Climat - Le Canada dit non à la Chine

Un militant environnemental portant un masque à l’effigie du premier ministre canadien, Stephen Harper, manifestait hier devant un hôtel de Durban accueillant une réunion d’entreprises, en marge de la conférence de l’ONU sur le climat. Six militants de Greenpeace ont été arrêtés au même endroit après avoir tenté de déployer une banderole dénonçant «les pollueurs».
Photo: Agence Reuters Mike Hutchings Un militant environnemental portant un masque à l’effigie du premier ministre canadien, Stephen Harper, manifestait hier devant un hôtel de Durban accueillant une réunion d’entreprises, en marge de la conférence de l’ONU sur le climat. Six militants de Greenpeace ont été arrêtés au même endroit après avoir tenté de déployer une banderole dénonçant «les pollueurs».

Le Canada refusera de s'engager dans une deuxième phase du protocole de Kyoto, même si le prolongement des efforts des Occidentaux dans un «Kyoto 2» est la condition posée par la Chine pour s'engager à compter de 2020 dans un traité contraignant basé sur un plafonnement de ses émissions.

Invité à dire si l'ouverture historique de la Chine, il y a quelques jours, pourrait inciter le Canada à reconsidérer sa position, le ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent, a répondu un «Non» catégorique.

Invité à être plus clair, il a ajouté: «Cela ne changera pas notre position», même si cela devait amorcer un déblocage des progrès dans un dossier qui ne bouge pas sur le fond depuis des années.

En effet, le prolongement de Kyoto et l'engagement d'y inscrire de nouvelles réductions par les 37 principaux pays responsables du réchauffement climatique sont les deux principales conditions que pose la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, pour passer d'un régime de réduction en intensité de ses émissions à un plafond en chiffres absolus après 2020. Ce que le Canada et les États-Unis réclament depuis des années en prenant prétexte du refus chinois pour rester sur leurs positions respectives.

«Le moment venu, a déclaré Todd Stern, le négociateur étasunien, à l'Agence France-Presse, cela pourrait être une bonne idée d'avoir un accord légalement contraignant, mais je pense qu'on se focalise trop sur l'idée que c'est la panacée.»

Les Européens, qui veulent tracer la voie à Durban vers un traité mondial juridiquement contraignant, qui entrerait en vigueur autour de 2020, trouvent que le prétexte du Congrès réfractaire à toute entente devient une réponse passe-partout pour le gouvernement Obama. Celui-ci continue, comme le Canada, de militer pour des engagements volontaires en attendant que la Chine et les pays émergents se lient dans un traité contraignant.

Pour Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, en refusant de bouger et de suivre la Chine qui a assoupli ses positions, «les États-Unis doivent plutôt laisser le champ libre à ceux qui veulent progresser».

Jennifer Morgan, du World Resources Institute, estime de son côté que «les délégations perdent patience avec les États-Unis».

Pour l'instant, seul le Canada a confirmé qu'il ne participerait pas à un Kyoto 2. La Russie et le Japon, qui se disaient réfractaires à de nouvelles réductions, semblent être passés plutôt en mode négociation.

Réactions négatives

Même si le Canada annonçait hier une aide supplémentaire de 600 millions en deux ans aux pays en développement, son désengagement d'une deuxième phase de Kyoto lui a attiré les foudres des écologistes et de l'opposition.

L'aide fédérale de 300 millions pour les deux prochaines années, qui fait suite aux 400 millions versés l'an dernier, se répartit en parts égales, a dit le ministre Kent, en subventions et en prêts. Plusieurs ONG à vocation sociale voient dans ces prêts une augmentation de la dette de pays déjà fort pauvres.

À Ottawa, l'opposition a une fois de plus accusé le ministre Kent non seulement de faire du sabotage à Durban, mais aussi de faire passer le pays pour «un paria international» qui se dégage de ses responsabilités, a déclaré la chef de l'opposition officielle, Nycole Turmel.

«L'argument selon lequel la Chine ne fait rien et qu'en conséquence nous devons rien faire ne tient plus [...] Alors, j'en suis à me demander: "quelle est l'excuse du Canada?"», a-t-elle ajouté.

Les néodémocrates ont consacré leur journée d'opposition à ce sujet et ont invité par motion le gouvernement à «se conformer à ses engagements en vertu du protocole de Kyoto et de l'entente de Copenhague». La motion a été rejetée à 157 voix contre 126.

Aux Communes, le ministre James Moore a démystifié les prémisses de la stratégie canadienne en déclarant que «le protocole de Kyoto est une entente qui ne marche ni pour le Canada, ni pour l'environnement, ni pour notre économie».

Mais le Canada a pourtant des obligations internationales et il «ne devrait pas agir comme un hors-la-loi», a scandé le chef libéral intérimaire, Bob Rae.

«Ce gouvernement a l'obligation claire de respecter la loi, et nous avons accepté un traité. Nous ne devrions pas être en train d'essayer de trouver comment s'en sortir», a-t-il martelé. Les autres pays ne se donneront pas la peine de se joindre aux efforts internationaux si ceux qui ont pris des engagements ne sont pas prêts à les maintenir, a-t-il déploré.

Pour Patrick Bonin, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, «l'approche préconisée par le gouvernement ne nous mènera pas à une entente contraignante avant 2020, nous dirigeant ainsi vers un réchauffement global de 4 degrés Celsius, ce qui est inacceptable et irresponsable. L'intention affirmée par le géant chinois risque d'entraîner des modifications majeures dans la lutte contre les changements climatiques et sur l'échiquier mondial. Bientôt, le bluff du gouvernement Harper ne trompera plus personne, et son désir d'inaction sera mis au grand jour. Il risque ainsi de s'isoler davantage, avec comme seuls véritables alliés les pétrolières et gazières ainsi que les républicains au sud de la frontière.»

Quant aux Chinois, ils ont des raisons de plus en plus importantes de protéger le climat. Trois études du Centre international pour le développement intégré en montagne (ICIMOD) ont démontré hier que les glaciers du Népal ont reculé en 30 ans de 21 % et ceux du Bhoutan de 22 %. Les 54 000 glaciers de l'Himalaya alimentent les huit plus grands fleuves d'Asie, qui abreuvent 1,3 milliard d'Asiatiques, dont les riverains du Yangtze et du fleuve Jaune en Chine.

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Cette fois, le Canada a échappé au Fossile du jour

Pour la première fois depuis l'ouverture de la conférence de Durban sur le climat, le Canada n'a reçu aucun Fossile du jour. Cependant, le Canada a terminé la première semaine de la conférence avec le record international, soit 11 Fossiles en sept jours.

Hier, le premier Fossile, décerné par le Réseau Action Climat international (plus de 700 groupes), a ciblé la Nouvelle-Zélande et la Russie, qui cherchent à obtenir des avantages dans la deuxième phase de Kyoto, suivies de l'Arabie saoudite, qui fait passer le pétrole avant la protection du climat dans ses interventions, et, en troisième place, les États-Unis, pour l'absence de la plus petite ouverture durant les pourparlers en cours alors qu'ils sont le deuxième émetteur en importance sur une base annuelle, et le premier pour les rejets cumulatifs depuis le milieu du XIXe siècle.

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