Pont Champlain - Ottawa a oublié le transport collectif

Si Québec ne faisait pas partie de l'annonce d'hier, Ottawa prévoit par contre déjà lui en refiler la responsabilité. En effet, le ministre Lebel a précisé qu'il examine «diverses options de gouvernance du pont, entre autres le rôle que le Québec pourrait être appelé à jouer».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Si Québec ne faisait pas partie de l'annonce d'hier, Ottawa prévoit par contre déjà lui en refiler la responsabilité. En effet, le ministre Lebel a précisé qu'il examine «diverses options de gouvernance du pont, entre autres le rôle que le Québec pourrait être appelé à jouer».

Le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, a donné hier le coup d'envoi au remplacement du pont Champlain sans inviter son homologue québécois, contournant pour l'instant l'épineuse question du transport en commun.

«Le transport en commun est une responsabilité provinciale», a tranché le ministre Lebel. Des discussions doivent être menées en collaboration avec Québec et les municipalités concernées, a-t-il ajouté.

L'estimation financière du projet «100 % fédéral», comme s'est plu à le marteler le ministre Lebel en conférence de presse, ne tient pas compte des demandes répétées et pressantes pour le développement d'un lien ferroviaire au-dessus du fleuve Saint-Laurent. Des 5 milliards de dollars que pourrait coûter le nouveau pont, aucune somme n'est prévue pour l'aménagement d'une emprise dédiée au transport collectif.

L'estimation préliminaire établie par Transports Canada prévoit 811 millions pour le remplacement du pont de l'Île-des-Soeurs, 681 millions pour la reconstruction des liens avec l'autoroute 15 ainsi que 3,7 milliards pour le pont et ses approches routières. Cela comprend également la démolition du pont actuel.

Si Québec ne faisait pas partie de l'annonce d'hier, Ottawa prévoit par contre déjà lui en refiler la responsabilité. En effet, le ministre Lebel a précisé qu'il examine «diverses options de gouvernance du pont, entre autres le rôle que le Québec pourrait être appelé à jouer».

Ce transfert de responsabilités est dans les cartons fédéraux depuis déjà plus d'une année.

Il concerne Champlain, mais également les ponts Jacques-Cartier et Mercier. Jusqu'à maintenant, le gouvernement provincial n'y a vu que des inconvénients compte tenu de la vétusté de Champlain et de Mercier, qui nécessitent des investissements majeurs.

Absence remarquée

L'absence du ministre québécois des Transports, Pierre Moreau, à la conférence de presse, semblait donner le ton au défi politique de coordination qui attend les deux ordres de gouvernement. Le pont Champlain n'est qu'un élément d'un vaste casse-tête de transport qui comprend la reconstruction du complexe Turcot avec ses quatre échangeurs et douze bretelles. Des investissements gigantesques sont en jeu.

En coulisse, on soulignait que les critiques provenant de Québec avaient quelque peu irrité le fédéral; les visions ne seraient pas parfaitement arrimées. Chose certaine, le ministre Moreau n'a pas été invité. On s'est contenté de l'aviser la veille.

«Québec n'est pas là parce que c'est une infrastructure 100 % fédérale, a dit avec le sourire Denis Lebel. Depuis plusieurs mois, le gouvernement du Québec a interpellé le gouvernement fédéral pour qu'il prenne ses responsabilités. [...] Ça nous fait bien plaisir de vous annoncer qu'on les prend depuis très longtemps.»

On a toutefois ouvert grand la porte aux maires de Montréal, Longueuil et Brossard, qui ont unanimement salué l'annonce gouvernementale. Gérald Tremblay a été particulièrement enthousiaste et élogieux quant à la «préférence marquée» d'Ottawa pour un partenariat public-privé (PPP) pour la construction du nouveau pont, ce qui implique l'instauration d'un péage. M. Tremblay y a vu le premier pas vers un péage métropolitain qu'il réclame afin de freiner le délabrement des infrastructures de la région.

