Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Le fossé se creuse entre le Québec et Harper

Le constat est limpide: entre les Québécois et le gouvernement Harper, il y a un schisme.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le constat est limpide: entre les Québécois et le gouvernement Harper, il y a un schisme.

Les élections du 2 mai avaient déjà révélé un fossé entre le Québec et les conservateurs de Stephen Harper. Ce n'était qu'un début. Car les décisions de M. Harper n'ont fait qu'accentuer ce désaccord dans les dernières semaines. Une majorité écrasante de Québécois rejettent ainsi les initiatives conservatrices en matière de justice et de bilinguisme, révèle un sondage Léger Marketing-Le Devoir.

Le constat est limpide: entre les Québécois et le gouvernement Harper, il y a un schisme. Il se mesurait il y a un mois dans un précédent sondage soulignant la complète indifférence des Québécois aux initiatives patriotiques des conservateurs — signes d'appui à la monarchie et projet de loi pour «interdire d'interdire» l'affichage du drapeau canadien. On le mesure cette fois dans les dossiers du registre des armes à feu, du projet de loi C-10 et du bilinguisme.

Le coup de sonde révèle par exemple que 65 % des répondants — dont 57 % des électeurs conservateurs — estiment que le gouvernement fédéral devrait dédommager les provinces pour les coûts supplémentaires qu'engendrera l'application du projet de loi omnibus sur la justice. À peine une personne sur dix appuie la position des conservateurs, qui ont repoussé du revers de la main les demandes de Québec et d'une majorité de provinces. Celles-ci exigent un coup de main du fédéral pour assumer les frais causés par l'augmentation de la population carcérale.

Les Québécois sont aussi dubitatifs au sujet des impacts d'un projet de loi qui instaure plusieurs peines minimales et revoit en profondeur le système de justice pénale pour les adolescents (la dissuasion et l'exemplarité prendront désormais le pas sur la réhabilitation). En effet, 41 % des répondants croient que la réforme ne fera pas diminuer la criminalité, alors que 22 % pensent le contraire. Le tiers des répondants ont indiqué ne pas savoir.

Ce sont là des chiffres qui tendent à donner raison au ministre de la Justice du Québec, Jean-Marc Fournier, dans sa croisade contre C-10. M. Fournier rencontrera d'ailleurs ce matin son homologue fédéral, Rob Nicholson, pour tenter de le convaincre d'amender le projet de loi. Réclamée par Québec, la rencontre se déroulera toutefois après la reprise des audiences du comité parlementaire qui termine l'étude du projet de loi.

Dans un autre dossier dénoncé par Québec, celui de l'abolition du registre des armes à feu, le projet de loi du gouvernement est aussi largement rejeté par la population. Près de sept Québécois sur dix pensent que l'abolition du registre n'est pas une bonne chose, alors que 18 % estiment le contraire. De même, 80 % des répondants indiquent qu'Ottawa devrait transmettre aux provinces qui le désirent les données existantes du registre fédéral — chose que refuse le gouvernement conservateur, qui affirme que le registre et les données ne font qu'un. Plus de six Québécois sur dix pensent finalement que le gouvernement du Québec devrait créer et gérer son propre registre, alors que 25 % y sont opposés.

Pas de Ferguson

Au-delà de la justice, la question du bilinguisme dérange elle aussi. Les nominations successives d'unilingues anglophones au poste de directeur des communications du premier ministre (Angelo Persichilli), juge à la Cour suprême (Michael Moldaver) et Vérificateur général (Michael Ferguson) ont fait couler de l'encre cet automne.

Le sondage souligne donc que 71 % des répondants croient que le gouvernement devrait revoir sa décision de nommer M. Ferguson au poste de Vérificateur général (VG), et plutôt choisir une personne bilingue pour occuper la fonction — c'était d'ailleurs l'une des compétences exigées dans l'offre d'emploi. Un nombre égal de personnes juge qu'avoir un VG unilingue est un «problème».

«Il y a un véritable choc des valeurs entre le gouvernement conservateur et la population québécoise», note Sébastien Dallaire, directeur de recherche en affaires publiques chez Léger. «On l'avait déjà mesuré, mais c'est très marqué cette fois-ci. Tout ce qui touche la criminalité, le contrôle des armes à feu, le bilinguisme, les symboles royaux, ce sont des enjeux avec lesquels les valeurs conservatrices entrent le plus en conflit avec celle d'une majorité de Québécois.»

