Congrès du NPD - La porte reste ouverte aux libéraux

Le chef du NPD, Jack Layton, s’adressant aux membres du parti à la fin du 50e congrès tenu à Vancouver durant la fin de semaine.
Photo: Agence Reuters Ben Nelms Le chef du NPD, Jack Layton, s’adressant aux membres du parti à la fin du 50e congrès tenu à Vancouver durant la fin de semaine.

Le Devoir à Vancouver - Le NPD a choisi hier de garder ouverte la porte à une éventuelle fusion avec le Parti libéral du Canada (PLC), au terme d'un congrès plutôt consensuel où la délicate question de l'identité «socialiste» du parti a été renvoyée aux calendes grecques. Pas de discussion: pas de division.

Les délégués présents au Centre des congrès de Vancouver ont donc rejeté en après-midi une résolution indiquant que le «NPD refuse de participer à toute discussion que ce soit sur une éventuelle fusion avec le PLC».

Le vote semblait serré. Sur le parquet, impossible de déterminer à l'oeil l'écart des voix. Le président de l'assemblée a dû demander un comptage individuel des voix pour confirmer la victoire des partisans du dialogue (645 contre 460).

Les délégués n'ont pas débattu longtemps de la motion, passant au vote après six interventions. Les députés Carol Hughes (Ontario) et Peter Stoffer (Nouvelle-Écosse) ont mené la charge en faveur du rejet de la motion. «Fermer la porte aux libéraux serait une erreur stratégique sérieuse», a indiqué M. Stoffer.

Selon Jack Layton, dont le leadership a été approuvé par 97,9 % des délégués, il n'y a toutefois «aucune proposition sur la table». Il s'agirait de laisser la porte ouverte, sans plus. Observateur des libéraux au congrès, Stéphane Dion a lui aussi indiqué que la question n'était pas à l'ordre du jour, même si Bob Rae l'a soulevée au lendemain des élections.

Outre ce dossier, c'est la décision des délégués de ne pas discuter de l'identification du NPD au mouvement socialiste qui a volé la vedette de la dernière journée du congrès.

Une résolution proposait en effet de modifier le préambule de la constitution du parti pour remplacer une référence aux «principes socialistes démocratiques» par l'expression «principes socio-démocrates».

Si le changement était d'ordre cosmétique pour certains, d'autres estimaient au contraire qu'il en allait de l'identité même du parti. Le geste a aussi été perçu comme une façon de recentrer le message politique du NPD, qui aspire maintenant ouvertement au pouvoir.

Or, l'exécutif du parti s'est assuré que la question ne soit pas discutée à fond. Le débat sur cette résolution avait à peine commencé que le nouveau président du parti, Brian Topp, s'est présenté au micro pour demander que la question soit renvoyée devant les instances du parti. Le conseil fédéral décidera après consultations si la motion sera débattue lors du prochain congrès, dans deux ans.

Si bref fût-il, le débat a été animé. «Tommy Douglas dirait non! non! non!», a lancé un délégué ulcéré par l'idée que le NPD renie ses origines. «C'est mettre de l'eau de Javel sur nos principes». Un autre délégué de Calgary a répliqué que la résolution ne changeait rien aux valeurs du parti. «C'est à propos du message, du choix des mots que nous utiliserons pour dialoguer avec les Canadiens dans les quatre prochaines années», a-t-il dit.

Devant les médias, Jack Layton a refusé de se décrire comme un «socialiste» — une étiquette dont l'affublent quotidiennement les conservateurs.

«Je n'utilise pas ces termes, a-t-il dit. Je préfère parler des enjeux. En 30 ans de vie publique, pratiquement personne ne m'a jamais parlé de ce type d'étiquette. On me parle de santé, d'environnement, d'économie, de valeurs. Les étiquettes n'aident pas à la compréhension.»

M. Layton a dit trouver «sain» le report des débats autour de cette question. «Les gens veulent en discuter plus longuement, il n'y avait pas d'urgence.»

Division?


Observateur désigné des conservateurs, le ministre James Moore a perçu «beaucoup de divisions» au sein des troupes néodémocrates. «Ils sont divisés sur la Libye [une résolution devant approuver la décision du NPD de soutenir la participation canadienne à la mission de l'OTAN n'a pas été discutée], ils sont divisés sur une fusion avec le PLC, et surtout sur leur identité de socialistes. C'est un parti qui est arrivé unifié et qui repart divisé. Les délégués n'étaient pas prêts à discuter de ces questions difficiles, comme nous l'avons fait en 2003.»

Selon M. Moore, cela prouve que le NPD reste un «parti idéologique de gauche plutôt qu'un véritable parti national capable de proposer une alternative au gouvernement».