Mais voilà, le péage dont il est question sur le pont Champlain apparaît non pas comme un fonds dédié pour effectuer des investissements, mais plutôt le mode de financement afin d'intéresser un partenaire privé, comme c'est le cas pour le pont de l'autoroute 25.

La première réaction du ministre Pierre Moreau laissait voir un certain agacement concernant le péage. À l'entrée du caucus libéral, il a rappelé avoir déjà indiqué clairement qu'il n'était pas favorable au péage entre les deux rives du Saint-Laurent. «Pour moi, ce n'est pas un privilège de travailler sur l'île de Montréal», a-t-il laissé tomber. Quelques heures plus tard, il tempérait son opposition et disait qu'il fallait se réjouir de la bonne nouvelle.

Partenariat

L'engagement du gouvernement conservateur se fait attendre depuis plusieurs mois, sinon des années. Peu de précisions ont toutefois été apportées sur le projet. Il s'agira d'un nouveau pont (un tunnel est écarté), construit en (PPP) pour une somme maximale de 5 milliards de dollars et qui devrait être prêt dans 10 ans. Tout le reste devra faire l'objet de travaux préliminaires.

Dans les prochains mois, il y a entre autres une analyse environnementale et des plans et devis seront commandés. Tous ces travaux préliminaires seront effectués sous l'égide du ministère de M. Lebel.

Ainsi, la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain, l'organisme fédéral qui administre le dossier, est complètement écartée du projet. C'est Transports Canada qui entamera les discussions avec les partenaires clés: le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal et les municipalités de la Rive-Sud et les intervenants de l'industrie.

L'analyse de l'option PPP est également entre les mains de Transports Canada. Les firmes de génie-conseil signataires de l'étude de préfaisabilité remise au ministre Lebel favorisaient déjà un PPP. Selon elles, il s'agirait d'une garantie pour la conception et la viabilité d'un nouveau pont. Seul hic: le PPP coûtera plus cher puisque le privé n'a pas la même capacité d'emprunt que le gouvernement, ont noté les experts.

Chose certaine, ce mode de réalisation permet de ne pas faire payer l'ensemble des Canadiens pour cette infrastructure, mais plutôt de transmettre la facture aux Québécois qui l'empruntent tous les jours. À l'heure actuelle, 60 millions de véhicules par année passent sur le pont Champlain, ce qui en fait le pont le plus achalandé du Canada.

«Comme vous le savez, nous travaillons fort pour le retour à l'équilibre budgétaire, a indiqué Denis Lebel. [...] Dans ce sens, nous annonçons un projet qui fait appel au principe d'utilisateur-payeur.»

Réactions multiples

Si le péage a ravi Gérald Tremblay, d'autres se sont montrés plus critiques. Caroline St-Hilaire, mairesse de Longueuil, a plaidé en faveur de l'équité d'un péage métropolitain. Elle a également insisté sur le transport en commun, qui doit voir le jour en même temps que le nouveau lien interrives, selon elle. «Il faut trouver une solution durable», a déclaré Mme St-Hilaire.

Au Parti québécois, le député Nicolas Girard a affirmé qu'il est prématuré d'imposer aux automobilistes des frais pour traverser le pont «tant que l'offre de transport collectif ne sera pas plus grande, efficace et plus rapide». M. Girard a également déploré le fait que le gouvernement fédéral ait choisi de faire cavalier seul dans ce projet, ce qui est inquiétant pour la suite des choses, a-t-il jugé.

Sur la colline parlementaire fédérale, le mode de réalisation du pont et l'instauration d'un péage ont suscité des interrogations. Pourquoi les citoyens devraient payer pour ce qui est gratuit aujourd'hui? a demandé le NPD. Le gouvernement conservateur n'en démord pas: c'est la façon «d'accélérer la réalisation» du pont. Bob Rae, du Parti libéral du Canada, s'est inquiété du silence sur le transport en commun, accusant ainsi le gouvernement d'improvisation.

