Bestiaire militaire dans les écoles

Le bestiaire militaire ne plaît pas à tous: un fascicule produit par le ministère des Anciens Combattants et destiné aux enfants d'âge primaire soulève des questions à Montréal. Certains s'inquiètent du caractère insidieux du document qui raconte l'histoire des animaux à la guerre, alors qu'une école de la CSDM défend son usage.

Les élèves de trois classes de première année de l'école Saint-Arsène ont été mis en contact ces dernières semaines avec des Histoires d'animaux à la guerre. Créés en 2006, ces fascicules mettent en scène six personnages animaliers qui racontent la contribution des animaux aux guerres.

Dans la version 2011, les six «amis» visitent la tour de la Paix à Ottawa — ils y dégustent notamment une queue de castor — et expliquent le sens de la sculpture Les tunneliers amis, qui rend hommage aux animaux utilisés en temps de guerre, ces «humbles bêtes de somme qui moururent pour la cause».

C'est l'occasion pour Ellie l'éléphant de raconter aux enfants que «les animaux ont servi durant les guerres, jouant divers rôles tels que transporter des fournitures, livrer des messages, venir en aide aux blessés ou servir de compagnons aux soldats». Chaque personnage raconte la contribution de ses «ancêtres»: les souris qui détectaient les gaz toxiques dans les tunnels, les vers luisants dont la lumière était fort utile, les pigeons voyageurs, etc.

Le ton est globalement gentil (si on excepte l'histoire du chien tué par l'explosion d'une grenade) et la guerre n'est évoquée qu'en toile de fond. Et c'est bien là ce qui dérange la mère d'un élève revenu à la maison «en exprimant un nouvel intérêt pour la guerre», dit-elle. «Il trouvait ça cool. Quand je lui ai dit qu'à la guerre, les gens meurent, il a paru surpris. L'angle n'était pas là.»

Selon elle, le fascicule constitue clairement un «outil de propagande destiné aux tout-petits. À travers des animaux gentils et des couleurs vives, on parle de la guerre», estime cette mère.

La directrice de Saint-Arsène, Sylvie Chaloux, juge toutefois que l'utilisation faite par les enseignants était appropriée. «C'était dans le cadre d'un travail sur les animaux où on montrait qu'ils sont parfois plus que des animaux de compagnie. Tout ça arrivait la semaine du jour du Souvenir, les jeunes posaient des questions sur les coquelicots...» Selon Mme Chaloux, le fascicule a été utilisé seulement pour «parler des animaux», pas de la guerre.

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), le directeur général adjoint à la pédagogie, Robert Gendron, explique qu'il n'est pas rare que des écoles utilisent du matériel envoyé par des ministères fédéraux ou provinciaux. Dans le cas des fascicules sur les animaux à la guerre, il n'a pas entendu parler d'un usage large.

Selon le ministère, des «millions d'envois» sont faits chaque année dans les différentes écoles canadiennes, et les fascicules animaliers sont «très populaires». Comme Le Devoir l'évoquait hier, la création de ceux-ci s'inscrit dans une vaste campagne gouvernementale axée sur le patriotisme militaire.
3 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 12 novembre 2011 12 h 56

    Y parle-t-on des moutons ?

    Laisserons-nous sans réagir l'armée royale canadienne lessiver le cerveau de nos enfants ? Après le club de hockey Canadien, le lobby militaire... On est beaucoup plus sévère lorsqu'il s'agit de brochures sur l'histoire réelle du Québec ou la marche d'un peuple vers son autonomie. Qui donc dicte les choix au ministère de l'Éducation du Québec ? Quel ange souffle à l'oreille de la Ministre ??? Celui d'un berger ou celui d'un loup ?

  • Bernard Terreault - Abonné 12 novembre 2011 13 h 36

    Insensé

    On n'a pas besoin de tous ces matériels soi-disant éducatifs venent de n'importe qui pour promouvoir n'importe quelle organisme politique ou commecial. Que le Ministère de l'éducation fournisse le matériel, en conformité avec le programme dûment établi.

  • France Marcotte - Inscrite 13 novembre 2011 20 h 21

    Parler des animaux de la guerre sans parler de la guerre?

    Et pourquoi ne pas expliquer d'abord franchement aux enfants ce qu'est la guerre, sans mentir, comme on leur explique ce que sont les chicanes, ce que sont les malentendus, ce qu'est la mort, la maladie, la pauvreté.

    Une fois cela fait, on pourra bien parler de ce que l'on veut "à la guerre".
    Les animaux à la guerre, les jardins pendant la guerre, les enfants et la guerre, les bonbons à la guerre...

    Mais de se servir des animaux pour faire en douce auprès des enfants de la propagande pour l'armée canadienne, c'est pervers pépère.