Le PLC veut changer le mode électoral

Le chef libéral intérimaire du Parti libéral du Canada, Bob Rae.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le chef libéral intérimaire du Parti libéral du Canada, Bob Rae.

Ottawa — Le Parti libéral du Canada s'apprête à proposer une petite révolution dans la façon d'élire le gouvernement fédéral. Ses militants désirent adopter un mode de scrutin préférentiel par lequel aucun député ne pourrait être élu sans recueillir au moins la moitié des votes exprimés.

Le PLC tiendra son congrès politique en janvier prochain, au cours duquel les militants débattront et adopteront les positions du parti. Des 100 propositions mises de l'avant, la plus populaire selon les votes obtenus sur le site Internet de la formation porte sur le «mode de scrutin préférentiel». Une autre, presque identique, arrive en quatrième position. Les militants doivent encore les endosser, mais elles seront traitées en priorité. Signe qu'elles obtiennent l'assentiment de la direction du parti, elles sont mises de l'avant par l'aile du PLC de Saskatchewan et de l'Ontario.

Dans les deux cas, les libéraux proposent de mettre au rancart le système uninominal à un tour par lequel le candidat élu député est celui ayant obtenu plus de votes que chacun de ses adversaires pris séparément. Le système préférentiel proposé par les libéraux nécessite que les électeurs numérotent chacun des candidats sur le bulletin de vote du plus aimé au moins aimé. Au dépouillement, si aucun candidat n'obtient 50 % plus 1 des votes, le candidat arrivant dernier est écarté et les deuxièmes choix indiqués sur ses bulletins de vote sont répartis aux candidats restants. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un candidat obtienne la majorité des voix.

Le système actuel pose un problème de conscience à tout électeur ayant une préférence pour un candidat de la marge. En votant pour son favori, il se retrouve parfois à contribuer à l'élection du candidat qu'il aime le moins en divisant le vote du candidat grand public qui aurait été le plus susceptible de lui barrer la route. Ainsi, un électeur adepte du Parti vert qui à tout prendre préférerait un gouvernement libéral ou néodémocrate, divise le vote de ces dernières formations au profit du Parti conservateur, qu'il aime peut-être le moins. Le vote préférentiel atténue ce phénomène.

Le système uninominal à un tour a toujours été le mode de sélection privilégié du parlementarisme britannique caractérisé par la présence de deux principaux partis politiques. Mais au Canada, on assiste depuis 1990 à l'éclatement de l'offre politique sur la scène fédérale. Les militants libéraux, qui en font maintenant les frais, en prennent acte. «On reconnaît qu'un système uninominal majoritaire à un tour ne reflète pas adéquatement la volonté de la population dans un pays à régime multipartiste», est-il écrit dans la résolution.

Le Parti libéral rejette expressément les modes strictement proportionnels parce qu'ils favoriseraient le NPD et le Parti vert, est-il écrit, mais surtout parce qu'ils «mènent à des gouvernements minoritaires à perpétuité et à la création de partis politiques à revendications monolithiques».

Le financement étatique des partis politiques, que les libéraux s'engagent à restaurer, serait accordé selon le nombre de premiers choix obtenus par un parti politique donné. Voter pour son candidat préféré, même marginal, aurait donc encore un impact.

Le bilinguisme ne fait pas l'unanimité

Le Parti libéral risque par ailleurs de se diviser sur le plancher du congrès quant à la nécessité d'exiger des juges de la Cour suprême d'être «parfaitement bilingues». Cette question a alimenté les débats à la Chambre des communes le mois dernier après la nomination par Stephen Harper d'un second juge unilingue anglophone, Michael Moldaver. Le chef libéral intérimaire, Bob Rae, s'était montré circonspect dans ses critiques, disant «préférer» les candidats bilingues. Il semble que les militants de Colombie-Britannique partagent son point de vue.

