Joe Oliver accuse le NPD de trahison

Joe Oliver
Photo: Joe Oliver

Ottawa — Le gouvernement conservateur a accusé une fois de plus le Nouveau Parti démocratique de trahison dans le dossier des sables bitumineux. Cette fois, il reproche à l'opposition officielle d'avoir rencontré un député grec au Parlement européen qui se plaint du lobbyisme canadien visant à convaincre l'Europe de ne pas considérer le pétrole albertain comme plus polluant que les autres.

«Pour une seconde fois, le NPD travaille contre l'économie canadienne et les emplois. Ils tiennent une séance en appui à la Directive européenne sur la qualité des carburants qui est non scientifique, qui est discriminatoire envers les sables bitumineux, les pénalise, les stigmatise. Le NPD travaille contre l'intérêt national canadien», a lancé hier le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver. La semaine dernière, le gouvernement s'en était pris au NPD parce que deux députés s'étaient rendus à Washington pour rappeler aux Américains que le Canada n'était pas unanimement favorable à la construction du gazoduc Keystone.

Un député européen

À l'origine de la sortie de M. Oliver cette fois se trouve la visite du député européen Kriton Arsenis, très actif en Europe sur le front des changements climatiques. À l'invitation du groupe canadien Réseau Action Climat, il est venu à Ottawa expliquer à quelques députés la Directive européenne sur la qualité des carburants. Cette directive a pour objectif de réduire de 6 % d'ici 2020 par rapport à 2010 l'empreinte carbone des carburants fossiles utilisés en Europe. Aux fins de calcul de cette directive, le pétrole provenant des sables bitumineux serait considéré comme 22 % plus polluant que le pétrole brut, soit une valeur par défaut de GES de 107 grammes d'équivalent CO2 par mégajoule (CO2 eq/MJ) contre 87,5.

M. Arsenis rejette la critique du ministre Oliver. «Cette loi n'est pas contre le Canada, elle n'est pas contre les sables bitumineux. Les sables bitumineux ne tiennent que sur une ligne dans un projet de loi très technique qui fait plus de 30 pages», explique-t-il au Devoir. D'autres produits obtiennent une cote encore pire, dont le pétrole de schiste (131,3), pourtant produit en Europe. Il répète que ces cotes ont été attribuées sur la base d'études établissant les émissions de GES d'un produit pétrolier «du puits jusqu'au réservoir». Un mécanisme sera en outre instauré pour permettre aux producteurs de faire abaisser leur cote s'ils améliorent leurs procédés.

Le député européen s'inquiète du lobbyisme du gouvernement canadien qui a cours pour faire dérailler cette Directive. «Vous ne pouvez pas faire du lobbyisme auprès d'un État souverain pour le faire changer ses législations internes. L'Union européenne tente de faire le bien, de répondre aux attentes de ses citoyens qui veulent des actions sur le front des changements climatiques.»

M. Arsenis a rencontré la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, ainsi qu'une poignée de députés néodémocrates, dont Megan Leslie. Il a aussi rencontré la chef du Parti vert, Elizabeth May, ainsi que la députée libérale Kristy Duncan.

Megan Leslie se demande «pourquoi il serait acceptable que le gouvernement conservateur envoie des lobbyistes à l'Union européenne et aux États-Unis pour promouvoir quelque chose, mais si quelqu'un se prononce contre auprès d'un membre du Congrès ou du Parlement européen, ce serait une mauvaise chose. Tout d'un coup, on ne pourrait plus avoir de débat. Ce serait traître. C'est ridicule». La députée note qu'il y a à peine quelques années, le Canada n'aurait pas pu parler de sables bitumineux ou de gazoduc «sans prononcer le mot climat». Toutes ces attaques contre le NPD, selon elle, «visent à détourner l'attention» de l'absence de plan canadien pour réduire ses émissions de GES.

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