M. Dallaire estime que le gouvernement Charest a bien su lire l'état d'esprit des Québécois en menant des charges senties contre les projets de loi C-10 (justice) et C-19 (registre). «Ils n'ont rien à perdre à jouer cette carte, dit-il. Il y a un appui quasi unanime de la population pour leur position. D'un point de vue d'opinion publique, ils ont tout intérêt à agir de cette façon. Par contre, d'un point de vue de relation à long terme avec le gouvernement fédéral, c'est un autre débat...»

Le sondage a été réalisé auprès de 1002 répondants entre le 14 et le 17 novembre. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d'erreur de 3,1 % dans 19 cas sur 20.
61 commentaires
  • emeri - Inscrit 22 novembre 2011 01 h 47

    Un seul moyen de contrer les fédéraux:l'indépendance

    Pour plusieurs québécois l'affaire est entendu depuis longtemps
    mais les récentes prises de positions de Harper donnent une bouffée d'air frais et nécessaire à l'indépendance du Québec.

    Il est de plus en plus évident que les conservateurs aussi bien que
    le Roc ont fait une croix sur le Québec comme province canadienne.

    Nous savons donc quoi faire aux élections qui viennent: élire le
    Parti Québécois et mettre en branle les formalités qui nous mèneront
    à l'État du Québec.

    A bon entendeur...

    Réjean Grenier

  • Andre Vallee - Inscrit 22 novembre 2011 02 h 04

    Les deux solitudes

    Et la grosse solitude se fiche de la petite solitudes comme si c'était un pays du tiers monde qui s'adonne à être voisin et qu'on n'a pas le choix d'endurer.
    Le sondage aurait pu aussi questionner sur les milliards pour la ligne qui va concurrencer Hydro-Québec et que nous payons à 23%. Sans compter que le Labrador est une partie du Québec que la couronne a donné aux compagnies britanniques au début du siècle dernier, avec la bénédiction du gouvernement fédéral. Et zut, zut zut.
    “Vous êtes pas tannés de mourir bande de caves”.

  • helene poisson - Inscrite 22 novembre 2011 03 h 14

    Avis au Bye Bye 2011: M. Charest nous protège de M. Harper

    Pourquoi pas un moustiquaire pour se protéger du gel ?
    Ou un bloc de ciment dans un sac de couchage pour mieux flotter ?

    Futur slogan électoral de M. Charest;
    ''Pourquoi se contenter des miettes? Ayons les deux mains sur notre petit pain''

    En créant ses personnages, Yvon Deschamps n'était pas que monologuiste, mais bien un visionnaire; ''Un bon Colisée pis une bonne équipe'' a remplacé ''Un bon boss pis une bonne djobbe''.

    Selon ce sondage «Il y a un véritable choc des valeurs entre le gouvernement conservateur et la population québécoise».
    Ce gouvernement conservateur a été démocratiquement élu au Canada.
    Il est majoritaire et n'est en place que depuis 6 mois. Et pour M. Harper, ce n'est qu'un début; ''The West is in'' disait-il le 2 mai dernier

    Comble de malheur, le CH est blanchi 1 à 0 par Boston. Faudrait-il ajouter ''ça'' à la commission Charbonneau ? Les sondages seraient majoritaires.

    Prochain sondage: ''François Legault devrait-il remplacer Jacques Martin pour avoir plus de visibilité?'' Envoyer vos réponses à Québécor Média

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 22 novembre 2011 04 h 43

    Être dirigé par les autres...

    C'est ce que ça donne partager un pays avec des gens dont on ne partage pas les valeurs et payer près de cinquante milliards par année en taxes et impòts pour subir leurs décisions et se faire ensuite endormir par la peréquation, un programme qui nous remet une partie de notre argent , en nous faisant passer pour des quêteux.

    Le pire étant que ça marche . Un démagogue du supposé changement s'en sert abondamment dans sa dialecte électorale et les radios colonisés avec leurs animateurs lobotomisés chantent sur tous les toits que nous sommes un peuple de BS.

    C'est une colonne vertébrale qu'il faudrait greffer au peuple québécois pour qu'il puisse enfin se dire oui et faire lui-même ses choix.

  • Denis Paquette - Abonné 22 novembre 2011 04 h 50

    Le Canada est le produit d’une synergie interprovinciale qu’il faut maintenir et encourager

    Si les provinces ont toujours eues de besoin d’une structure centrale pour régler ses différents.
    La structure centrale ne doit pas empiétée sur le droit des provinces
    Une structure centrale a la Trudeau est contre productif dangereux
    Si le monde veut un Canada fort il doit savoir que le Canada est composé de provinces ayant chacun sa culture et sa dynamique
    Vouloir passer par-dessus ce fait historique est contre productif, dangereux et auto destructeur