Course à la chefferie du Bloc québécois - Un premier débat prometteur

Les trois candidats à la succession de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois, Maria Mourani, Daniel Paillé et Jean-françois Fortin, s’affrontaient hier au cours d’un premier débat public.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Les trois candidats à la succession de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois, Maria Mourani, Daniel Paillé et Jean-françois Fortin, s’affrontaient hier au cours d’un premier débat public.

Québec — Le premier débat des aspirants à la succession de Gilles Duceppe a donné lieu à des échanges musclés entre les trois candidats et laisse présager une course plus serrée qu'on pourrait le croire entre Daniel Paillé, Maria Mourani et Jean-François Fortin.

D'entrée de jeu, Maria Mourani a souligné que le parti devait «tourner la page», privilégier un «espace de discussion libre», et ce, «dans un esprit de coalition».

Daniel Paillé, un ami personnel de Gilles Duceppe souvent considéré comme le candidat de l'«establishment» du parti, a quant à lui commencé sa présentation en disant qu'il travaillait d'abord «au service de la souveraineté».

Puis Jean-François Fortin, un nouveau venu élu pour la première fois le 2 mai, a fait rire l'assistance le premier en lançant que «c'était un drôle de moment pour être élu au Bloc québécois».

Parmi les propositions faites hier soir, Daniel Paillé a suggéré de revoir le mode d'élection des candidats du parti en s'inspirant des primaires françaises.

Pas foule

À Québec, comme lors du débat informel tenu à Alma à la fin octobre, il n'y avait pas foule et il restait quelques sièges dans la salle d'environ 250 places réservée pour l'occasion à l'hôtel Concorde. «Regardez la salle ici, ça va prendre du temps avant qu'on y revienne sous mon leadership», a lancé M. Paillé, ce qui a déclenché une des premières salves d'applaudissements de la soirée.

À propos de l'aile parlementaire du parti, Jean-François Fortin a martelé qu'il fallait placer les militants au centre de la refonte du parti. «L'aile parlementaire n'est plus le fer de lance [du parti]», a lancé le jeune politicien de 38 ans.

Lors d'un échange avec Daniel Paillé sur Davie et les chantiers maritimes lors duquel M. Paillé disait vouloir consulter les gens des Chantiers Verreault pour concevoir la politique navale d'un pays souverain, Jean-François Fortin a répondu du tac au tac qu'il fallait penser aussi à «Méridien maritime de Matane, qui est un très bon chantier», ce qui a bien fait rire l'assistance.

Même si les deux autres candidats ont davantage de notoriété que lui, M. Fortin, par sa simplicité et son sens de la répartie, a souvent semblé plus en phase que les autres avec l'auditoire.

D'ailleurs, Maria Mourani, qui a reçu hier matin l'appui du Forum jeunesse du parti, s'est à un certain moment fait voler la vedette par le député de la Haute-Gaspésie sur le front de la jeunesse. S'insurgeant contre la tendance des politiciens à traiter les jeunes comme un bloc monolithique, un phénomène qu'il a assimilé à des ghettos, il a déclaré qu'il fallait aller voir les jeunes «pour les bonnes raisons».

Cette déclaration, qui a recueilli des applaudissements nourris de la salle, en a inspiré une plus maladroite à Daniel Paillé. Ce dernier a repris à son compte une déclaration de Ronald Reagan, qui a déjà déclaré qu'il ne s'abaisserait pas à juger la jeunesse et l'inexpérience de son adversaire. Ce à quoi Mme Mourani a rétorqué que «c'était petit».

Divergences


Des divergences importantes sont en outre apparues quand M. Paillé a attaqué Mme Mourani sur l'ouverture qu'elle affiche aux petits partis souverainistes, et à Québec solidaire en particulier. «Québec solidaire, c'est eux qui ont demandé de battre Gilles Duceppe!», a-t-il lancé. L'ancien ministre péquiste a ensuite déclaré qu'il ne fallait pas «remplacer [le député péquiste] Nicolas Girard par Françoise David», ce qui lui a valu des applaudissements, mais aussi des huées dans la salle.

M. Paillé a par contre eu plus du succès lorsqu'il a critiqué la proposition de Mme Mourani de doter le Québec de son propre Code criminel. À la candidate qui plaidait qu'en attendant l'indépendance, «Stephen Harper mettait en prison nos enfants de 16 ans», M. Paillé a rétorqué qu'il avait consulté des experts dans le domaine, dont l'ex-ministre de la Sécurité publique Serge Ménard, selon qui le Bloc allait «se couvrir de ridicule» en agissant ainsi.

Deux autres débats doivent avoir lieu d'ici le dépouillement du vote le 11 décembre: le 15 novembre à Montréal et le 22 via Internet. Les 53 000 membres du parti seront invités à transmettre leur bulletin de vote par la poste.

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