Ottawa refuse la dissidence à l'étranger

Le ministre Peter Kent estime que si le désaccord politique est de mise aux Communes, rien ne sert d’exporter cette dissidence.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le ministre Peter Kent estime que si le désaccord politique est de mise aux Communes, rien ne sert d’exporter cette dissidence.

Ottawa — Les conservateurs de Stephen Harper se sont souvent fait accuser de faire taire la dissidence au pays, mais cette fois, ils admettent eux-même vouloir l'étouffer à l'étranger. Le gouvernement ne permettra pas aux partis d'opposition de l'accompagner lors de la prochaine rencontre internationale sur les changements climatiques à Durban, en Afrique du Sud.

Il était pratique courante que lorsque le Canada se présente à une importante rencontre internationale, il le fasse en importante délégation. Celle-ci comprenait des représentants des partis d'opposition à la Chambre des communes et parfois des provinces. Les conservateurs mettent un terme à cela, du moins en matière de changements climatiques.

«J'ai indiqué de manière respectueuse à mes critiques il y a quelques semaines que je n'amènerais pas une importante délégation à Durbin», a indiqué le ministre de l'Environnement, Peter Kent, à la Chambre des communes. Les partis d'opposition peuvent donc s'y rendre, mais par leurs propres moyens. Et tant pis s'ils ratent des votes importants au Parlement, car la pratique du pairage, permettant d'annuler l'absence d'un parti par une absence au gouvernement, ne sera pas appliquée.

«La pratique de pairage qui était pertinente pendant nos précédents gouvernements minoritaires n'est plus appropriée maintenant que les Canadiens ont élu un gouvernement fort, stable, environnementalement sensible et conservateur», a soutenu M. Kent. «Le désaccord politique à propos de politiques du gouvernement est approprié dans cette Chambre», a dit M. Kent, mais rien ne sert de l'exporter.

«Nous n'avons pas vu et ne nous attendons pas à des commentaires constructifs de la part des porte-parole en environnement de l'opposition à ce qui s'annonce une rencontre difficile pour nous», a par la suite dit M. Kent aux journalistes. Cette réunion à Durban, qui s'ouvre dans 10 jours, vise à décider de la suite à donner à l'accord de Kyoto, qui vient à échéance en 2012.

Le gazoduc Keystone

Le gouvernement insiste d'autant plus sur cette question de la dissidence que le NPD a annoncé mardi qu'il enverrait deux députés à Washington pour manifester son opposition à la construction du gazoduc Keystone entre l'Alberta et le Texas. Il s'agit d'une décision irresponsable, a répété hier le gouvernement, car exporter la dissidence canadienne ne peut que nuire à l'économie du pays. Les conservateurs répètent sans cesse que s'il est construit, ce gazoduc, qui transportera le pétrole produit des sables bitumineux, créera «des centaines de milliers d'emplois au Canada», sans jamais préciser comment ils arrivent à un chiffre si imposant.

Le premier ministre estime que cette sortie rend le NPD «inapte» à gouverner. «Ce gouvernement ne se rend pas dans un autre pays pour s'opposer à la création d'emplois au Canada, mais c'est ce que le NPD a fait, un parti qui est complètement inapte à gouverner ou même à commenter la création d'emplois», a-t-il dit hier.

En avril 2003, pourtant, Stephen Harper, alors chef de l'opposition officielle, avait accordé une entrevue au réseau Fox News pour dénoncer la décision récente du Canada de ne pas participer à la guerre en Irak. Il soutenait alors que la majorité des Canadiens hors Québec partageaient son avis.

Le libéral Denis Coderre a qualifié cette décision de «dégueulasse». Il a rappelé que lorsqu'il était ministre, il incluait ses critiques même s'il les savait pas nécessairement d'accord avec lui.
8 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2011 07 h 49

    Le pouvoir la drogue la plus importante qui puisse existée

    Les conservateur sont en train d'ouvrit leur jeu, attention canadiens vous n'avez encore rien vus
    Le pouvoir c'est, ce qui est le plus grisant, aucune drogue ne l'égale, le pouvoir n'a pas de limites, apres avoir soufferts, ils sont en train de le découvrir
    Attachez vos tucs, surtout les plus jeunes
    Que j'aimerais voyager dans le temps, a quoi pensez -vous que le Canada ressemblera dans deux ou trois ans
    Je nous souhaite tous, bonne chance

  • Pierre Rousseau - Abonné 17 novembre 2011 11 h 27

    Le Joker

    Quelle farce! Notre valeureux ministre de la destruction de l'environnement dit: « les Canadiens ont élu un gouvernement fort, stable, environnementalement sensible et conservateur », sans rire! Une vraie série d'oxymorons! J'imagine qu'il parlait sur la scène du festival Juste pour rire, n'est-ce pas?

    Ce qui est pire, c'est que la majorité des Canadiens ont voté contre ce parti extrémiste mais leurs taxes vont servir à ces profiteurs pour nous faire passer pour une bande de cons et notre voix, celle de la majorité, ne se fera plus entendre au niveau international. Pour eux, leur concept de « l'économie » sert de prétexte pour se livrer à toutes sortes d'abus anti-démocratiques. Ça me fait terriblement penser aux nationaux-socialistes d'Allemagne du début des années 30 qui avaient pris le pouvoir pour mettre fin à la crise économique que vivait alors ce pays...

  • Luc Lussier - Inscrit 17 novembre 2011 11 h 37

    Il ne suffit plus d'être "environnementalement sensible"

    M. le ministre en 2011, il ne suffit plus d'être "environnementalement sensible" il faut être environnementalement pro-actif...
    Pour le reste de l'article, c'est l'arrogance de des régressistes-conservateurs qui se poursuit...

  • Normand Lebeau - Inscrit 17 novembre 2011 11 h 53

    La toute puissance des rednecks

    J'ai l'impression que les Ontariens (qui ne sont pas tous des arriérés vendus aux Conservateurs) vont regretter d'avoir créé un monstre en appuyant les Conservateurs au lieu des Libéraux ou des Néodémocrates.

    Je ne serais pas étonné que le règne de Harper relance la ferveur souverainiste, car il n'est qu'au début de son mandat...

  • Daniel Breton - Inscrit 17 novembre 2011 12 h 05

    Quel bel exemple nous donnent les conservateurs.

    Ayant reçu 40% des votes sur le 60% des Canadiens étant en droit de voter pour un grand total de 24% d'appuis, ce parti rétrograde refuse toute dissidence...quand elle ne vient pas d'eux-mêmes.

    LA PREMIÈRE CHOSE que ce gouvernement méprise, c'est bien la démocratie. Ils ne la servent pas, ils s'en servent pour en abuser.

    Et ce qu'ils reprochent aux NPD, ils l'ont eux-mêmes fait alors qu'ils étaient dans l'opposition au moment où Jean Chrétien a refusé que le Canada aille en Irak.