Point chaud - Stastny dans la mêlée du libre-échange

Peter Stastny lors d’un match entre anciens du Canadien et des Nordiques, en mars 2010.
Photo: Jacques Boissinot - Canadian Press Peter Stastny lors d’un match entre anciens du Canadien et des Nordiques, en mars 2010.

Le Devoir à Bruxelles

Les négociations d'un traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne sont presque terminées. Cet accord, dont on entend peu parler, pourrait être le plus ambitieux de l'histoire du pays et avoir des impacts importants sur le Québec. Pour y voir plus clair, Le Devoir s'est rendu dans la capitale européenne.

L'ancien joueur étoile des Nordiques de Québec Peter Stastny n'a pas complètement raccroché ses patins. Aujourd'hui influent député européen, il est un farouche promoteur de l'Accord économique et commercial global (AECG) que négocient présentement Ottawa et Bruxelles. Et cette fois-ci, il a bien l'intention de faire gagner les deux équipes.

C'est avec le sourire et une certaine fierté que Peter Stastny a reçu Le Devoir dans son bureau du Parlement européen, coquelicot du jour du Souvenir à la boutonnière et bague du Temple de la renommée du hockey au doigt. Pour l'ex-joueur de hockey, il n'y a aucun doute: un accord de libre-échange Canada-Europe serait une bonne chose. «J'en suis plus que convaincu, dit-il sans hésiter. Les citoyens des deux régions vont en profiter.» Dans ce genre de partie, il n'y a pas de perdant, à son avis.

«Seulement en raison de la nature humaine, si vous ouvrez vos frontières, vous allez en profiter beaucoup plus. Si vous mettez des barrières et des obstacles, vous serez isolé, ça va affecter votre croissance, votre niveau de vie et votre influence internationale», explique-t-il dans un anglais aux accents slovaques. Peter Stastny parle toujours français, vingt ans après avoir quitté le Québec, mais il préfère s'exprimer dans la langue de Shakespeare lorsqu'il est question de travail.

Il fait ainsi siennes les conclusions d'une étude réalisée en 2008 par Ottawa et Bruxelles sur les retombées économiques d'un ambitieux accord de libre-échange. Pour le Canada, il est question d'une augmentation de 20 % des échanges bilatéraux, d'une hausse de 1000 $ de revenu par famille et de la création de quelque 80 000 nouveaux emplois. «Juste du point de vue du PIB, c'est renversant pour le Canada, c'est une hausse de près d'un point de pourcentage, et ce, tous les ans!», dit-il enjoué. L'Europe ne serait pas en reste, avec une injection de 16 milliards de dollars frais dans l'économie.

L'ancien capitaine des Nordiques n'a rien perdu de son esprit compétitif. Une véritable maxime qu'il applique à l'économie: «Je suis en faveur [d'un accord de libre-échange], car ça amène plus de concurrence. Nous devons aller vers cette direction, et je ne vois aucun obstacle majeur empêchant le Canada et l'Union européenne de faire ça. Nous avons tant de choses en commun, la culture et les valeurs.»

Leader parlementaire

Peter Stastny a depuis longtemps troqué son équipement de hockey pour des habits de député. Mais que ce soit sur la glace ou au Parlement, il demeure un leader. Dès le lancement des négociations, il a été désigné responsable de l'AECG pour son groupe politique, le Parti populaire européen. Cette formation de centre droit, la plus influente à Bruxelles, représente le tiers des députés. Il a ensuite été nommé rapporteur pour l'ensemble des 736 eurodéputés, devenant ainsi une sorte de capitaine du parlement européen sur ce dossier.

L'ex-vedette de hockey se dit «très à l'aise» dans cette position, racontant avoir fait lui-même son éducation économique alors qu'il vivait à Québec dans les années 1980. À cette époque, il lit tous les jours le Globe and Mail. Il sera ensuite un «partisan invétéré» de l'ALENA dans les années 1990.

Peter Stastny et sa formation politique ne sont pas les seuls à croire aux bienfaits d'un accord Canada-Union européenne. Ils ont un puissant ailier gauche: la coalition des Socialistes et démocrates (S&D), qui regroupe 185 députés. Même si les élus de ce parti se montrent plus prudents, le député responsable du dossier, Vital Moreira, est optimiste et croit que cet accord pourra être avantageux pour les Européens.

Ces deux groupes représentent plus de la moitié des élus européens, dont l'approbation est nécessaire pour la ratification d'un traité de libre-échange. Un pouvoir de taille accordé au Parlement depuis l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en 2009.

La partie n'est toutefois pas encore gagnée. «Il y a encore beaucoup de travail à faire, sans aucun doute», affirme Peter Stastny, qui avoue que les négociations sont entrées dans une phase difficile. «Le Canada a ses propres vaches sacrées, comme les oeufs, le poulet et les produits laitiers. C'est correct, nous en avons aussi. Notre politique agricole commune est très protectionniste», explique-t-il tout en restant optimiste.

L'histoire peu banale de l'homme n'est pas étrangère à sa défense indéfectible du libre-échange. «J'ai vécu dans une dictature et j'ai dû m'enfuir. Je connais les deux côtés du Mur», raconte celui qui a grandi en Tchécoslovaquie communiste. Peter Stastny ne reviendrait pour rien au monde en arrière et louange le système capitaliste: «Vraiment, c'est un meilleur système. Plus le pouvoir est centralisé, plus il y a d'abus. [Le gouvernement] avait tout le pouvoir et il en a abusé. Les citoyens ont été privés de leurs droits fondamentaux. Notre système n'est pas parfait, mais il n'y en a pas eu de meilleur dans l'histoire».

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Collaboration spéciale

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Ce reportage a été réalisé grâce à la Bourse Québec-Union européenne attribuée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et parrainée par le ministère des Relations internationales du Québec.

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