Le cancer a finalement raison de Jack Layton

Jack Layton saluant des partisans lors d’un arrêt à Gatineau le 11 avril dernier, en pleine campagne électorale. La performance du chef du NPD, malgré son état de santé, avait alors forcé l’admiration.<br />
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson Jack Layton saluant des partisans lors d’un arrêt à Gatineau le 11 avril dernier, en pleine campagne électorale. La performance du chef du NPD, malgré son état de santé, avait alors forcé l’admiration.

Ottawa — Il aura eu l'optimisme rivé au cœur jusqu'à la fin. Émacié, la voix déformée par la maladie, Jack Layton affirmait il y a un mois qu'il serait de retour à la Chambre des communes pour la rentrée du 19 septembre, cancer ou pas. Mais il y a des combats inégaux, même pour les plus durs battants: le chef du NPD s'est éteint hier à l'âge de 61 ans, plongeant le pays dans le deuil.

Dans le ciel bleu d'Ottawa, le drapeau rouge et blanc qui surplombe la Tour de la Paix sur la colline parlementaire a été placé en berne vers 11h hier matin. Un hommage symbolique et traditionnel qui se faisait le juste écho de l'immense vague de sympathie qui a déferlé toute la journée sur les réseaux sociaux et les tribunes d'expression publique.

Si tous savaient M. Layton gravement malade, la mort du chef de l'opposition officielle et du Nouveau Parti démocratique a néanmoins surpris, secoué et choqué d'un océan à l'autre.

Un nouveau cancer


C'est Olivia Chow, députée et épouse de M. Layton, qui a confirmé à 8h42 une nouvelle que plusieurs redoutaient depuis le 25 juillet: Jack Layton est décédé à 4h45, «paisiblement» et entouré de ses proches à son domicile de Toronto. M. Layton combattait un cancer de la prostate depuis février 2010. Il avait appris à la mi-juillet la présence d'un nouveau cancer, dont il n'a pas révélé la teneur lors de l'annonce de son retrait temporaire de ses fonctions.

Certaines rumeurs ont fait état d'un cancer généralisé ou d'un cancer des os: la progression fut en tout cas fulgurante et dévastatrice. Lors du congrès du NPD à Vancouver à la mi-juin, Jack Layton avait paru en bonne forme, n'hésitant pas à sauter sur un plancher de danse le samedi soir. Mais, un mois plus tard, il était apparu amaigri et méconnaissable devant les caméras, ravagé par un nouveau combat qu'il a finalement perdu.

«S'il y a une chose que j'ai tenté d'amener en politique fédérale, c'est cette idée que l'espoir et l'optimisme devraient être au coeur de notre engagement», avait-il dit d'une voix fragile en juillet. Ce message, M. Layton le réitère dans une lettre-testament écrite samedi et dévoilée hier par le NPD (elle est reproduite en page Idées).

Les dernières lignes de celle-ci ont frappé les esprits et ont été abondamment relayées hier: Jack Layton conclut son témoignage en disant que «l'amour est cent fois meilleur que la haine. L'espoir est meilleur que la peur. L'optimisme est meilleur que le désespoir».

Ses adieux adressent plusieurs messages ciblés: aux Canadiens qui se battent contre le cancer (ils ne doivent pas être «découragés du fait que ma bataille n'a pas eu le résultat escompté»), aux membres du NPD (il leur faudra «travailler encore plus fort, avec une énergie et une détermination sans précédent» pour faire progresser la cause néodémocrate, «bien plus grande qu'un chef»), aux Québécois, aux jeunes Canadiens...

Conscient du trou béant que son départ précipité laisse au sein du NPD, Jack Layton recommande aussi à son caucus de 103 députés de maintenir les mêmes «éthique de travail et solidarité» qui ont permis les résultats du 2 mai. «Les Canadiens vous porteront une attention toute spéciale dans les mois à venir», prévient-il.

Déferlante

L'annonce du décès de M. Layton a provoqué une onde de choc qui ne s'était pas apaisée hier soir. La chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, a indiqué par voie de communiqué que les «néodémocrates pleurent la mort d'un grand Canadien». «Jack était un homme courageux», écrit-elle. Selon Mme Turmel, «les néodémocrates et les Canadiens doivent [maintenant] se rassembler et continuer le combat de M. Layton pour faire de ce pays un meilleur endroit où vivre.»

Le premier ministre Stephen Harper a tenu un point de presse pour saluer son «ami» Jack Layton. «On va se souvenir de lui pour sa forte personnalité et son dévouement à la vie publique, a indiqué M. Harper. Nous avons perdu un homme à la personnalité engageante, un homme avec des principes forts.»

M. Harper a rappelé que lui et M. Layton partageaient un goût pour la musique, et a dit regretter que les deux n'aient jamais pu jouer ensemble. Il a ensuite changé de sujet pour s'exprimer sur les développements de la situation en Libye et saluer le rôle des forces armées canadiennes. En soirée, le cabinet de M. Harper a indiqué qu'Olivia Chow avait accepté que des funérailles d'État soient organisées.

Ému, le chef libéral par intérim, Bob Rae, a de son côté avoué avoir pleuré en apprenant la mort d'un politicien qu'il connaissait depuis 30 ans. «Malgré nos différences politiques, j'admirais sa sagesse, sa bonne humeur et sa persévérance. [...] Il nous lègue un important héritage d'engagement envers la justice sociale.»

M. Rae a souligné que M. Layton a fait une «campagne électorale absolument extraordinaire» ce printemps, alors qu'il était affaibli par des traitements contre le cancer de la prostate, une fracture de la hanche et probablement les effets du cancer non détecté qui le rongeait déjà. «Le fait qu'il ait géré une telle campagne au moment où il était clairement malade reflète le sens de l'homme. Ce n'est pas seulement une perte pour sa famille ou pour le NPD: c'est une perte pour tous les Canadiens», estime M. Rae.