Par contre, la communauté d'affaires a applaudi l'engagement du ministre Lebel. La Caisse de dépôt et placement du Québec salive déjà à l'idée d'investir dans le nouveau pont Champlain. À Québec, son président, Michael Sabia, qui prononçait une allocution devant la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, a fait rire son auditoire en parlant d'un «projet porteur». «Est-ce que nous intéressons à ce pont? Ma réponse est oui, fortement oui», a-t-il dit dans le point de presse qui a suivi.

***

Avec la collaboration de Robert Dutrisac

***

NDLR: Un chiffre a été corrigé au 4e paragraphe après la mise en ligne.

42 commentaires
  • Jean Francois - Inscrit 6 octobre 2011 01 h 06

    Comment creuser le fosser entre les employés et les employeurs.

    Baisser les taxes des compagnies déjà riche mais faire payer les citoyens qui doivent travailler tout les jours un peu plus pour arriver a la fin du mois.

    Je ne comprends pas les gens qui aime le concept du P.P.P. Ces compagnies en plus d'avoir vue leurs cotisation à la Société diminuer plus que jamais, se voit donné de juteux contrat qui leurs octroieront le pouvoir de contrôler nos infrastructure. Aurions-nous oublier que le but premier du privé est de faire du profit ! D’où viendra le profit a votre avis et oui de nos poches.

    Ce qui me rend le plus bouche bée c'est d'entendre tout les pro conservateur dire qu'ils sont donc bon pour baissé les taxes, mais en réalité on se retrouve a payer plus. Oui mais me diront-ils on paye plus, mais au moins sa va directement dans les poches des actionnaires, pas besoin de tour de passe passe de corruption pour cacher le jeux car c'est toute légal.

  • Sanzalure - Inscrit 6 octobre 2011 03 h 41

    Si c'est nous qui paie...

    ... Pourquoi c'est eux qui décident ?

    Serge Grenier

  • PierreII - Inscrit 6 octobre 2011 06 h 14

    Pont Champlain - Ottawa a oublié le transport collectif

    Oublier le transport en commun?Alors Harper finance le pont,nous autres ont financent les sables bitumineux.
    NB: très bonne caricature du Devoir: le pont Elizabeth II...mouaaaah! Pas loin du pont Victoria.La famille quoi!Que de beaux souvenirs nous rappelant notre état de colonisés québécois.

  • André Caron - Inscrit 6 octobre 2011 06 h 33

    Au Québec sommes nous capable...

    ...de confier la construction d'un pont au PPP ?

  • Catherine Paquet - Abonnée 6 octobre 2011 06 h 53

    Une opération à cent pour cent politique. D'un simplisme total.

    Dans sa grande logique, dès que le ministre Lebel a appris que le projet de remplacement du pont Champlain ne prendrait pas la forme d'un tunel, - et le motifs de cette d.cision sautent au yeux -, il s'est empressé de convoquer les photographes et de prendre toute la place, pour annoncer que le projet inévitable d'un lien sécuritaire, entre la rive Sud et Montréal, prendrait la forme d'un pont. Tout le reste est d'une imprécision parfaite. La forme, le coût, la durée, le financement, le péage, la formule d'un PPP... tout est à l'étude. Le pont actuel a été construit en 7 ans. Pour ne pas prendre de chance le ministre s'est donné un espace approximatif de 10 ans. Et le reste sera décidé plus tard. Tout ce que cet évènement nous a appris c'est qu'il y aura un jour un pont. Point.

    Les deux éléments qui méritent de retenir l'attention, sont:

    1- la suggestion du maire Gérald Tremblay que le nouveau pont soit à péage. Ce que le ministre s'est empressé de retemir comme une suggestion intéressante. Bien sûr, si un maire vous dit que ses commettants sont prêts à payer, sans qu'on leur demande leur avis, un gestionnaire ne refuse pas.

    2-L'absence du ministre québécois du Transport. J'imagine que le gouvernement Harper a voulu que le peuple fasse un parallèle avec les cérémonies qui ont lieu à Paris, pour marquer le 50ième de la délégation générale du Québec, auxquelles le fédéral n'est pas invité.