Charest met Ottawa en garde contre la tentation de sabrer dans les transferts

Jean Charest a clairement insisté sur l’importance que le fédéral maintienne la croissance prévue dans les transferts aux provinces dans les domaines de la santé, de l’éducation et au titre de la péréquation.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Jean Charest a clairement insisté sur l’importance que le fédéral maintienne la croissance prévue dans les transferts aux provinces dans les domaines de la santé, de l’éducation et au titre de la péréquation.

Québec — Le premier ministre Jean Charest a mis le gouvernement fédéral en garde, aujourd'hui, contre la tentation de chercher à rétablir ses finances sur le dos des provinces.

Le gouvernement ne révisera pas le coûteux programme «Pour une maternité sans danger» dont profitent la moitié des travailleuses enceintes au Québec, a indiqué aujourd'hui le premier ministre Jean Charest.

En Chambre, M. Charest a tenu à corriger les informations faisant état d’un resserrement prochain des critères du programme de retrait préventif, qui a coûté 213 millions en 2010.

Ce montant équivaut à 10 % des prestations versées par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST).

De fait, le programme ratisse large. Quelque 34 000 femmes ont bénéficié de la mesure l’an dernier, soit une travailleuse enceinte sur deux.

«Nous voulons davantage d’enfants au Québec et nous n’allons pas, non, toucher à ce programme-là», a tranché M. Charest à l’Assemblée nationale, interpellé par la chef de l’opposition officielle Pauline Marois.

Le projet de loi sur la modernisation du régime de santé et de sécurité du travail, attendu au plus tard au début de 2012, n’affectera pas les règles du retrait préventif, a confirmé la ministre du Travail, Lise Thériault, un peu plus tard en point de presse.

«Il faut comprendre qu’ici au Québec, c’est le paradis des familles. Les femmes ont des droits et ce n’est pas à moi de juger si [l’avis] du médecin traitant est correct ou pas. Ici c’est comme ça que ça fonctionne», a-t-elle expliqué.

En décembre 2010, un groupe de travail présidé par Viateur Camiré soulevait pourtant des questions sur la croissance des coûts du programme de retrait préventif, une protection sociale unique au Canada.

Chaque année, pas moins de 95 % des réclamations sont acceptées, si bien que la mesure est aujourd’hui considérée par bon nombre de travailleuses et d’employeurs comme un congé prolongé de maternité, soulignait le rapport.

En outre, le document reprochait à la CSST d’avoir abdiqué son pouvoir de gestion du programme au profit des avis des médecins traitants et des médecins du réseau de santé publique.

Progressivement, la notion de danger au travail, prévue par la loi, semble avoir cédé la place au principe nettement plus large de précaution.

Mme Thériault refuse toutefois de critiquer la gestion du programme ou le travail des médecins. «Je n’ai pas à me positionner sur les avis que les médecins donnent concernant les femmes enceintes. On a ce programme-là et je pense que les femmes ainsi que les bébés ont le droit de travailler dans un environnement sécuritaire et exempt de tout danger», a-t-elle fait valoir.

Lors de sa mise sur pied en 1981, le taux de financement du programme «Pour une maternité sans danger» s’établissait à 1 ¢ par tranche de 100 $ de masse salariale. Aujourd’hui, il est 19 fois plus élevé.

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