Québec se battra pour récupérer les données du registre des armes

Malgré les protestations de Québec, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a été catégorique hier: «La législation prévoit la destruction de toutes les données [du registre des armes à feu] et nous nous attendons à ce que tout le monde se conforme à la loi.»
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Malgré les protestations de Québec, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a été catégorique hier: «La législation prévoit la destruction de toutes les données [du registre des armes à feu] et nous nous attendons à ce que tout le monde se conforme à la loi.»

Québec — Québec mènera un «combat» pour récupérer les données du registre des armes à feu, que le gouvernement Harper entend détruire. Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a été formel sur le sujet hier au sortir de la période de questions.

En campagne électorale, les conservateurs avaient effectivement annoncé leur intention, a fait remarquer M. Dutil avant d'ajouter: «Mais ils n'ont jamais dit qu'ils détruiraient les données. On est formellement, férocement contre ça!» Aussi le ministre a-t-il lancé un appel pour que les citoyens, mais aussi «tous les organismes qui sont favorables au registre demandent que les données soient préservées». M. Dutil a précisé que la Sûreté du Québec détenait une partie des données du registre et qu'il avait accès «aux données fédérales en lecture seule». Entend-il pour autant créer son propre registre? Si Québec peut conserver une partie des données fédérales et le logiciel, peut-être. Sinon, «le coût serait prohibitif».

Estimant que la décision fédérale est «inappropriée» et fait fi des prises de position de l'Assemblée nationale, le ministre des Relations intergouvernementales canadiennes, Yvon Vallières, a l'intention de faire des démarches auprès du gouvernement fédéral. Après tout, a-t-il souligné, «ce sont des outils auxquels on a contribué financièrement par le biais de nos impôts et autres».

Par ailleurs, la Fraternité des policiers et policières de Montréal a déclaré hier que Québec et les autres gouvernements provinciaux devaient exiger la préservation et la transmission des données du registre des armes d'épaule.

«Ces données sont utiles aux policiers — qui les consultent des milliers de fois par jour — et ont été payées par les contribuables canadiens et québécois, qui en sont les véritables propriétaires, a affirmé dans un communiqué le président, Yves Francoeur. Les détruire pour empêcher les provinces de s'en servir est inacceptable, et le gouvernement du Québec doit s'y opposer avec vigueur.»

Ottawa indifférent

L'indignation au Québec n'a toutefois pas ému le ministre fédéral de la Sécurité publique. À son arrivée aux Communes, Vic Toews a été catégorique: «La législation prévoit la destruction de toutes les données et nous nous attendons à ce que tout le monde se conforme à la loi.» Pas question, donc, d'écouter quelque demande de Québec que ce soit. Accusés en Chambre de défendre leur idéologie plutôt que la sécurité des Canadiens, les conservateurs n'ont pas reculé, martelant sans relâche qu'il s'agissait d'une promesse électorale et qu'ils tenaient ainsi parole. «Nous avons pris un engagement en campagne électorale d'abolir ce registre, le registre des armes d'épaule coûteux et inefficace, une fois pour toutes», a tranché le Québécois Maxime Bernier.

À l'extérieur de la Chambre des communes, les députés conservateurs du Québec ont évité d'affronter les journalistes, même s'ils étaient tous présents pour la période des questions. Dans le camp de l'opposition, on a dénoncé le «gaspillage» du gouvernement de Stephen Harper, qui est prêt à «mettre aux poubelles» des données qui ont coûté 2 milliards de dollars à récolter, malgré la volonté du Québec de les récupérer. «En plus d'abolir l'enregistrement, ils veulent maintenant détruire toutes les données du registre, empêchant donc le Québec, qui le demande, de pouvoir récupérer un outil qui sauve des vies», s'est indigné le bloquiste Jean-François Fortin aux Communes.

Au moment de présenter leur projet de loi, mardi, les conservateurs avaient argué qu'il fallait détruire toutes les données afin d'éviter qu'un gouvernement formé d'une autre formation politique ou encore une province puissent un jour ressusciter le registre des armes d'épaule.

«C'est pire que de l'enfantillage, c'est vraiment de la mesquinerie», s'est indignée la néodémocrate Françoise Boivin quant à la volonté des conservateurs d'enrayer pour toujours le registre contre lequel ils se battent depuis des années en prévenant quiconque de le récupérer.

«C'est pire que de l'arrogance. Ils tentent de détruire le passé», a quant à lui accusé le chef libéral par intérim Bob Rae.

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Avec La Presse canadienne

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