Manifestation contre les sables bitumineux - «Des extrémistes qui veulent tuer l'emploi»

Des centaines de manifestants ont pris d’assaut la colline parlementaire pour dénoncer l’exploitation des sables bitumineux.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Des centaines de manifestants ont pris d’assaut la colline parlementaire pour dénoncer l’exploitation des sables bitumineux.

Ottawa — Les 400 à 500 manifestants ayant convergé vers la colline parlementaire à Ottawa pour dénoncer l'exploitation des sables bitumineux n'ont pas ému le gouvernement conservateur. Celui-ci les a plutôt assimilés à une «douzaine d'extrémistes qui veulent tuer l'emploi». La manifestation s'est pourtant déroulée dans le calme le plus absolu, les contestataires ayant au préalable obtenu le feu vert de la police pour leur coup de publicité.

C'est un peu avant midi, après avoir écouté pendant près de deux heures des discours dénonçant les sables bitumineux et le projet de construction d'un pipeline vers les États-Unis, que les manifestants désireux de défier la police se sont avancés par vague ordonnée pour franchir la barrière. À aucun moment les activistes n'ont tenté de pénétrer dans les édifices parlementaires. Ils s'étaient entendus avec les forces policières sur le fait qu'ils passeraient seulement par-dessus la première d'une série de trois barrières, toutes situées dans les zones habituellement accessibles au public. Ils avaient même installé deux escabeaux, un de chaque côté de la clôture, pour faciliter le passage. Alors que résonnaient les tambours autochtones, les militants ont enjambé la clôture à la file indienne. Aussitôt avaient-ils mis le pied par terre de l'autre côté de cette frontière d'un jour qu'ils tournaient docilement le dos aux policiers pour se faire attacher les mains. Au total, 117 personnes ont franchi la barrière. Les personnes arrêtées en ont été quittes pour une contravention de 65 $ pour «intrusion» et l'interdiction de s'approcher du Parlement pendant un an.

Les députés néodémocrates Romeo Saganash, Dennis Bevington et Libby Davies étaient présents. À la Chambre des communes, le NPD a demandé pourquoi le gouvernement ne s'opposait pas à la construction du pipeline Keystone XL de l'Alberta vers le Texas. «Le NPD devrait cesser de prendre le parti des extrémistes qui veulent tuer l'emploi», a répondu David Anderson, le secrétaire parlementaire du ministre des Ressources naturelles. «Ils peuvent aller dehors et se joindre à ces quelques douzaines de manifestants, mais, nous, nous préférons prendre le parti des centaines de milliers de Canadiens qui dépendent de ces sables bitumineux.»

Des sables «éthiques»

M. Anderson a même qualifié d'«éthiques» les sables bitumineux. Le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, estime qu'il est «absurde» d'étiqueter ainsi le pétrole canadien par opposition à celui de l'Arabie saoudite. «Il n'y a rien d'éthique à refiler aux générations futures l'obligation de nettoyer le sol, l'eau et l'air qu'on est en train de salir avec notre manière d'exploiter les sables bitumineux.»

Le chef libéral par intérim, Bob Rae estime quant à lui qu'«on ne devrait jamais présumer que les dissidents sont des extrémistes». «Le problème, c'est que le gouvernement a une politique claire pour la promotion et le développement des sables bitumineux, mais il n'a pas de politique pour les questions de développement durable.»

La manifestation d'Ottawa se voulait un écho à celle ayant duré deux semaines à Washington pour dénoncer la construction du pipeline de TransCanada. Washington devrait y donner son accord d'ici la fin de l'année, mais l'opposition pourrait provenir de l'État du Nebraska, qui s'inquiète de ce que le pipeline doive traverser l'importante source aquifère Ogallala.

