Chantier Davie est écarté des contrats des navires fédéraux

C’est pour la portion non militaire des contrats de la Défense, d’une valeur de 8 milliards de dollars, qu’espérait se qualifier Chantier Davie. Le chantier naval pourrait toutefois hériter d’une partie des contrats pour la construction de 116 petits navires, une enveloppe totalisant 2 milliards.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie C’est pour la portion non militaire des contrats de la Défense, d’une valeur de 8 milliards de dollars, qu’espérait se qualifier Chantier Davie. Le chantier naval pourrait toutefois hériter d’une partie des contrats pour la construction de 116 petits navires, une enveloppe totalisant 2 milliards.

Québec — Les nouveaux propriétaires de Chantier Davie ne sont pas prêts à mettre la clé dans la porte de l'entreprise même si cette dernière à échoué à obtenir sa part des lucratifs contrats de la Défense nationale.

«C'est décevant, mais la SNACN n'était qu'un élément de notre plan, a déclaré le président de Davie Canada hier, Richard Bertrand. Nous sommes déterminés à poursuivre ce plan à long terme pour le chantier.»

Le consortium formé par Upper Lakes Group et SNC-Lavalin a vu lui échapper 8 milliards de dollars en contrats avec l'annonce d'hier. C'est finalement le chantier maritime de Vancouver qui a hérité de la portion non militaire des contrats de la Défense, alors que les Chantiers Irving d'Halifax ont obtenu la portion militaire des contrats d'une valeur de 25 milliards.

Le chantier naval, qui est encore tout récemment passé à deux doigts de la faillite, pourrait toutefois hériter d'une partie des contrats pour la construction de 116 petits navires, une enveloppe totalisant 2 milliards.

C'est du moins ce qu'espérait le président de la Chambre de commerce de Lévis, Christian Guay, qui était très déçu hier. «On s'attend à avoir une partie des contrats résiduels», a-t-il dit en parlant d'un avenir «plus modeste» pour l'entreprise.

À ces contrats s'ajoutent notamment ceux de la Société des traversiers qui lui ont été accordés par décret plus tôt cette année par le gouvernement du Québec, un autre acteur très déçu par la tournure des événements.

«C'est tout à fait incompréhensible que Chantier Davie n'ait pas été retenu malgré ses compétences, son expertise et ses infrastructures», a déclaré hier le nouveau ministre responsable du Développement économique, Sam Hamad. «Nous devons agir tous ensemble pour assurer son avenir, a-t-il ajouté. Notre objectif vise plus que jamais à soutenir la croissance de tous les chantiers maritimes québécois pour créer une filière navale forte au Québec.»

Ces déclarations risquent de faire grincer des dents ceux qui trouvent que les gouvernements ont déjà investi suffisamment dans les divers plans de relance de Chantier Davie. Au cours des 40 dernières années, ses installations auraient reçu pas moins de 2 milliards en fonds publics.

Pour le président du syndicat de l'entreprise, Paul-André Brûlotte, la décision du fédéral fragilise beaucoup le secteur au Québec. «Pour moi, l'avenir de la construction navale au Québec est menacé, c'est sûr», a-t-il dit hier.

La CSN ne s'est quant à elle pas gênée hier pour accuser Ottawa d'avoir laissé tomber le Québec. «Il n'y a personne qui va réussir à me faire croire que la décision n'était pas politique, a déclaré la présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches, Ann Gingras. Le fédéral a agi comme si ce chantier n'existait pas. Ça donne une bonne idée de ce que le Québec représente pour Ottawa. C'est incroyable!»

Ottawa vante l'indépendance de sa sélection

Le gouvernement fédéral a pourtant passé la journée à marteler le message contraire en refusant tout commentaire sur le processus de sélection, dont il vante l'indépendance. Les deux ministres dépêchées — choisies expressément parce qu'elles provenaient de provinces qui n'étaient pas touchées par la nouvelle — ont souligné sans relâche que la sélection s'était faite de façon transparente, loin du pouvoir politique.

Du côté du Québec, tous les députés conservateurs ont esquivé les journalistes à leur sortie des Communes. Ce n'est qu'en soirée que le député représentant Lévis, Steven Blaney, a finalement décidé de commenter le dossier. «Des fonctionnaires indépendants ont mené à bien un processus de sélection ouvert, équitable, concurrentiel et fondé sur le mérite, a-t-il commenté dans un communiqué. Le Cabinet fédéral n'a pas pris part au processus qui a mené à la décision annoncée aujourd'hui.»

Pendant ce temps ailleurs au Canada, on sablait le champagne. Ainsi, de l'avis du gouvernement, ainsi que du porte-parole du NPD en matière de construction navale, Peter Stoffer, il s'agit d'un «grand jour pour le Canada», qui s'est enfin doté d'une stratégie nationale en la matière. Un avis toutefois peu partagé par un collègue québécois de M. Stoffer.

Invité à commenter, le député de la région de Québec Denis Blanchette s'est avoué «très déçu» que le chantier de la Davie ait été laissé de côté, tandis que sa chef intérimaire, Nycole Turmel, a accusé le gouvernement par voie de communiqué d'avoir placé l'industrie québécoise dans une «position plus précaire».

Le Bloc québécois a quant à lui saisi la balle au bond pour accuser les néodémocrates d'être tiraillés entre les intérêts de leurs députés, puisque les députés québécois doivent «plier les genoux» face à ceux du reste du Canada. «Ce n'est certainement pas un grand jour pour le Québec. C'est un jour sombre pour le Québec. [...] Nous, pour nous, c'est le Québec d'abord», a défendu le bloquiste André Bellavance. Enfin, l'opposition libérale a réclamé que le gouvernement s'assure de répartir les emplois à venir au pays, et qu'il n'oublie pas le chantier québécois.

Le processus décisionnel qui a conduit au choix d'Irving et de Vancouver Shipyards a été mené par une équipe de fonctionnaires issus de plusieurs ministères fédéraux. Vingt et un évaluateurs, regroupés en sept équipes indépendantes, ont effectué les analyses sans savoir quelle entreprise avait présenté quelle soumission.

Le critère de sélection le plus important, comptant pour 60 % de la note finale, portait sur les capacités techniques des chantiers. Les autres concernaient les coûts de chaque proposition pour le Canada (20 % de la note), la situation financière du chantier (10 %) et le rapport qualité/prix (10 %).

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Avec La Presse canadienne

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