Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Oui au péage sur Champlain

Pont Champlain
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pont Champlain

Le gouvernement conservateur n'est pas toujours au diapason de l'électorat québécois, mais il n'a pas raté son coup avec le projet du pont Champlain: la population approuve dans une large majorité l'idée d'imposer un péage sur la nouvelle structure et de construire cette dernière en formule PPP.

C'est ce que révèle un sondage Léger Marketing/Le Devoir réalisé les 11 et 12 octobre. L'idée du péage reçoit l'assentiment de 59 % des 1005 Québécois interrogés, un taux d'approbation qui est sensiblement le même à Montréal (58 %) qu'à Québec (62 %) et ailleurs dans la province.

La population se dit également d'accord à 57 % avec la proposition de réaliser le projet en partenariat public-privé (PPP), solution favorisée par Ottawa.

Par contre, l'idée d'imposer un péage sur tous les autres ponts touchant Montréal est rejetée par près de six Québécois sur dix, alors que 34 % de la population l'approuve. «Les gens sont visiblement prêts pour du péage sur une nouvelle structure, mais pas quand il y a une forme de droit acquis, dit Christian Bourque, vice-président chez Léger Marketing. Plus il y a de gens touchés, plus l'appui est faible.»

Globablement, M. Bourque estime que le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, «mène 1-0 contre son homologue à Québec, Pierre Moreau». Ce dernier s'était montré spontanément agacé par la décision d'Ottawa de réintroduire sur le pont Champlain le péage abandonné en 1990. Quelques heures avant l'annonce du ministre Lebel le 5 octobre, M. Moreau avait indiqué qu'à son avis, «ce n'est pas un privilège de travailler sur l'île de Montréal». M. Lebel avait pris soin d'indiquer en conférence de presse que Champlain étant une structure «100 % fédérale», la décision lui revenait.

«Les concepts de l'utilisateur-payeur et du PPP passent bien, c'est donc une victoire majeure pour Denis Lebel, croit Christian Bourque. C'était attendu comme annonce, et la façon dont ça a été présenté a plu aux Québécois.»

La monarchie? Bof...

Si Ottawa semble avoir frappé dans le mille avec le projet du pont Champlain, celui de multiplier les signes d'appui à la monarchie et au drapeau canadien est par contre reçu dans la plus complète indifférence au Québec. «Soit on le rejette, soit on s'en moque ou on s'en balance», résume Christian Bourque.

L'ensemble des initiatives du gouvernement — accrocher des tableaux de la reine dans les ambassades et au ministère des Affaires étrangères (à la place de tableaux d'Alfred Pellan), installer un vitrail de 35 000 $ au-dessus de l'entrée du Sénat, représenter la couronne de la reine sur les pages intérieures des passeports... — est reçu dans l'indifférence (29 %) ou de manière défavorable (55 %), alors que seulement 11 % des répondants l'appuient. Même 82 % électeurs conservateurs sont indifférents ou défavorables aux mesures proposées.

De même, le projet de loi C-288, qui vise à «interdire d'interdire» l'affichage du drapeau canadien, est jugé non nécessaire par 78 % des répondants, alors que 12 % trouvent l'idée nécessaire.

En même temps, les conservateurs ne paient pas le prix de ces initiatives impopulaires dans les intentions de vote. Le coup de sonde accorde 43 % des voix au NPD, contre 21 % pour le Bloc québécois, 18 % pour les conservateurs, 11 % pour les libéraux et 6 % pour le Parti vert, des résultats semblables au dernier sondage publié le 19 septembre.

«Si l'opposition à la campagne pro-monarchie des conservateurs était viscérale, il y aurait eu un impact sur les intentions de vote, dit Christian Bourque. Or, on peut voir que ça ne bouge pas: leur stratégie était peut-être de plaire à un électorat plus traditionnel dans le reste du pays, sans perdre d'appuis au Québec, et, en ce sens, c'est réussi.»

Un échantillon probabiliste de cette taille — 1005 répondants — aurait une marge d'erreur de 3,1 points, dans 19 cas sur 20.

À voir en vidéo