Joint en matinée, l'ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, dit avoir été surpris du décès de M. Layton, même s'il avait compris le 25 juillet que «c'était malheureusement la fin». «On s'est côtoyé pendant huit ans: c'était quelqu'un d'ouvert, d'une grande générosité, prêt à débattre de toutes les questions», a-t-il dit.

Louis Plamondon et Vivian Barbot, dirigeants par intérim du Bloc, ont pour leur part rappelé que «l'engagement constant de Jack Layton pour les gens ordinaires est sans aucun doute un des éléments les plus déterminants de sa grande popularité. Mais c'est aussi ce qui a fait de lui un modèle pour l'ensemble des personnes engagées en politique active».

Le gouverneur général, David Johnston, a souligné que Jack Layton avait «constamment cherché à rassembler les gens au profit d'une cause commune, celle d'édifier un Canada meilleur». M. Johnston a évoqué «sa droiture et son amour» envers le Canada. «Il laissera un grand vide», a-t-il dit.

Et maintenant?

Ce vide sera ressenti à bien des niveaux, mais jamais autant qu'au sein du NPD. Une fois remis du choc de la disparition du grand architecte des résultats historiques du 2 mai, le parti devra lui trouver un successeur.

Dans l'immédiat, Jack Layton a recommandé que Nycole Turmel continue son travail jusqu'à ce qu'un nouveau chef soit élu. M. Layton recommande au parti «de tenir un vote le plus tôt possible dans la nouvelle année, afin que notre nouveau chef ait amplement le temps de reconsolider l'équipe, de renouveler le parti et le programme, et qu'il puisse aller de l'avant», écrit-il dans sa lettre-testament. En 2003, il s'était écoulé un peu plus de six mois entre la démission d'Alexa McDonough et l'élection de Jack Layton.

Plusieurs regards se tourneront naturellement vers le député d'Outremont, Thomas Mulcair, actuel chef adjoint du parti et grand responsable de la performance du NPD au Québec lors des dernières élections. M. Mulcair n'a pas souhaité faire de commentaires hier: l'heure n'était pas aux calculs politiques, mais au deuil.
18 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 23 août 2011 01 h 27

    Défi pour le NPD

    Maintenant que M, Layton n'est plus là, ils doivent se sentir bien orphelins tous ces nouveaux députés néo-démocrates québécois.

    Si l'ancien chef si charismatique du NPD n'avait pas été là lors de la récente campagne électorale fédérales, très peu d'entre eux, comme on le sait, auraient été élus.

    Afin de faire en sorte que la vague orange, qui a déferlé au Québec au début de mai, ne soit pas un phénomène passager, certains experts en politique proposent que le prochain chef du Nouveau Parti démocrate provienne de cette province.

    Cependant, qui nous dit que ce serait suffisant ? N'oublions pas que le NPD part de loin au Québec. Ce parti n'y a jamais vraiment eu jusqu'ici de base militante. De plus que diront les militants du reste du pays ?

  • marrakech - Inscrit 23 août 2011 06 h 46

    condoléances à la famille et au peuple et gouvernement Canadien

    suite décés du chef de l'opposition j'ai le regrets d'adresser mes condoléances à la famille,au peuple ,et le Gouvernement canadien
    Que le corps de M. Jack Layton réponse en paix.
    J'adresse également mes condoléances à L'honnorable Premier Ministre,sans oublier L'Honnorable M Le Gouverneur Général du Canada.

  • andre r. gignac - Inscrit 23 août 2011 07 h 19

    La boussole échappée

    Pour nous, membres du Nouveau Parti démocratique, la perte de Jack Layton est douloureuse. Elle signifie aussi qu'il nous faudra marcher dans la pénombre et sans boussole pendant un long moment. Nous pouvons honorer le chef disparu en allant de l'avant avec un programme qui suivra les grandes lignes de sa lettre-testament et une démarche qui sera à l'image de ce grand homme. Personnellement, je désire offrir mes condoléances à l'épouse et à la famille de M. Layton. Du même souffle, je dois aussi me tourner immédiatement vers l'avenir du Parti et dire à Thomas Mulcair qu'il a mon appui tout entier dans les luttes à venir.
    -- andré r. gignac (Saskatoon)

  • France Marcotte - Inscrite 23 août 2011 07 h 26

    Garder les émotions pour la mort

    Si on avait su ce que ses adversaires politiques pensaient dans leur tréfonds de lui, ainsi que les commentateurs journalistes, on aurait pu croire que son message d'espoir et d'amour était devenu réalité et tout aurait été plus simple.
    Il a su être intégrer à la politique chaleur humaine et sincérité, une attitude qui s'accorde à ses convictions, à ses idées.
    Les autres partis gardent leurs émotions pour la mort...
    Dur théâtre que celui de la politique conventionnelle où on s'engonce dans son costume pour ne pas montrer qu'on est d'abord humain alors que c'est inutile puisque celui que la population choisit toujours, c'est celui qui est le plus sensible.
    Pour qui alors les autres jouent-ils?

  • Roland Berger - Inscrit 23 août 2011 07 h 37

    La classe moyenne durement frappée

    La classe moyenne est durement frappée par le décès de Jack Layton. Même si je n'ai jamais partagé sa vision centralisatrice du Canada, je ne mettrai jamais en doute la motivation profonde de son action politique : la justice sociale. Merci, Monsieur Layton. Puissiez-vous inspirer une relève chez les jeunes de tout le pays.
    Roland Berger