«Le Parti libéral du Canada s'oppose à toute exigence voulant que tous les juges siégeant à la Cour suprême du Canada soient parfaitement bilingues», propose l'aile du PLC de cette province. Les militants font valoir qu'en instaurant le bilinguisme obligatoire, «la grande majorité des experts en matière juridique dans l'ouest du pays seraient injustement exclus de pouvoir siéger à la Cour suprême du Canada». Ils soutiennent que c'est aussi le cas «de nombreux experts en questions juridiques qui sont francophones unilingues». Jamais un juge unilingue francophone n'a été nommé à la Cour suprême dans toute l'histoire du Canada.

À bas les barrières à l'avortement


Notons enfin que les militants du Parti libéral débattront aussi en priorité d'une résolution visant à s'assurer que l'avortement est financé par les fonds publics partout au pays. Pour ce faire, un gouvernement fédéral libéral imposerait des pénalités financières à toute province instaurant des barrières à l'avortement. En vertu de la Loi canadienne sur la santé, une province ne peut pas laisser des patients payer pour des soins de santé au privé qui sont couverts dans le système public.

La Nouvelle-Écosse a déjà subi une telle pénalité de 39 000 $ par année du gouvernement libéral parce qu'elle ne finançait que les avortements effectués en hôpital. La situation s'est depuis déplacée au Nouveau-Brunswick. Or, toutes les femmes n'ont pas accès aux avortements en hôpital, car pour ce faire, elles doivent avoir une prescription d'un médecin et trouver un gynécologue qui accepte de faire la procédure. La clinique Morgentaler accepte les femmes sans prescription, mais facture entre 650 $ et 800 $. Le gouvernement de Stephen Harper a mis fin aux négociations qu'avait entreprises le ministre libéral Ujjal Dosanjh avec le Nouveau-Brunswick.
16 commentaires
  • Steve Brown - Inscrit 24 novembre 2011 06 h 21

    Sky's The Limit

    Étonnant! Un parti politique corrompu
    spécialisé dans le détournement de fonds
    qui veut révolutionner la façon d'élire le
    gouvernement fédéral. Le roi de la patente
    cherche encore sa mue pour se refaire une
    image.

    Je m'attendais et m'attends encore à voir une
    solution définitive pour éliminer
    ce parti politique. L'arrivée par exemple d'un nouveau
    parti. L'existence du parti libéral du canada est une
    injure faite au peuple canadien et mine la confiance
    des canadiens envers l'institution qu'est le gouvernement
    fédéral.

    Steve Brown
    Charny

  • Yvan Dutil - Inscrit 24 novembre 2011 07 h 06

    À quoi cela sert de faire de la recherche!

    Encore des amateurs qui essaient de réinviter la roue. Cela fait plus de 50 ans que la recherche sur les modes de scrutin se fait de façon structurée et on continue à nous proposer des méthodes peu efficaces.

    Le problème provient fondamentalement de l'enseignement de la science politique qui exclue cette matière car elle contient un peu de mathématiques. Pourtant, les principes de base peuvent être compris par un enfant au début du secondaire.

  • celljack - Inscrit 24 novembre 2011 08 h 03

    Mathématiques

    J'ai demandé à un docteur en maths s'il existait une méthode de scrutin qui soit meilleure.
    La conclusion mathématique est qu'à l'intérieur d'un pays donné, tous les modes de scrutin comportent des lacunes.
    Une possibilité serait alors d'avoir à l'intérieur d'un territoire plusieurs gouvernements fragmentés en "sous pays" et fondés temporairement sur des frontières variables...

  • Michel Fortin - Inscrit 24 novembre 2011 08 h 26

    Ils n'ont rien inventé

    Les libéraux ne font qu'exprimer une méthode de vote inventée lors de la révolution française par Condorcet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Méthode_Condor

    Il y a plusieurs variantes et elles sont toutes préférables à la méthode actuelle de vote. Adopter une méthode Condorcet serait une grande amélioration basée sur la science et non l'idéologie.

  • jean brunet - Inscrit 24 novembre 2011 08 h 53

    Opinion

    Moins on est au pouvoir, plus on est dans la dèche plus on veut des changements électoraux????