Le Canada en Afghanistan - Point final à neuf ans de combats

Le gouverneur du district de Panjwaii, Haji Faluddin Agha, a fait cadeau d’un tapis au brigadier-général canadien Dean Milner (à gauche), au cours de la cérémonie qui a marqué hier la fin de la mission de combat canadienne dans la province de Kandahar, en Afghanistan.<br />
Photo: Agence Reuters Baz Ratner Le gouverneur du district de Panjwaii, Haji Faluddin Agha, a fait cadeau d’un tapis au brigadier-général canadien Dean Milner (à gauche), au cours de la cérémonie qui a marqué hier la fin de la mission de combat canadienne dans la province de Kandahar, en Afghanistan.

Ma 'sum Ghar, Afghanistan — La mission de combat des soldats canadiens en Afghanistan s'est terminée officiellement hier alors que des militaires du Royal 22e Régiment ont remis aux Forces américaines le territoire qu'ils ont arpenté dans la province de Kandahar.

La responsabilité canadienne du district de Panjwaii, dans l'ouest du pays, se poursuivra cependant plusieurs jours encore d'un point de vue juridique, mais le brigadier-général canadien Dean Milner commandera dorénavant des troupes de combat américaines.

Presque tous les militaires canadiens ont quitté le champ de bataille à Kandahar, sauf quelques soldats qui devraient demeurer dans la région afin de donner un coup de main à des collègues américains.

Depuis le début de la mission en 2002, 157 soldats canadiens ont trouvé la mort en Afghanistan, tandis que 600 autres ont été blessés. Le caporal-chef Francis Roy est la plus récente victime. L'homme de 32 ans est décédé des suites de blessures non liées au combat, la semaine dernière. Ses funérailles auront lieu aujourd'hui à Saint-Joseph de Lepage dans le Bas-Saint-Laurent.

La journaliste du Calgary Herald Michelle Lang, le diplomate Glyn Berry, qui était le directeur politique de l'Équipe de reconstruction provinciale du Canada à Kandahar, ainsi que deux travailleuses humanitaires ont aussi perdu la vie durant cette mission.

«Ça ressemble à une guerre»

Pendant plus de cinq ans, le Canada a fait la guerre en sol afghan, mais les politiciens, les diplomates et les fonctionnaires ont systématiquement évité d'utiliser ce mot lourd de sens pour décrire ce qui se passait là-bas, surtout au début, lorsque l'ancien ministre canadien de la Défense Gordon O'Connor avait été critiqué pour avoir refusé de parler de guerre.

«Les avocats vous diront que vous ne pouvez pas appeler ça une guerre, mais c'est un conflit armé, a déclaré le chef d'état-major de la Défense, le général Walt Natynczyk, dans une récente entrevue à La Presse canadienne. Pour les jeunes soldats, marins et pilotes, ça ressemble à une guerre parce qu'il y a des gens qui leur tirent dessus.»

En 2008, le Parlement avait voté la fin de la mission de combat canadienne en Afghanistan, qui devait ainsi se terminer en juillet 2011. Le gouvernement conservateur a depuis annoncé que 950 militaires canadiens et employés de soutien allaient demeurer à Kandahar jusqu'en 2014 afin de former des soldats afghans.

La cérémonie visant à souligner le transfert des pouvoirs s'est déroulée près de la base de Ma'sum Ghar, où les Canadiens ont livré leurs premiers combats en Afghanistan.

Si Kandahar était un traumatisme national, cette base en serait le coeur, elle qui est devenue un symbole de la lutte du Canada en sol afghan, a affirmé le lieutenant-colonel Michel-Henri Saint-Louis, qui dirige depuis 2009 le 1er bataillon du Royal 22e Régiment de Valcartier.

Le lieutenant-colonel a raconté qu'il existait des lieux semblables pour de nombreux conflits durant lesquels les soldats canadiens s'étaient battus. «Ma'sum Ghar est symbolique, a été au centre de notre déploiement, et témoin de beaucoup de nos sacrifices», a-t-il indiqué.

Les militaires canadiens ont chassé les insurgés de l'endroit en 2006 à la suite de dures batailles dans les districts de Panjwaii et Zharey.

Ma'sum Ghar a ensuite été utilisée comme point de départ pour les affrontements de l'automne 2006, connus sous le nom d'opération Méduse, devenant bientôt une base active qui a nourri la guerre contre l'insurrection.

La plupart des opérations de combat importantes du Canada dans la région sont parties de Ma'sum Ghar, une cible populaire pour les roquettes et les mortiers de l'ennemi. Les attaques étaient si fréquentes que les soldats ont érigé il y a quelques années une pancarte pour indiquer le nombre de jours sans assaut.

