Amiante: le Canada et l'Inde feront tomber les barrières tarifaires

Des travailleurs de la construction manifestaient en 2010 à New Delhi contre l’utilisation de l’amiante.
Photo: Agence France-Presse (photo) Raveendran Des travailleurs de la construction manifestaient en 2010 à New Delhi contre l’utilisation de l’amiante.

Ottawa — Les négociations en cours entre le Canada et l'Inde pour parvenir à un accord de libre-échange entre les deux pays d'ici 2013 auront peut-être un effet insoupçonné: celui d'augmenter les ventes d'amiante.

C'est le NPD qui a révélé cette situation en interrogeant le négociateur principal du Canada, Don Stephenson. En comité parlementaire jeudi, le député néodémocrate Brian Masse a demandé à M. Stephenson quel serait l'impact de cet «accord de partenariat économique global» (APEG) sur les exportations d'amiante canadien vers l'Inde.

«L'impact potentiel des négociations sur le commerce d'amiante est que le tarif qui s'applique aux importations d'amiante en Inde serait réduit, a expliqué M. Stephenson. Le tarif actuel est, je crois, de 10 % et il y a une possibilité, je ne dis pas une certitude, mais une possibilité que les négociations conduisent à une réduction ou une élimination de ce tarif.»

Lorsque le député a demandé si le Canada ne pouvait pas négocier une exception pour l'amiante, M. Stephenson a répondu qu'il était toujours possible d'obtenir des exceptions pour peu que le Canada en consente en retour et que là n'était pas l'objectif du processus. «Je n'ai pas reçu de directive spécifique à propos des tarifs sur l'amiante. Je dis seulement que lorsque les négociations sur les tarifs s'enclenchent, l'objectif général de la négociation est de réduire et éliminer les tarifs.»

Vers une augmentation des ventes

Le Canada a entamé des négociations avec New Delhi en novembre 2010 en vue de signer un accord de libre-échange d'ici 2013. En 2010, le Canada a exporté 70 000 tonnes d'amiante vers l'Inde, soit plus de la moitié de ses ventes internationales. Cela représente 20 % des importations indiennes d'amiante, évaluées à 350 000 tonnes. L'Inde s'alimente aussi en Russie, au Brésil et au Kazakhstan.

Selon le député Brian Masse, la réduction ou l'abolition de ce tarif augmentera encore les ventes canadiennes. «En réduisant le tarif, il pourrait y avoir plus d'amiante qui sort du Canada parce qu'il deviendrait plus avantageux que celui produit ailleurs. Alors, cela pourrait impliquer davantage encore le Canada dans l'exportation d'amiante vers des pays en voie de développement où on sait qu'il y a des enjeux reliés au travail des enfants et la manipulation non sécuritaire de l'amiante.»

«Scandaleux et cynique»

Kathleen Ruff, auteure du livre Quand le Canada exporte le mal, n'en revient pas d'apprendre que l'amiante canadien deviendra encore plus concurrentiel. «Je n'étais pas au courant, et c'est totalement scandaleux et cynique.» Mme Ruff rappelle que le Canada a contribué en juin, avec l'Ukraine, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Vietnam, à faire dérailler le consensus international qui voulait étiqueter l'amiante comme une substance dangereuse en vertu de la Convention de Rotterdam. Or, insiste-t-elle, cette substance est jugée dangereuse au Canada. «C'est hasardeux pour nous au Canada, mais pas pour les gens du tiers-monde.»

L'amiante entre dans la fabrication de fibrociment sous forme de panneaux ou de tuiles ondulées. L'Organisation mondiale de la santé estime à 100 000 le nombre de morts attribuables à l'amiante chaque année.

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