Notons qu'hier, l'Association canadienne des producteurs de pétrole a annoncé le recrutement de Patrick Moore comme défenseur des sables bitumineux. Cofondateur de Greepeace, M. Moore a quitté le groupe environnemental il y a 15 ans. Il soutient désormais que l'énergie nucléaire, les grands projets hydroélectriques et l'aquaculture peuvent se faire de manière durable.
25 commentaires
  • Bernard Gadoua - Inscrit 27 septembre 2011 01 h 37

    Exportateurs d'emploi

    Les seuls véritables extrémistes aujourd'hui siègent dans ce gouvernement. Quant aux «tueurs d'emploi», ils devraient se regarder dans le miroir, car ce n'est pas en exportant en vrac les ressources naturelles qu'on crée des emplois de qualité, on les exporte ainsi.

    Bernard Gadoua

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 27 septembre 2011 06 h 55

    Les sabitumineux= désastreux

    Les taux de redevances et d’imposition relativement bas fixés par l’Alberta entraînent une extraction accélérée des sables bitumineux. Le Parti progressiste-conservateur de la province est invariablement pro-pétrole et fervent défenseur de l’économie de marché, uncontremaître typique d’un état pétrolier autoritaire, hostile à toute réglementation de l’environnement.

    Perte d’emplois
    Pour le seul pipeline « Keystone », un des nombreux approuvés depuis l’arrivée des conservateurs en 2006, 18 000 ont été perdus. Ce pipeline exportera vers les USA du pétrole lourd non raffiné (545 000 barils par jour) ce qui aura pour effet de ne pas créer d’emplois à valeur ajoutée. Non seulement nous exportons nos richesses naturelles en brut, mais nous exportons aussi les emplois. C’est un comportement digne d’un pays du tiers-monde.
    Pollution de l’eau
    L’industrie des sables bitumineux consomme autant d’eau par an qu’une ville de deux millions d’habitants. 90% de cette eau finit dans les plus grands bassins de déchets toxiques au monde : les bassins de résidus. La surveillance de l’eau industrielle dans la rivière Athabasca est une vraie mascarade.
    Héritage pourri
    Non seulement le Canada laisse aux générations futures le coût de la dégradation environnementale, mais, en plus, il leur lègue une économie moins diversifiée et moins équilibrée.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 27 septembre 2011 07 h 17

    Harper fier de la création d'emplois aux USA...

    Le gouvernement Harper est lui-même un gouvernement d'extrémistes conservateurs succursale de Washington.
    Non seulement nous impose t-il ses dépenses militaires indécentes et sa politique internationale d'appui inconditionnel des guerres américaines ,le voila maintenant qui exporte du pétrole brut pour qu'il soit raffiné aux États-Unis, pendant qu'on ferme des rafineries au Canada.

    À nous la pollution et les pluies acides provoquées par l'exploitation du pétrole bitumineux sans qu'il soit assorti à des règles strictes concernant ses rejets, aux américains les emplois dans l'industrie du raffinage
    .

  • François Dugal - Inscrit 27 septembre 2011 08 h 15

    Des «extrémistes»

    Comment se fait-il qu'il y ait, au Canada anglais, des extrémistes?

  • dojinho - Inscrit 27 septembre 2011 08 h 25

    Le monde à l'envers!

    Ah l'emploi, comme c'est un acteur qui a le dos large! Si l'on découvrait une mine d'arsenic en plein coeur de Toronto, devrait-on l'exploiter simplement parce que cela créerait quelques milliers d'emplois? Allons, allons, il y a de bien meilleures façons de créer de l'emploi, sauf que l'exploitation des sables bitumineux cré surtout des profits importants pour une minorité, et c'est çà qu'il est interdit de contester!

    Au lieu de chercher à dénicher des sources de plus en plus sales d'énergie concentrées comme le gaz ou le pétrole, dont l'exploitation cré quelques milliers d'emplois directs et indirects tout en détruisant l'écosystème nécessaire à notre survis, on ferait mieux mieux de réduire notre consommation d'énergie (il y a de nombreuses façons efficaces de le faire) et de concentrer nos efforts sur les sources d'énergie diluées mais inépuisables, et dont l'exploitation génèrerait des centaines de milliers d'emplois (de même pour les méthodes d'efficacité énergétique).

    En d'autres termes, les vrais tueurs d'emplois sont ceux qui prétendent avoir à coeur le niveau d'emploi au pays! C'est une technique commune de propagande de crier au feu pour détourner l'attention...