Affinités avec le Bloc québécois et Québec solidaire - Turmel créerait un «malaise profond» au NPD

Des révélations d’affinités souverainistes viennent assombrir le profil de Nycole Turmel qui, jusqu’à tout récemment, semblait sans tache au sein du Nouveau Parti démocratique.<br />
Photo: Agence Reuters Blair Gable Des révélations d’affinités souverainistes viennent assombrir le profil de Nycole Turmel qui, jusqu’à tout récemment, semblait sans tache au sein du Nouveau Parti démocratique.

La crédibilité de Nycole Turmel continue de s'effriter, alors qu'un malaise commencerait à poindre au sein même du Nouveau Parti démocratique (NPD), dont la députée assure la direction intérimaire depuis une semaine seulement. Autre surprise, Bernard Landry a joint sa voix hier à celles venant du Canada anglais, osant même dire que la chef devrait renoncer à ses fonctions.

C'est sur les ondes de RDI, lors de La Période de questions d'hier midi, qu'un adjoint d'un député du NPD au Québec — qui a exigé l'anonymat — a avoué vivre un «malaise profond». «Comment est-il possible de prétendre souscrire [à] un parti politique et ne pas adhérer à ce parti politique? [...] Quand on prend une carte d'un parti, c'est un signe, qui n'est pas un signe d'amitié pour quelqu'un. [...] C'est un engagement, une adhésion à une philosophie, à un programme», a-t-il déclaré, faisant référence à l'adhésion de Mme Turmel au Bloc québécois, en 2006, pour soi-disant appuyer son amie la députée bloquiste Carole Lavallée.

Après le vote unanime qui a porté Nycole Turmel à la tête du parti néodémocrate en l'absence de Jack Layton, le 27 juillet dernier, ces révélations d'affinités souverainistes viennent assombrir le profil de la politicienne qui, jusqu'à tout récemment, semblait sans tache au sein de sa formation politique. «Je peux vous dire que le profond malaise qui règne dans le parti, c'est qu'un grand nombre, si ce n'est la majorité des gens qui ont voté, ne le savaient pas à ce moment-là, a poursuivi l'adjoint anonyme, qui a refusé une entrevue avec Le Devoir. Et ça, c'est un malaise très très très grave, parce que c'est une crise de confiance.»

Plus tard en soirée, en entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes, Nycole Turmel a balayé de la main ces remises en question. «Je ne prête pas foi à un téléphone sur la place publique» où la personne n'a pas décliné son identité, a-t-elle déclaré, sans jamais faire référence aux années où elle fut membre en règle du Bloc québécois et de Québec solidaire. «Je suis convaincue que les gens du Québec et de mon caucus étaient très au courant que j'étais fédéraliste. Je l'ai dit à maintes reprises; est-ce que je l'ai dit assez fort?», a-t-elle même demandé.

Zones d'ombre


Les zones d'ombre s'accumulent pourtant sur la feuille de route de Nycole Turmel. Durant la campagne électorale du printemps dernier, elle avait dû accuser le coup porté par le député libéral sortant de Hull-Aylmer, Marcel Proulx, qui lui avait reproché d'avoir «appuyé à deux occasions des souverainistes», du Bloc québécois en 2006 et de Québec solidaire en 2007, et ce, alors qu'elle se devait, selon lui, de défendre des valeurs fédéralistes en tant que présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada.

Deux jours plus tard, le 5 avril 2011, Nycole Turmel se défendait dans un communiqué disant qu'en 2006, elle «avait bien expliqué que son organisme appuyait les objectifs progressistes du Bloc québécois, mais pas son objectif de souveraineté». Or, nulle part il n'est fait mention que Nycole Turmel, nouvellement candidate pour le NPD, venait tout juste de résilier son adhésion vieille de cinq ans au Bloc québécois et qu'elle était encore membre de Québec solidaire. Ce qui porte à croire que cette information n'était connue ni du milieu politique ni de ses collègues néodémocrates, contrairement à ce que prétend Mme Turmel.

«Un problème civique»


Joignant sa voix à celles du Canada anglais, l'ancien chef souverainiste Bernard Landry a quant à lui déclaré, hier, que Nycole Turmel discréditait l'engagement politique et qu'elle devrait renoncer à ses fonctions, ou à tout le moins présenter des excuses. «C'est rare que je suis en harmonie avec le Canada anglais, mais je pense qu'ils ont raison. Il y a un problème civique grave», a-t-il dit, irrité par les convictions politiques en apparence contradictoires de l'ancienne leader syndicale. «Avoir des convictions totalement opposées dans deux partis indépendantistes, militer dans un parti fédéraliste puis ensuite devenir le chef de l'opposition officielle du Canada, il y a quelque chose qui ne marche pas. C'est un bien mauvais exemple pour la jeunesse.»