La base accueille maintenant des troupes de l'Armée nationale afghane (ANA) que les militaires du Canada ont formées et guidées tout au long du conflit.

Le brigadier-général Ahmad Habibi, qui commande la 1re Brigade du 205e Corps de l'ANA, n'a que des éloges à faire au sujet des Canadiens, soutenant que le peuple afghan se souviendra d'eux pour toujours parce qu'ils avaient aidé leur pays.

C'est la première fois depuis sa création que l'armée canadienne se retire d'un conflit avant qu'il soit terminé.

Le lieutenant-colonel Steve Miller, qui dirige le 3e Bataillon du 21e Régiment d'infanterie de l'armée américaine, a déclaré qu'il héritait d'une région beaucoup plus tranquille qu'il le croyait. «Nous nous attendions à ce que ce champ de bataille soit plus animé qu'il l'a été durant les 30 derniers jours, a-t-il révélé. Cette zone n'a pas connu la recrudescence de la violence qui s'y produit habituellement durant le printemps après la récolte du pavot.» Selon le lieutenant-colonel Miller, le Royal 22e Régiment est largement responsable de cette accalmie, lui qui a découvert d'importantes caches d'armes lourdes depuis six mois.

Sixième contributeur de la force de l'OTAN en Afghanistan (ISAF), derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Italie, le Canada est jusqu'ici le pays le plus important à retirer l'ensemble de ses troupes de combat, bien avant le terme prévu de la mission de combat de l'OTAN, fin 2014. L'OTAN prévoit avoir progressivement transmis à cette date aux forces afghanes la responsabilité de la sécurité de l'ensemble du territoire, un processus qui doit commencer cet été.

À l'été 2010, après quatre ans de présence en Afghanistan, les Pays-Bas avaient déjà retiré leurs 1950 soldats, remplacés par 545 policiers néerlandais chargés de former la police afghane. Washington a de son côté annoncé en juin le retrait d'ici fin 2012 du tiers de ses forces déployées en Afghanistan, soit 33 000 hommes, la totalité des renforts envoyés depuis fin 2009. Paris, Londres et Bruxelles lui ont immédiatement emboîté le pas en annonçant un début de retrait plus ou moins important, alors que la guerre devient de plus en plus impopulaire dans les pays fournisseurs de troupes.

«Ce n'est pas terminé avant que tout soit fini. Quand vous passez le témoin, dans une course de relais, vous ne ralentissez pas», a expliqué à l'AFP le chef adjoint de la force opérationnelle canadienne, le colonel Richard Giguère, aux derniers jours de présence canadienne. Le colonel Giguère s'est dit «fier de ce que les Canadiens ont accompli» dans la province de Kandahar, l'une des zones les plus meurtrières du conflit.

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Avec l'AFP
21 commentaires
  • basque - Inscrit 6 juillet 2011 04 h 15

    Les Canadiens en Afgahnistan

    Bravo,les Canadiens.Revenez dans votre beau pays.Vous avez fait là-bas ce qu'il fallait.Maintenant aux autres armées de se retirer,car nous n'avons rien à faire dans ce pays ennemi.Et quelle économie...qui se traduira je pense par des dépenses utiles pour certains Canadiens qui en ont bien besoin. Une pensée émue pour ceux qui ont laissé leur vie en terre hostile.Hélàs...

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 6 juillet 2011 06 h 48

    Une trentaine de Québécois en sont morts

    C'est 5 fois plus que toutes les bombes du FLQ dans les années 60.

  • ysengrimus - Inscrit 6 juillet 2011 07 h 18

    Du meurtre à gros tarif...

    Onze milliards de dollars flaubés dans ça. 157 morts canadiennes. J'aimerais maintenant qu'on ait la décence de nous signaler le nombre d'Afghans assassinés. On paurrait alors faire la division et calculer le prix pharaonique d'un meurtre impérialiste sous la glorieuse feuille d'érable... Vraiment, indubitablement, du meurtre à gros tarif...
    Paul Laurendeau

  • Yves Petit - Inscrit 6 juillet 2011 07 h 21

    expérience valable

    L'expérience canadienne en Afghanistan aura au moins permis à nos militaires de prendre de l'expérience de combat. Cela leur aurait été utile au Rwanda alors qu'ils se sont contentés de se terrer pendant que les Rwandais et les soldats belges se faisaient massacrés.

    Quant à leur utilité en Afghanistan, c'est complétement nul, tout comme celles des autres militaires occidentaux. Aussitôt partis, les Talibans réoccuperont le terrain, car le pantin Karzai mis en place par les Américains n'a pas d'emprise sur son pays.

  • François Dugal - Inscrit 6 juillet 2011 07 h 55

    Neuf ans

    Neuf ans et 160 morts pour rien.
    On ne peut gagner une guerre contre une armée habillée comme la population.