Ottawa aurait voulu punir Moscou en choisissant l'Inde pour lancer son satellite

La décision du Canada de lancer le satellite Sapphire en Inde plutôt qu'en Russie visait à sanctionner le Kremlin pour l'invasion de la Géorgie par les troupes russes en 2008, selon un expert des affaires militaires.

James Fergusson, le directeur du Centre d'études militaires de l'université du Manitoba, a tiré cette conclusion à partir d'un télégramme diplomatique envoyé par Ottawa à Washington.
 
Daté du 6 octobre 2008, le télégramme, classé secret mais mis en ligne sur le site Wikileaks, titrait: «Le Canada considère les solutions de rechange pour son lancement spatial en raison de l'invasion de la Géorgie par la Russie».
 
Les chars d'assaut russes ont franchi les frontières de la Géorgie en août 2008 afin de prêter main-forte aux séparatistes des régions géorgiennes de l'Ossétie du Sud. Selon M. Fergusson, ce conflit inquiétait l'Occident et les membres de l'OTAN.
 
Le spécialiste croit que le Canada voulait signifier sa désapprobation à la Russie en la privant des retombées économiques liées au lancement de son premier satellite militaire. Le coût d'une telle opération est estimé à 4,5 millions $.
 
Le télégramme précise que les responsables du projet Sapphire au sein du ministère de la Défense prévoyaient mettre le satellite en orbite en utilisant une navette spatiale russe «à la fin de 2009 ou au début de 2010».
 
Il cite Phillip Baines, un conseiller du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, qui dit qu'«en raison de l'invasion de la Géorgie par les Russes, le Canada souhaite trouver d'autres lieux pour le lancement.»
 
Dans le télégramme, le Canada s'informe aussi si les États-Unis sont prêts à étendre leurs mesures de protection bilatérales afin de permettre la mise en orbite du satellite en Inde étant donné que cette dernière n'a pas signé le traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires.
 
Avertir un puissant allié

Pour James Fergusson, M. Baines faisait tout simplement son travail en avertissant le puissant allié du Canada.
 
«Nous nous tournons vers l'Inde pour lancer un satellite militaire et cela pourrait ressembler à un manque de constance dans nos politiques», a fait valoir M. Fergusson en entrevue, ajoutant que cette question n'était maintenant plus un obstacle.
 
«À mon avis, le gouvernement actuel a décrété qu'il n'y avait aucun problème et a décidé d'aller de l'avant», a-t-il affirmé.
 
De son côté, Kevin Shortt, le président de la Canadian Space Society, a déclaré que c'était l'argent et non la politique qui avait poussé le Canada à délaisser la Russie au profit de l'Inde, dont les services de mise en orbite sont plus abordables.
 
Il a toutefois précisé que l'Inde avait souvent reporté le lancement des satellites canadiens pour servir des clients plus fortunés. La preuve, selon lui, que le Canada devrait disposer de ses propres installations de lancement.
 
Après plusieurs délais, Sapphire doit maintenant être mis en orbite en mars 2012 grâce à une navette spatiale indienne en même temps que NEOSSat, un autre satellite canadien.
 
Faisant partie du réseau de surveillance spatiale des États-Unis, Sapphire permettra aux Forces canadiennes d'assurer la sécurité et la souveraineté du Canada dans l'espace alors que NEOSSat servira à surveiller les satellites ainsi que les astéroïdes et les autres corps célestes qui pourraient poser un danger pour la Terre.
 
Peter Rakobowchuk, La Presse canadienne