Jack Layton a trouvé «ridicule» cette analyse évoquant une crise identitaire au NPD. «On discute de la modernisation du langage. Il n'y a aucun désaccord sur nos valeurs», a-t-il affirmé.

De fait, le congrès n'a pas été le lieu d'expression de divergences profondes. Dans les corridors et sur l'immense terrasse du centre des congrès, les délégués aspiraient davantage à goûter la «victoire» du 2 mai qu'à lancer des débats sur des virgules. Avec ses 103 sièges et son statut d'opposition officielle, le NPD estime tenir la preuve que son message passe bien et qu'un changement de direction n'est pas nécessaire.

C'est d'ailleurs le message que Jack Layton a propagé toute la fin de semaine, en rappelant à de nombreuses reprises qu'il n'y avait pas lieu «de changer ce qui a fonctionné si bien et qui nous a menés là où nous sommes aujourd'hui».

Le chef néodémocrate a notamment défendu les liens unissant le NPD aux organisations syndicales, rejetant l'idée que la quête du parti pour se positionner comme «gouvernement en attente» — des chandails et des autocollants affichant ce slogan ont été distribués — passe par un certain affranchissement syndical.

Au final, près d'une quarantaine des quelque 70 résolutions au programme ont eu le temps d'être adoptées. Trois des quatre résolutions provenant du Québec sont du nombre (économie numérique et éducation postsecondaire, soutien à Radio-Canada). Les questions de la fusion avec le PLC et du socialisme ont été les deux seules à susciter des débats animés.

Les députés néodémocrates — recrues et vétérans — ont été actifs au micro toute la fin de semaine, mais le temps de parole avec les délégués a semblé bien partagé dans l'ensemble.

Dans son discours de clôture, Jack Layton a souligné que le travail à faire pour arriver à former un gouvernement néodémocrate serait important. «Le plus gros est devant nous, a-t-il dit. Nous devons développer de nouvelles idées pour les familles, continuer à construire notre organisation et augmenter notre financement pour concurrencer les poches profondes du Parti conservateur.»

Samedi, le directeur national du parti, Brad Lavigne, avait affirmé que «la prochaine campagne électorale débute dès maintenant».

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Autour du congrès

  • Le nouveau président du NPD, Brian Topp, a affirmé samedi que l'épisode de la coalition PLC-NPD-Bloc québécois en 2008 avait eu un impact positif sur l'image de Jack Layton. «Ç'a montré aux Canadiens qu'il était une figure nationale, et qu'il pouvait apporter des solutions aux problèmes et contribuer à ce que tout le monde travaille ensemble, a indiqué M. Topp, un stratège parfaitement bilingue. Ça n'a pas été populaire partout au pays, mais certainement au Québec — les résultats du 2 mai le montrent bien.»
  • Thomas Mulcair s'est fait discret lors du congrès, ne prenant pas la parole sur le parquet, alors que Libby Davies, l'autre chef adjoint du parti, s'est présentée au micro à quelques reprises pour défendre des résolutions. M. Mulcair a prononcé un discours sur la percée du NPD au Québec samedi soir.
  • Le NPD entend «utiliser tous les moyens parlementaires» à sa disposition pour retarder l'adoption d'une loi spéciale forçant un retour au travail chez Postes Canada. Les troupes de Jack Layton feront de l'obstruction systématique pour défendre ce dossier qu'ils considèrent comme représentatif du danger qui guette tous les régimes de retraite au Canada.
  • Environ 11 % des 1500 délégués présents à Vancouver provenaient du Québec, et «ce n'est pas suffisant», selon Jack Layton. «On doit continuer de bâtir notre équipe au Québec, c'est une grande priorité», a-t-il dit samedi. Le NPD compte 40 associations de circonscriptions actives au Québec. Plusieurs ont mentionné durant la fin de semaine que la solidification des appuis du NPD au Québec représentait un défi aussi urgent qu'important.
  • Jack Layton utilise encore sa «canne magique» pour se déplacer, mais il danse très bien sans son aide. Samedi soir, le chef néodémocrate a ainsi animé le plancher de danse du party du NPD, se déplaçant avec une bonne aisance sur la surface de bois... Cela dit, le nom de M. Layton était partout à l'intérieur du Centre des congrès, plus gros toujours que les trois lettres «NPD».
  • Une des premières «résolutions» adoptées vendredi concernait... le parfum. Un délégué s'est emparé du micro dès le début des échanges pour dire que l'eau de Cologne et les autres effluves parfumés qu'il pouvait sentir sur le parquet le «rendaient malade». Il fut dès lors décidé que les 1500 délégués et journalistes devraient s'abstenir de se parfumer, sous peine de ne pas être admis dans la salle.

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