-elle souligné, en notant qu'elle préparait présentement un plan d'urgence. Mais pas question d'accueillir le séquestre-administrateur du gouvernement, a-t-elle martelé, en menaçant le fédéral de poursuite et disant avoir été choquée de le voir débarquer sans préavis du ministre des Affaires autochtones, John Duncan.

Ce dernier s'est fait plutôt discret hier, en refusant de répondre à plus de trois questions portant sur la situation à Attawapiskat, en point de presse sur un autre sujet. Quant aux quelques réponses offertes, il a réitéré le même discours: son gouvernement a agi, il fallait envoyer un séquestre-administrateur pour aider rapidement la communauté, celui-ci est qualifié pour faire le travail.

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Avec La Presse canadiennee
36 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 7 décembre 2011 01 h 10

    Si elles se ralient

    profiter en donc pour demander quelques sous aux réserves plus riches, non? Il me semble qu'à part de chiâler, vous pourriez vous aider monétairement entre vous. Ainsi, vous donnerez l,exemple qu gouvernement. L'entraide plutôt que quémander, cela ne vous dit rien?

  • Danielle D - Inscrite 7 décembre 2011 01 h 47

    «L'ART-PEUR l'indigne». Authentique héritage d’ignorance anglo-saxonne.

    La Honte en territoire Canadien.Un sous produit culturel d'origine unilingue détruis la stabilité et l'intégrité de la diplomatie et du respect de ses propres citoyen.Traitre nationale.

    On assiste a une prostitution des valeurs Canadienne au profit de celles qu'abandonnes les US. C'est une perversion de domination de pouvoir.
    C'est une monstrueuse arrogance envers l'héritage de nos ancêtres et des peuples ancestraux,nos patriotes et ceux qui ont donner leur vie pour la liberté et la paix.
    Ce dirigeant piétine ainsi également la mémoire des anciens combattants.

    Quel «déchéance»

    Continuez vers l'Onu vous avez raison.
    C'est se respecter soit-même que de défendre son essence d'être,j'en fait tout autant.
    Danielle Drolet
    (fille et descendante de patriote(1654))

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 7 décembre 2011 06 h 14

    La secte.

    À force d'ouvrir des fronts partout, de promouvoir les guerres et de rechercher la confrontation dans tous les dossiers qu'il aborde, Harper se fait bien des ennemis. Son gouvernement idéologique et sectaire se prépare de durs lendemains.

  • Anne-Marie Desmeules - Inscrit 7 décembre 2011 06 h 37

    De tout coeur avec vous

    Vraiment il est temps que ça change !

    Je souhaite que cette bataille pour vos droits sera fructueuse.

  • Daniel Lambert - Inscrit 7 décembre 2011 07 h 22

    Imputabilité

    À quelque part, on est toujours imputable de l'argeent que l'on reçoit du gouvernement, et qui sont versées pour l'amélioration des conditions de vie de leurs citoyens. Or, on le sait, car c'est arrivé ailleurs, dans certaines réserves, où le chef des policiers recevait plus de 200 000$ en salaire.

    Le gouvernement a sans doute le devoir de respecter le traité, mais les chef ont le devoir d'imputabilité des sommes que le gouvernement verse. L'agressivité ne mènera à rien et indique bien que Mme Spence manque d'arguments.