Ce à quoi Nycole Turmel a répondu de façon laconique sur les ondes de RDI hier soir: «Je trouve regrettable le discours de M. Landry. Je peux comprendre qu'il est vraiment déçu que le NPD [se soit] établi au Québec, qu'il n'y ait presque plus de représentants du Bloc, a-t-elle analysé. Mais le Québec nous a donné un engagement, nous a élus pour faire partie du Canada et pour travailler avec le Canada anglais, et c'est bien mon intention de le faire dans les prochaines semaines, tant et aussi longtemps que M. Layton ne sera pas de retour.»

Les explications répétitives de Mme Turmel, qui a réitéré hier jusqu'à plus soif ses convictions fédéralistes, n'ont pas convaincu le milieu politique, surtout celui du Canada anglais qui a continué de mettre en doute son passé équivoque et son refus d'expliquer un apparent conflit d'intérêts.

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Avec La Presse canadienne
33 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 5 août 2011 06 h 46

    Landry, de grâce...

    Bernard “Toto” Landry a perdu, encore une fois, une belle occasion de se la fermer. Comment peut-il juger une personne qui ne met pas tous ses oeufs dans le même panier, encourageant QS et le Bloc au cas où... tout en travaillant à faire du Canada un pays plus acceptable pour les Québécois, alors même que Harper est en train d'en faire une copie de la version ultra-conservatrice des États-Unis. En Ontario comme ailleurs au Canada, des Canadiens français ont versé leur obole au Bloc alors qu'ils militent au sein d'un parti fédéraliste pour stopper la démence autocratique de Harper. On voit des contradictions où l'on veut, pour se faire voir, bien entendu.
    Roland Berger

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 5 août 2011 07 h 11

    Hola, minute! Mme Turmel

    "Mais le Québec nous a donné un engagement, nous a élus pour faire partie du Canada et pour travailler avec le Canada anglais"
    Comme plusieurs de mes amis et parents, j'ai voté NPD afin de contrer le conservatisme de M. Harper. Comme plusieurs de vos représentants nous incitaient à le faire, d'ailleurs. Alors ne vous donnez pas un mandat que,en aucune façon, nous n'avons voulu vous donner.

    Depuis hier, d'aucuns reprochent à M. Landry d'avoir donné son opinion à ce sujet. Le débat, en démocratie, est absolument essentiel et doit permettre à tout le monde d'exprimer son opinion. Que l'on soit d'accord ou non avec cette opinion. Dès que l'on prétend qu'une personne ou une autre n'aurait dû s'exprimer,on enfreint cette règle primordiale de toute véritable démocratie: la liberté de chacun de dire ce qu'il pense. On peut s'opposer à l'opinion exprimée mais ne pas attaquer la personne pour l'avoir exprimée.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 5 août 2011 07 h 26

    @ M. Berger

    C'est bon ça M. Beger, ne pas tous mettre ses oeufs dans le même panier, un vrai message fédéraliste.

  • Sanzalure - Inscrit 5 août 2011 07 h 32

    Vraiment, il y en a qui ne comprennent rien à rien...

    Ce qui devrait se passer, c'est une union des forces de gauche contre l'union des forces de droite. La droite reste unie et la gauche se divise, encore une fois sur des niaiseries.

    Serge Grenier

  • Jean Lapointe - Abonné 5 août 2011 07 h 38

    Ce n'est pas étonnant.


    On est pour ou on est contre la souveraineté du Québec. On la veut ou on la veut pas.

    Si on la veut on agit dans l'espoir que le nombre d'appuis augmente de plus en plus et dans l'espoir que ceux et celles qui ne la veulent pas pour le moment finissent par voir que c'est souhaitable et même nécessaire.

    On ne peut la vouloir et travailler dans ce sens en votant et en se présentant pour un parti fédéraliste qui est carrément contre cette souveraineté et qui est bien déterminé à empêcher qu'elle advienne.

    Ceux et celles qui pensent travailler à faire du Canada un pays plus acceptable pour les Québécois en se joignant au NPD s'illusionnent à mon avis et ne jouent pas franc jeu. Ils entretiennent la confusion et laissent croire au reste du Canada qu'ils sont incapables de se brancher.

    Pas étonnant alors que dans le reste du Canada (le ROC) certains aient l'impression parfois que les Québécois qui se disent souverainistes font du chantage. Ce n'est pas étonnant parce que c'est ce que certains font.

    Soyons donc francs et affichons clairement nos choix et nos couleurs.

    Et à mon avis les députés québécois du NPD qui sont franchement souverai nistes devraient se retirer de ce parti s'ils veulent être logiques avec eux-mêmes, s'ils veulent être cohérents.

    Je suis évidemment prêt à prendre connaissance très attentivement des objections que certains pourraient apporter à cette façon de voir les choses.