Budget Flaherty - Priorité: réduire la taille de l'État fédéral

Jim Flaherty livrant aux Communes la copie presque conforme du budget de mars dernier.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Jim Flaherty livrant aux Communes la copie presque conforme du budget de mars dernier.
La redondance du document déposé hier a permis de mettre en lumière un aspect du budget de mars passé presque inaperçu à l'époque. Le gouvernement conservateur promet de retrancher de manière récurrente 4 milliards de dollars de ses dépenses de fonctionnement (80 milliards), soit 5 % du total. L'effort est considérable et permettrait, s'il était couronné de succès, de rééquilibrer les finances publiques une année plus tôt que prévu. Mais comme les programmes qui passeront à la trappe ne sont pas encore choisis, le ministère des Finances ne prend pas ces compressions en compte dans le calcul du solde budgétaire.

«Est-ce faisable? C'est absolument faisable», a déclaré le ministre Jim Flaherty en conférence de presse. Le ministre insiste sur le fait que les fonctionnaires qui devront suggérer les dépenses à abolir n'auront pas le luxe d'échouer. «Cet exercice est un peu différent des précédents. C'est le premier ministre et le gouvernement qui décident que ces 5 % de dépenses doivent être trouvés.»

Le ministre soutient que ces réductions «seront relativement modestes et modérées». Il se garde bien de rappeler qu'elles s'ajouteront à d'autres déjà appliquées ou en voie de l'être. Ainsi, les quatre examens stratégiques annuels menés par le gouvernement conservateur depuis 2007 devront retrancher de manière récurrente 1,8 milliard des dépenses fédérales. Les conservateurs ont aussi imposé aux ministères un gel des budgets, malgré l'inflation, la croissance démographique et des hausses salariales consenties aux fonctionnaires totalisant 2 milliards par année. Au total, ce sont donc 7,8 milliards de dollars (ou 10 %) qui devront être retranchés des dépenses d'Ottawa.

Le chef du NPD, Jack Layton, estime d'ailleurs que le gouvernement «manque de transparence» dans ce dossier. «Le gouvernement dit qu'il va couper, mais il ne dit pas où parce qu'il sait que ce sera impopulaire», a-t-il dit.

Les néodémocrates vont déposer un amendement au budget en espérant que le gouvernement consentira à modifier son document, mais, au sein du parti, on ne se fait pas trop d'illusions. L'amendement abordera les thèmes de la santé, de la création d'emplois et de la «sécurité des retraites», trois axes «faibles» du budget, selon le NPD. «Il y a encore de l'argent pour les banques et les pétrolières, mais rien pour favoriser la création d'emplois au Canada», a dit Jack Layton.

Prévisions identiques

Les prévisions économiques d'Ottawa restent essentiellement les mêmes que celles énoncées en mars dernier. Le solde budgétaire d'Ottawa s'améliore de 4,3 milliards en 2010-2011, passant d'un déficit de 40,5 à 36,2 milliards. Cela en raison d'un niveau moins élevé de dépenses à la Défense nationale (900 millions) et à Agriculture Canada, de même que le report à l'année prochaine de certains programmes de relance économique. Le déficit sera toutefois un peu plus élevé en 2011-2012, de 2,7 milliards, notamment à cause de l'argent mis de côté pour le Québec. L'équilibre budgétaire est encore prévu pour 2015-2016, à moins que les compressions ne se matérialisent, auquel cas cela ramènerait le déficit à zéro un an plus tôt.

Comme promis, le gouvernement conservateur abolira sur quatre ans, à raison de 0,51 $ par année, la subvention de 2,04 $ par vote obtenu que touchent les partis politiques. La réduction commencera le 1er avril 2012 et sera totale juste à temps pour la prochaine élection générale.

Tous les partis politiques ont affirmé que cette décision n'était pas une surprise et qu'il faudrait donc s'adapter. «Le train a quitté la gare il y a un bon moment déjà», a lancé le chef par intérim du Parti libéral du Canada, Bob Rae. «On ramasse déjà six millions par années en dons et il faudra continuer à s'améliorer», a-t-il ajouté. Pour le reste, le PLC estime que le budget du gouvernement «n'est pas crédible». «On nous dit qu'on va équilibrer le budget grâce à des compressions qu'on refuse de chiffrer. C'est de la pensée magique.»

Tous les programmes prévus dans le précédent budget sont de retour. Ainsi, la nouvelle prestation complémentaire destinée aux aînés à très faible revenu de 300 millions est maintenue. Les personnes âgées ayant peu ou pas de revenus autonomes pourront toucher jusqu'à 600 $ de plus par année ou 840 $ dans le cas d'un couple.

Le crédit d'impôt pour aidants naturels, d'une valeur maximale de 300 $ par année, est maintenu aussi. Il n'est toujours pas question d'un congé financé à même la caisse d'assurance-emploi comme pour les congés de maternité. Cette mesure entrera en vigueur en 2012 et coûtera 160 millions par année.

De retour aussi le coûteux crédit d'impôt pour les activités artistiques des enfants d'une valeur maximale de 75 $ par année, par enfant. Facture totale pour Ottawa: 100 millions par année.

Les pompiers volontaires, qui ont fait l'objet de promesses électorales d'à peu près tous les partis en campagne électorale, toucheront leur crédit d'impôt d'une valeur maximale de 450 $ s'ils effectuent au moins 200 heures de travail par année. Coût: 15 millions par année.

Le Bloc québécois votera quant à lui en faveur du budget, en raison des 2,2 milliards de dollars accordés au Québec pour l'harmonisation des taxes de vente. «On a mené une bataille pendant un an pour avoir ça, alors on va être cohérent, puisque ça va dans les intérêts du Québec», a affirmé le chef parlementaire par intérim, Louis Plamondon. Il en a profité pour envoyer une flèche au NPD. «Je suis étonné que le NPD s'oppose à quelque chose qui va dans les intérêts du Québec, alors que son caucus est majoritairement du Québec», a-t-il lâché.

Selon le Bloc, l'inclusion des 2,2 milliards de dollars montre que cela aurait aussi pu être fait dans le précédent budget, déposé en mars. «On voit que ce gouvernement voulait des élections», a dit M. Plamondon.  

À voir en vidéo