Coderre veut une carte «standardisée»

Ottawa — Que ceux qui pensent que le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Denis Coderre, aspire seulement à créer une nouvelle génération de passeports canadiens plus sécuritaires en faisant la promotion d'une carte d'identité nationale contenant des données biométriques se détrompent. Le ministre voit beaucoup plus loin et souhaite mettre de l'ordre dans le vaste monde des documents d'identification.

Selon le ministre, il y aurait un nombre tel de cartes utilisées pour établir l'identité des citoyens (certificat de naissance, permis de conduire, passeport, numéro d'assurance sociale, carte d'assurance maladie, etc.) que le besoin se fait sentir de créer une norme d'un océan à l'autre en la matière. «Il y a toutes sortes de documents qui existent à gauche et à droite. L'industrie du plastique fonctionne très bien au Canada. Regardez ce que vous avez dans vos poches. Il faut qu'on ait ce débat sur la gestion même de ces documents», a-t-il expliqué en entrevue hier.

Selon lui, le problème s'explique par l'absence de communication entre les différents gouvernements provinciaux. «Présentement, il y a un problème, et c'est de juridiction provinciale. Tu peux prendre ton certificat de naissance et, sans vérification, aller à Vancouver te faire faire un permis de conduire! Il y a un problème de standardisation, de normalisation au niveau même de la gestion des documents d'identité», croit-il.

Denis Coderre brandit l'exemple des États-Unis qui sont en voie de faire le ménage dans les permis de conduire. «IIs sont en train de normaliser, et au lieu d'avoir 50 permis de conduire différents, ils n'en auront plus qu'un seul.»

Conscient que ces cartes relèvent des provinces, Denis Coderre voudrait donc que le fédéral se dote de sa propre carte, forme de document universel qui ne servirait qu'à établir l'identité. D'où le débat qu'il veut lancer cet automne sur la question. Un sondage effectué en juin sur la question révèle qu'une forte majorité de Canadiens (sept sur 10) serait en faveur de la création d'une telle carte. C'est au Québec que l'appui serait le plus fort, avec 78 % des répondants en faveur, et en Colombie-Britannique qu'il serait le moins élevé (61 %). Les gens sans diplôme universitaire sont les plus susceptibles d'approuver l'initiative.

«On n'invente rien. La question est de savoir: est-ce qu'on est prêt comme société à utiliser la biométrie à des fins d'authentification des gens?» Les données biométriques (empreintes digitales ou encore «scan» de l'iris) seraient consignées à la fois sur la carte par l'entremise d'une bande magnétique et dans une base de données centrale au Canada. M. Coderre, qui aspire à améliorer autant la sécurité du citoyen que du consommateur, va même plus loin en suggérant que les cartes de crédit contiennent de telles données pour s'assurer que seul le titulaire de la carte peut s'en servir.

L'aspirant premier ministre et meneur dans la course au leadership libéral, Paul Martin, a déjà dit qu'il n'était pas chaud à l'idée d'une telle carte. «Vous devrez me démontrer que les moyens utilisés peuvent être justifiés au regard des résultats convoités», a-t-il dit. M. L'idée d'une carte nationale avait déjà été soulevée au cabinet alors qu'Elinor Caplan occupait l'actuel poste de M. Coderre. Mme Caplan n'appuie pas ce projet.