Conférence du désarmement - Le Canada dénonce Pyongyang en boycottant l'ONU

Ottawa — Ce n'est peut-être qu'un symbole, mais le gouvernement conservateur y tenait. Le Canada s'est retiré temporairement hier de la Conférence du désarmement de l'ONU pour protester contre l'arrivée à la présidence de... la Corée du Nord. Ottawa invite l'ONU à revoir ses procédures, au risque d'y perdre sa crédibilité.

«Bien qu'il ne s'écoulera que sept semaines entre le 28 juin [date de l'arrivée de la Corée du Nord à la présidence] et le 19 août, nous sentions qu'il était important de prendre position. Nous pensons que de donner la présidence du désarmement à la Corée du Nord est absurde», a indiqué hier le ministre des Affaires étrangères, John Baird. «Il y a beaucoup de symbolisme» dans cette décision, a reconnu le ministre.

La Conférence n'est pas un événement, contrairement à ce que son nom laisse croire, mais plutôt une instance permanente de l'ONU basée à Genève qui a vu le jour en 1979. Elle a fait adopter plusieurs traités significatifs, dont le Traité de non-prolifération des armées nucléaires (dont s'est retirée la Corée du Nord en 2003). La conférence est toutefois réputée être au point mort depuis de nombreuses années.

La présidence est occupée à tour de rôle, par ordre alphabétique, par chacun des 65 pays membres et dure quatre semaines. Le bureau de M. Baird n'a pas expliqué d'où venait cette durée de sept semaines évoquée. Aucun autre pays ne s'est retiré de la conférence. Hier, la porte-parole de la Maison-Blanche, Victoria Nuland, a indiqué qu'elle n'emboîterait pas le pas à Ottawa. «Nous avons choisi de ne pas en faire tout un plat parce que c'est un événement relativement sans conséquence.»

Justement, le ministre Baird veut les changer. «Nous chercherons à changer les règles de cette présidence alternée.» D'autant plus que le tour de l'Iran viendra bientôt, dans 12 rotations. M. Baird fait valoir que ces pays, «les pires délinquants» en matière de respect des règles internationales sur la non-prolifération nucléaire, ne devraient pas avoir le droit de présider l'entité chargée de discuter de cette non-prolifération.

Charles-Philippe David, de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, qualifie lui aussi cette présidence d'«absurde». Mais il note aussi que la Conférence du désarmement est «un forum qui a extraordinairement peu d'influence, de pouvoir et de résultat», ce qui explique peut-être cette «négligence». Il ne croit pas à l'argument voulant qu'il est toujours mieux de faire de la place à son ennemi, plutôt que de l'isoler, puisque des négociations bien plus sérieuses que cette présidence ont eu lieu en vain avec le régime nord-coréen.

Les partis d'opposition ne partagent pas cet avis. Selon le critique néodémocrate en matière d'affaires étrangères, Paul Dewar, le gouvernement conservateur sombre dans «la démagogie». «On parle d'une présidence qui dure à peine quatre semaines. Alors, je ne vois pas du tout ce que le gouvernement accomplira en se retirant des travaux.» Il note que c'est devenu la marque de commerce des conservateurs à l'ONU d'adopter des positions rigides, tantôt se retirant de la conférence sur le racisme, tantôt boycottant la session d'ouverture pour célébrer plutôt le retour de Tim Horton en sol canadien, mais ne proposant jamais de solution.

Paul Dewar se demande si toutes ces positions ne s'inscrivent pas dans un plus vaste plan de sape de la crédibilité de l'ONU. Il note que Michael Taube, un ancien rédacteur de discours de M. Harper, signait samedi un texte dans les pages du quotidien Ottawa Citizen invitant le Canada à se retirer de l'ONU, notamment à cause de cette présidence nord-coréenne, pour fonder une nouvelle «Ligue des démocraties».

«Le premier ministre devrait passer à la prochaine étape de cette importante évolution et encourager les démocraties occidentales à cesser de perdre temps, énergie et ressources sur cette ONU déplorable.»

Du côté libéral, le critique Dominic Leblanc qualifie de «déplorable» la présidence nord-coréenne, mais il note que, «en se retirant de la conférence, le Canada se dégage de ses responsabilités d'agir et d'être entendu sur des enjeux importants comme la non-prolifération nucléaire».

Une conférence sans impact

Le ministre a refusé par ailleurs de critiquer le représentant canadien à cette conférence, Marius Grinius, qui n'a pas dénoncé le changement de garde dans son discours prononcé le 28 juin. Dans ce discours soulignant son départ, M. Grinius a déclaré: «Il est approprié que mes derniers commentaires à la séance plénière se fassent sous votre présidence. Avant d'être en poste à Genève, j'ai eu le privilège d'être ambassadeur en République de Corée et d'assumer la double responsabilité pour la République populaire démocratique de Corée.» Certains journalistes y ont lu un endossement de Pyongyang. M. Grinius y allait d'une critique à fond de train de la conférence, qui «est sur respirateur artificiel parce qu'il n'est plus le forum exclusif de négociation. En fait, il ne négocie rien et n'a rien négocié depuis fort longtemps.»
5 commentaires
  • northernbud - Inscrit 12 juillet 2011 09 h 16

    Venant de Harper...

    Il n'en est pas à une contradiction près. Et francehement, j'hésite à me positionner ici. On sait très bien que le type va tout faire pour tenter de discréditer l'ONU au risque de faire passer le pays pour retardé, comme il l'a fait avant. Mais dans ce cas-ci, je dois avouer que de mettre un État voyou comme la Corée du Nord en tête de cette conférence c'est pas fort. Autant donner les clés d'un magasin de bonbons à une gang d'obèses affamés...

  • SusanK - Inscrit 12 juillet 2011 13 h 10

    Bravo Harper!

    L'ONU a des grands problèmes de crédibilité lorsque l'Iran est élu à la Commission des droits de la personne, Cuba, l'Arabie Saoudite etc.

    Ça fait longtemps que cet organisme aurait dû être démantelé car leurs décisions sont prises en tenant compte de leurs liens économiques avec les autres pays membres, donc aucune possibilité d'impartialité.

  • Roland Berger - Inscrit 12 juillet 2011 13 h 35

    Des vacances pour Baird ?

    Peut-être que, tout simplement, Baird avait décidé de prendre des vacances sous d'autres cieux, et que personne d'autre voulait se taper le voyage en Corée du Nord. Le saura-t-on jamais ?
    Roland Berger

  • Michel Habib - Inscrit 12 juillet 2011 17 h 30

    Bravo!

    Oui bravo M. Harper!! Il est conséquent notre premier ministre. Il faut du cran, des principes auxquels il croit et un courage solide pour poser un geste...même s'il est seul à le faire! Ca devient difficile à supporter de voir des politicien irrésolus, changeants à tout vent d'idée et dont je doute de leur sincérité lorsqu'ils affirement croire en quelqe chose. On peut d'Aoocrd ou pas avec M. Harper, mais je suis fière qu'on ai un homme comme lui pour diriger le pays. Il sait suivre des alliés mais il est aussi capable de s'en distancer quand il le juge nécessaire.

  • Kebekwa - Inscrit 12 juillet 2011 20 h 00

    Et Israël?

    Doit-on conclure que le Canada, qui "agit par principes", boycottera la Conférence quand le tour viendra pour Israël de la présider?

    Comme dirait Molière, "Not a fat chance!"