Énergie atomique Canada - «On se demande comment le travail sera fait»

Ottawa — C'est ce matin que les employés d'Énergie atomique du Canada seront fixés sur leur avenir. Ils rencontreront leur nouvel employeur, SNC-Lavalin, qui doit leur faire part de ses intentions en matière d'effectifs. Entre 800 et 900 emplois spécialisés seront abolis.

Mercredi dernier, Ottawa a annoncé qu'il cédait à la québécoise SNC-Lavalin, pour une somme pouvant atteindre 15 millions de dollars, la division des réacteurs CANDU d'Énergie atomique du Canada Ltée (EACL). Cette division compte 2000 des 5000 employés d'EACL. Mais voilà: SNC-Lavalin, elle, dit n'acquérir que 1200 employés.

«Nous sommes très perplexes», explique en entrevue Michael Ivanco, le vice-président de la Société des ingénieurs professionnels et associés, le syndicat représentant les scientifiques d'EACL. «Nous avons à l'heure actuelle environ 1200 membres: des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens. On nous a dit qu'on en perdra 450. C'est-à-dire que nous fournirons 450 des 900 emplois qui seront abolis.» Selon M. Ivanco, les 450 autres emplois éliminés le seront parmi les gestionnaires (150), les employés de soutien non syndiqués (250) et les dessinateurs techniques (40).

«Ce n'est pas comme si en ce moment nous avions 450 personnes qui sont là à ne rien faire!», ajoute M. Ivanco. La fin imminente de certains projets de mise à niveau de réacteur allait se traduire par la perte de «quelques centaines d'emplois», reconnaît-il, mais pas 900. Il explique que la division des réacteurs CANDU travaille sur une multitude de petits projets d'entretien pour des sociétés publiques comme Hydro-Québec, Énergie Nouveau-Brunswick ou encore Ontario Power Generation. «On se demande comment le travail sera fait.»

Car, selon le vice-président du syndicat, l'accident nucléaire au Japon a eu un effet bénéfique sur l'industrie nucléaire: les opérateurs de réacteurs pèchent par excès de prudence et devancent certains travaux. «Ironiquement, depuis les événements au Japon, il y a plusieurs entreprises de services publics qui nous approchent et disent: "Vous savez, cette étude sur la sécurité qu'on ne voulait pas faire faire l'année dernière? On veut la faire maintenant." Elles craignent que les autorités réglementaires leur posent des questions difficiles dans la foulée de ces événements et elles veulent être prêtes. Nous sommes les concepteurs, alors c'est nous qui ferions ce travail.»

SNC-Lavalin n'a pas commenté autrement que pour dire qu'elle se portait acquéreuse de 1200 employés. Ce matin, une séance d'échange entre l'entreprise et les employés d'EACL aura lieu aux bureaux de la société de la Couronne, à Mississauga. On s'attend à ce que les plans et la vision de l'acquéreur soient dévoilés à cette occasion. Après quoi les dirigeants de SNC-Lavalin rencontreront en réunion restreinte les leaders syndicaux.

«Je veux savoir comment ils pensent pouvoir s'acquitter du travail que nous nous sommes engagés à faire et je veux m'assurer qu'ils garderont les employés vitaux», conclut M. Ivanco.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 5 juillet 2011 08 h 33

    Un projet pour le soutien à l’emploi ???

    Dans le dernier budget fédéral, il y avait des dépenses, de près de 500 millions de dollars planifiées pour l’exercice financier 2010-2011 et allouées pour des projets de soutien à l’emploi. Le plus gros projet de cette liste (364 millions de dollars, près des deux tiers de ce montant total budgété) était d’appuyer Énergie Atomique Canada. Voir la section 4.1 dans le budget du 6 juin.

    Une grande partie de cette dépense reflète simplement la perte aux livres provenant de la vente à SNC Lavalin d’une partie des opérations d’Énergie atomique Canada.

    Pour ce qui est de l’objectif de soutenir l’emploi, il faudra espérer que SNC Lavalin relance fortement les opérations dont il s’est porté acquéreur. Ce qui est très incertain. Par contre ce qui est certain, c’est qu’à court terme cette transaction impliquera des pertes d’emplois.