Rapport de l'organisme ICOS - Des succès militaires, mais la guerre n'est pas gagnée

Deux jeunes Afghans sont abordés par une patrouille canadienne près du village de Zangabad.
Photo: Alec Castonguay Le Devoir Deux jeunes Afghans sont abordés par une patrouille canadienne près du village de Zangabad.

L'arrivée massive de 40 000 soldats américains en Afghanistan depuis 12 à 18 mois, dont près de 20 000 seulement dans la province de Kandahar, a complètement changé la dynamique sur le terrain, soutient une nouvelle étude de l'organisme non gouvernemental très respecté The International Council on Security and Development, basé à Londres. Le succès militaire est au rendez-vous, mais la bataille n'est pas gagnée pour autant, prévient l'organisme.

The International Council on Security and Development (ICOS) a mené une recherche en avril et mai dernier auprès de 1500 Afghans dans 13 districts, autant dans le nord que dans le sud de l'Afghanistan. «L'arrivée massive des troupes américaines a amené un succès militaire sans équivoque, alors que la majorité des Afghans interrogés pensent maintenant que les forces internationales et afghanes sont en train de remporter la guerre contre les talibans. Par contre, ce succès militaire a aussi causé un retour de flamme dans certaines régions du Sud, rendant la victoire sur les "coeurs et les esprits" plus difficile», écrit l'organisme dans son rapport annuel.

L'OTAN n'a pas encore réussi à bien expliquer aux habitants ses objectifs et est perçue comme étant insensible à la culture locale. En revanche, «la campagne psychologique des talibans a permis de convaincre plusieurs Afghans que leur cause est encore valable», peut-on lire. Une situation particulièrement visible dans le Sud, alors que le Nord reste un endroit hostile aux talibans.

Les projets de développement sont encore trop peu nombreux, affirme ICOS, ce qui ralentit l'adhésion des Afghans à la cause de la coalition et du gouvernement afghan. «Les gains sur le champ de bataille sont menacés par un manque d'efforts sur le plan de l'aide au développement, de la gouvernance et de la lutte contre les narcotiques», peut-on lire.

Le mouvement taliban encore fort dans le Sud

Dans ses recherches, ICOS a interrogé des Afghans dans les cinq gros districts de la province de Kandahar, soit Panjwaii (où sont les soldats canadiens), Arghandab, Zhari, Maywand et la ville de Kandahar, des districts sous la responsabilité des soldats américains.

Dans Panjwaii, le coeur du mouvement taliban, 48 % des Afghans pensent que les forces internationales et afghanes sont en train de gagner la guerre, contre 32 % qui pensent le contraire. C'est le district le plus sceptique de la province. Dans Zhari, Maywand et Arghandab, plus de 50 % des répondants pensent que l'OTAN domine. Les chiffres étaient beaucoup plus faibles il y a un an.

Est-ce à dire que le mouvement taliban est discrédité? Pas nécessairement. Si dans le nord du pays 83 % des répondants estiment que c'est mal de travailler pour les talibans, à peine 32 % des répondants dans le Sud (qui englobe plusieurs provinces volatiles, pas seulement Kandahar) pensent la même chose. Ils sont 42 % dans le Sud à dire que c'est légitime de travailler pour les talibans, alors que 27 % ne savent pas.

L'intimidation est courante de la part des talibans, alors que 38 % des répondants du Sud affirment suivre les ordres des talibans «parce qu'ils n'ont pas le choix», écrit ICOS. Environ 23 % suivent les ordres des talibans de leur plein gré.

Est-ce que les opérations de l'OTAN sont bonnes pour l'Afghanistan? Environ 87 % des répondants dans le Sud pensent que non, ce qui montre que, pour les habitants, les opérations militaires de l'OTAN sont surtout synonymes de violence et de chaos dans leur secteur. Près de 56 % des Afghans dans le Sud affirment que leur perception des troupes étrangères s'est détériorée depuis un an, alors que 27 % disent qu'elle s'est améliorée.

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Le point sur les projets signatures canadiens

Le Canada s'était fixé trois grands objectifs de développement à réaliser avant de quitter Kandahar. Où en sont-ils?

Construire 50 écoles

À ce jour, 41 écoles ont été bâties et 9 demeurent en construction. La violence sur le terrain a longtemps retardé ce projet. Plusieurs écoles ont été détruites par les talibans. D'autres sont encore inoccupées, les habitants — souvent menacés par les talibans — refusant d'y envoyer leurs enfants.

Au sein des deux districts encore contrôlés par le Canada, on constate que la situation va mieux dans Dand, où les 31 écoles répertoriées sont en activité (ce qui comprend celles construites par le Canada et celles déjà en place). Dans Panjwaii, seulement 8 sont ouvertes et 24 demeurent fermées. Le Canada a aussi accordé 1,2 million de dollars pour construire un collège visant à former des professeurs à Kandahar.

Éradiquer la polio

L'objectif n'a pas été atteint. Ce projet, mené en collaboration avec l'ONU et des ONG partenaires, a été mené à la grandeur de l'Afghanistan. Environ 7,3 millions d'enfants ont été vaccinés depuis 2007, notamment grâce à une aide de 60 millions de dollars de l'ACDI. À Kandahar, malgré les violences, plus de 386 000 enfants ont reçu des doses de vaccin.

En 2010, 25 nouveaux cas ont été répertoriés, contre 38 en 2009 et 31 en 2008. La situation est donc stable. Durant le premier trimestre de 2011, un seul cas a été répertorié.

Le barrage Dahla Dam

Financé à hauteur de 50 millions de dollars par le Canada, le projet est piloté par la firme SNC-Lavalin depuis 2009. L'objectif est de remettre en état ce barrage dans le district d'Arghandab et ses canaux d'irrigation pour aider à acheminer l'eau jusqu'aux champs. Près de 80 % de la population vit près d'un cours d'eau qui dépend de Dahla Dam. Les 74,5 km du canal principal ont été remis en état. Il reste les 27 km des canaux secondaires.

Très apprécié de la population, le projet n'a pas été attaqué par les talibans. Il permet aux fermiers, grâce à une eau plus abondante, de cultiver autre chose que du pavot, d'où l'on extrait l'opium. Le safran, le blé, les raisins et la grenade commencent à être prisés.