Abdelrazik remercie les Canadiens mais blâme le Canada

Abousfian Abdelrazik a remercié aujourd'hui ces concitoyens pour avoir entretenu un mouvement de soutien en sa faveur, alors qu’il se trouvait dans un trou noir juridique.
Photo: - Le Devoir Abousfian Abdelrazik a remercié aujourd'hui ces concitoyens pour avoir entretenu un mouvement de soutien en sa faveur, alors qu’il se trouvait dans un trou noir juridique.

Abousfian Abdelrazik, qui célébrait aujourd'hui son retrait de la «liste noire du terrorisme» des Nations unies, avait un message à transmettre aux Canadiens. Et un autre, très différent, pour Ottawa.

Le Montréalais a remercié ces concitoyens pour avoir entretenu un mouvement de soutien en sa faveur, alors qu’il se trouvait dans un trou noir juridique.

À Ottawa, il reproche plutôt les souffrances que lui et sa famille ont dû endurer pendant sept ans. Il plaide avoir été placé par erreur sur la liste noire des Nations unies, un statut qui nuisait à sa capacité à travailler, à voyager et à ouvrir un compte bancaire.

Abousfian Abdelrazik a été accusé d’être un agent d’al-Qaïda formé en Afghanistan. Il a été arrêté sans être accusé en 2003 lors d’une visite chez sa mère au Soudan. Son passeport canadien a expiré durant sa détention dans ce pays et M. Abdelrazik a dû se réfugier dans un campement de fortune à l’ambassade du Canada à Khartoum.

Les États-Unis l’ont qualifié d’agent d’al-Qaïda en 2006 et les Nations unies ont ensuite ajouté son nom à la liste noire du Conseil de sécurité. Il est rentré au Canada en 2009. Le Montréalais a depuis été officiellement blanchi par le Service canadien du renseignement de sécurité et par la Gendarmerie royale du Canada.

M. Abdelrazik a soutenu que sa réputation avait été ternie à jamais. Même si son propre nom a été retiré de la liste noire cette semaine, il demeure solidaire des autres innocents qui y figurent, a-t-il affirmé aujourd'hui en conférence de presse à Montréal.

Abousfian Abdelrazik et ceux qui l’appuient affirment que c’est son efficace mouvement de soutien qui a fait la différence dans son dossier. Leurs efforts devant la justice ont aussi accéléré la conclusion de son cauchemar, a-t-il expliqué.

«Ce ne serait pas juste de dire que cette victoire est ma victoire, a affirmé M. Abdelrazik. Je veux dire à mes amis à Halifax, au Québec, en Ontario et partout ailleurs au Canada que c’est notre victoire: n’eût été votre soutien, je ne crois pas que j’aurais pu vivre ce moment aujourd’hui.»

«Mais mon bonheur n’est pas complet», a-t-il ajouté.

M. Abdelrazik affirme qu’il souffre en pensant que le nom d’autres individus se trouve sur la liste noire de l’Organisation des nations unies alors qu’ils n’ont rien à se reprocher. Et si leur gouvernement les traite comme Ottawa l’a traité, leur cauchemar pourrait continuer longtemps.

«Vous m’avez abandonné pendant sept ans et vous m’avez causé toutes ces souffrances», a-t-il lancé à l’endroit des représentants du gouvernement fédéral. «Vous avez rendu ma vie et celle de mes enfants misérable. Maintenant, je suis un homme libre. Pas grâce à votre soutien, mais grâce au soutien des Canadiens.»

Au minimum, le chef de famille monoparental de 49 ans veut des excuses de la part d’Ottawa. Une poursuite de 27 millions intentée contre le gouvernement canadien et le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon est toujours devant les tribunaux, selon son avocat.

Abousfian Abdelrazik est toujours interdit de vol aux États-Unis et ne peut ouvrir de compte de banque dans ce pays. Il a affirmé qu’il se battrait pour y blanchir son nom.

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